DIERNSTEIN 29I
Le gênerai Dupont se mit en route dès la réception de cet ordre ; il marcha toute la journée du 5 et arriva, à la nuit, à Landshut, où il resta deux jours avec sa troupe. L'omission voulue de la bataille de Haslach dans les Bulletins de la Grande Armée, avait autant mécontenté les officiers de la division Dupont, que les bulletins de Brune, après la bataille de Pozzolo, avaient indigné tous les généraux, de l'aile droite et du centre de l'armée d'Italie. Combattant pour la gloire et d'un désintéressement extraordinaire, le général Dupont n'eût jamais protesté contre un oubli de ses faits d'armes, mais sur la demande de ses généraux et de ses colonels, il présenta des observations au maréchal Berthier : « Je reçois directement des ordres de l'Empereur depuis quelques jours, écrivait-il de Landshut, le 5 brumaire; le prince Murât a pris un autre commandement et nous a fait des adieux remplis de compliments très flatteurs. Il est bien permis d'y être sensible quand on croit les avoir mérités. Un oubli injuste affecte en sens inverse ; la division vient de l'éprouver, et j'ai cru devoir faire au maréchal Berthier quelques observations au nom des généraux et des colonels, qui m'en ont prié. Il s'agit d'un Ordre du jour où les différentes affaires de l'armée sont citées avec éloges, et où les brillants combats de la division n'ont pas été désignés avec assez de précision. Je ne sais si les journaux en rendront un compte bien fidèle ; la rapidité de la campagne nuit un peu à l'exactitude des historiographes. L'essentiel est la réalité même de ces succès et la réputation qui en rejaillit dans l'armée sur mes braves régiments... (1). »
La division demeura à Landshut les 6 et 7 brumaire ; ce séjour refit les hommes et les chevaux, qui étaient très fatigués des marches précédentes. « Un critique, dit le chef d'escadron Morin, pourrait s'égayer aux dépens des Allemands, en traçant le tableau de la
famille de M. le comte J , hôte du général. Son fils le baron nous servait à table; il
enlevait les bouteilles et les verres à moitié vides, et buvait les restes en cachette, comme un mauvais laquais. Sa fdle, Mmo la comtesse, faisait les lits et aidait à la cuisine. Enfin, quand il n'avait pas l'honneur de dîner avec le général, M. le comte mangeait dans un taudis avec tous ses gens. Cependant, il a plus de l\o 000 francs de rente. »
Le 7 brumaire, le major général prescrit au général Dupont de partir de Landshut pour se rendre à Eggenfeldcn, où il attendra de nouveaux ordres. « Le quartier général de l'Empereur est à Muhldorf, sur l'Inn, écrit le 8 brumaire le général Dupont. Je reçois en ce moment un courrier du maréchal Berthier pour me porter à Eggenfelden, du côté de Braunau, où le maréchal Lannes doit se trouver. On croit que les Busses se replient pour attendre des renforts... Je suis bien curieux de voir ta réponse aux belles lettres que je t'ai écrites sur nos beaux succès, et de savoir comment la renommée a rendu ceux qui sont particuliers à ma division. Si elle est juste, elle aura dit de brillantes choses. Nous faisons profession de modestie, mais nous ne sommes pas fâchés qu'on sache que notre journée du 19 devant Ulm n'a point de pareille aux yeux de ceux qui s'y sont trouvés et qui ont le plus vu de batailles. Le combat d'AIbeck et la poursuite du prince Ferdinand méritent aussi une jolie mention (jï). »
(1) Lettre à Mme Diifiont.
(2) Lettre à A/""p Dupont.
•»()> LE GENERAL M l'OM
La division fit dix lieues dans la journée du 8, par de très mauvais chemins, et cantonna à Ganghofen; les troupes, marchant sous la pluie et la neige, étaient exténuées. La division Batave, sous les ordres du général Du Monceau (i), s'était réunie à la division Dupont et suivait la même destination.
On arriva le 9 à Eggenfelden. Le général Dupont y reçut du major général Tordre suivant :
lirai
brumaire.
L'Empereur ordonne, Général, que vous partiez de la position que vous occupez pour vous rendre à Passau. Vous vous emparerez tic la citadelle, vous la ferez mettre en bon état, el \ous ferez réparer tous les ponts, tant sur le Danube que sur l'Inn. \ ous ferez construire une tète de pont à l'un et l'autre pont.
La division Dupont se porta, le 10, sur Griesbach, et le lendemain, 11 brumaire, elle entra sans résistance à Passau, que l'ennemi avait évacuée à l'approche des Français, et où elle logea tout entière. Avant de quitter la citadelle, les Autrichiens avaient bouleversé tous les ouvrages et cncloué les canons. On séjourna à Passau les 12, i3 et 1 4 brumaire ; pendant ces trois jours, les ponts furent réparés, on commença les travaux de la citadelle, et le général Dupont s'occupa d'organiser un hôpital pour 600 malades. « Le général, dit l'aide de camp Morin, était logé à Passau dans le palais de l'Electeur. Il était curieux de voir des officiers qui, depuis la bataille de llaslach, où ils avaient perdu tous leurs équipages, ne possédaient que la chemise qu'ils avaient sur le corps, et qui, en se cotisant tous, ne pouvaient réunir un louis, établis dans le palais des Rois et servis par les gens du Prince. Le luxe dont ils étaient entourés n'avait de prix à leurs yeux que par le contraste plaisant qu'il formait avec le dénuement absolu dans lequel ils se trouvaient tous (2). »
Arrivé le i3 brumaire (4 novembre) à Linz, sur le Danube, Napoléon y donna des ordres importants pour la poursuite des Russes et la marche sur Vienne. Dès le 3o octobre, la Grande Armée avait traversé l'Inn, el elle s'avançait sur la Traun, couverte sur son flanc droit par Rernadotte et Marmont venant de Salzburg, et par Ney dans le ïyrol. Le maréchal Lannes tenait la gauche, longeant le Danube ; le maréchal Soult était à droite, vers Wels, sur la Traun, et le maréchal Davout se portait sur Steyer; Murât précédait l'armée avec la cavalerie ; de Linz, il avait écrit à l'Empereur, le 3 novembre, qu'il se rendait à Ebelsberg où il ferait réparer le pont, que l'ennemi battait en retraite sur Saint- Pôlten, et qu'il régnait une grande confusion dans la capitale de l'Autriche.
La grande route de Vienne coupe la Traun à Ebelsberg, à deux lieues au delà de Linz, traverse ensuite à Enns la rivière de ce nom, et, courant vers l'Est, passe à Haag, à Amsletlen, à Neumarkt et à Melk, sur le Danube; là, elle quitte le fleuve, qui décrit vers
(1) Le général Jean-Baptiste Du Monceau, né à Bruxelles, le 8 novembre 1760, était un brave et excellent officier, qui servit la France avec une grande distinction et un dévouement absolu. Il s'illustra à Jemmapes, à Bergen et à Kulm, où il fit preuve de la plus rare intrépidité ; il fut fait prisonnier à Dresde, en i8i3, avec le corps de Gouvion Saint-Cyr. Il était devenu marécbal de Hollande en 1807. La noblesse de son caractère, la dignité de sa vie lui firent donner le nom de Gênera! sans tache.
(2) Journal des opérations militaires de la division Dupont Archives Dupont,.