Cette nomination est du 30 germinal an II (A. G
120 LE GÉNÉRAL FBOMENTIN
ses murs, Tautre fut pris à Avesnes même, où un seul demeura pour les besoins de la défense. Favereau et Soland (ce dernier commandant à Avesnes) auxquels Fromentin s'était adressé à cet effet, étaient eux-mêmes pressés par Tennemi et très gênés dans leurs entournures.
Fromentin donna Tordre à la brigade Duhesme de marcher sur la Capelle, afin de se lier avec la colonne Soland qui devait partir de Cartignies ^
Les forces ennemies étaient considérables : elles cherchaient à couper la route de Guise, on les voyait surtout à. Sart,à Femy, au Chapeau-Houge.
Le 21, elles se portent sur Prisches et obligent le général Duhesme à reculer ; elles culbutent le poste du Nouvion et se préparent à surprendre Catillon réoccupé par les troupes françaises '.
A cette date, ce côté de la frontière se trouvait donc ainsi protégé : Favereau à Maubeuge, Soland à Avesnes, Fromentin, près de Maroilles, Gharbonié à Aussoy. Ce dernier, alors général en chef de l'armée des Ardennes, annonce au général Fromentin qu'il réunit tous ses hommes disponibles, entre la Sambre et la Meuse sous Vedette-Républicaine (Philippeville), que la communication de Givet est assurée et que le général Pichegru a des projets sur Beaumont qu'il y a lieu de favoriser '.
Le 22 avril, Fromentin exigea le maintien de deux bataillons à Beaurepaire pour assurer les échanges avec Duhesme et empêcher ce dernier d'être tourné ; le l*' de chasseurs du Hainaut et le 1®' de TOrne sont laissés sous Tœil diligent du général de brigade Soland à la garde du Petit-Fayt, trois bataillons bordent la ligne dudit Petit-
1. Pièce justificative, b9 XXIIL Lettre du général Favereau au général Fromentin du 20 avril 1794.
2. Pièce justificative, n^ XXIV. Lettre du général Fromentin au général Favereau le 22 avril 1794.
3. Le général Gharbonié à Fromentin, 21 avril 1794. P. J., n» XXV.
Fayt à Maroilles ; le 10^ de Paris est placé à Cartignies, tant pour la défense de ce village que pour protéger, au besoin, la retraite des troupes.
De part et d'autre des obus et des coups de canon s'entrecroisent, des escarmouches s'en suivent. Les divisions Charbonié, Balland et Fromentin, de concert avec le général Pichegru, tentent de fermer carrément tous les débouchés et d'occuper Froid-Chapelle et Rance.
Malheureusement, une bonne partie de l'armée républicaine manquait de cartouches et de pierres à fusil, les généraux de brigade en réclamaient à ceux de division et ces derniers, aux Représentants du peuple '.
Du côté de Solre-le-Château et d'Étreux, à la suite d'un assaut vigoureux donné par les Autrichiens et les émigrés, les postes du général Desjardin furent forcés dans la matinée malgré leur altitude énergique, mais ils furent reconquis dans l'après-midi par les troupes du général Fromentin, après plusieurs incursions à la baïonnette. L'état du sol ayant empêché le 22" régiment de cavalerie de charger, ne le détourna pas néanmoins de tenir avec une fermeté exemplaire au milieu d'une grêle de boulets^; les pertes, d'un côté et d'autre, furent insignifiantes, les cantonnements des Français subsistaient intacts, mais ceux où l'ennemi avaient séjourné, étaient brûlés '.
Après avoir fait garder le poste de Solre, les colonnes des généraux Desjardin et Fromentin rétrogradèrent alors vers un parti ennemi qui cherchait à barrer les chemins de Landrecies à Avesnes*. Ces dispositions entravèrent Charbonié dans ses projets d'attaquer Beaumont. Néanmoins
1. Le général Soland à Fromentin, 21 avril 1794. P. J., n» XXVL
2. Journal du général Favereau, 3 floréal an II (22 avril 1794). (Arch. de la Guerre.)
3. Favereau au général Ferrand, 23 avril 1794. P. J., n» XXVII.
4. Charbonié au général en chef de Tarmée du Nord (23 avril 1794). P. J., no XXVIII.
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ce soldat capable, de Yillers-Deux-Ëglises, où il était, marcha résolument en avant et gagna la bataille d'Aussoy, près de Philippeville.
L'ennemi disputa le terrain de son mieux, mais rien ne put résister aux élans des Français; il fut repoussé vigoureusement.
Le 23 avril 1794, le général Charbonié atteignait avec son avant-garde, Silenrieux, et y établissait ses batteries pour faciliter les débouchés d'une gorge. De cet endroit, il déclarait au général en chef qu'il était en mesure d'aller à Beaumont et Florenne, mais qu'il désirait des instruc^ tions.
Il ajoutait, par le même courrier, qu'il ne pouvait mettre que seize bouches à feu en position et demandait les attelages et chevaux nécessaires pour traîner son parc d'artillerie.
Pendant les journées des 22 et 23, les troupes du général Fromentin se battirent, vers la Capelle, avec toute l'audace et la fougue voulues.
Le 22, conformément aux ordres de Favereau et au plan dressé par le général Balland, en vue de secourir Landrecies, la brigade Duhesme, qui appartenait à la division Fromentin se plaça au-dessous de la Rouillies S la cavalerie au centre, l'infanterie à gauche, l'artillerie à droite et attendit l'arme au pied.
Dès qu'elle apprit qu'une lutte était soutenue sur la Capelle, par la brigade de la division Balland ayant Duvignau pour général, elle attaqua vivement les postes des Impériaux à Fontenelle et à Garmoule et en fit un beau massacre.
La brigade Duvignau s'étant emparée de la Capelle, les deux colonnes se réunirent et se jetèrent, en deux points,
1. La Bouillies est située à 9 kilomètres d^Avesnes, entre cette ville et la Capelle.
avec impétuosité sar l'ennemi retranché dans la forêt dn Nouvion.
La brigade de la division Balland arpentait le chemin qui va de la Gapelle au Nouvion, tandis que celle de la division Fromentin tendait vers Garmoule.
Cette dernière, où le 32'' régiment d*infanterie se distingua par son élan intrépide, ayant à sa tête Duhesme, débusqua d'abord^ culbuta les obstacles amoncelés par les sapeurs ennemis au travers des chemins, puis en deux ou trois bonds elle emporta la redoute construite au bas de la forêt, à Tembranchement de deux chemins.
L'autre brigade accomplit une besogne analogue : enfin les deux colonnes encore réunies chargèrent de nouveau les Autrichiens formés en bataille^ appuyant leur droite sur la ligne du camp qu'ils avaient au-dessus du Nouvion, leur centre sur une redoute, et leur gauche à un hameau.
Quoique ceux-ci opposassent une vive résistance, ils ne purent tenir : les deux brigades les repoussèrent en peu de temps, à la baïonnette, non seulement de leur poste choisi, mais encore d'une nouvelle position où ils s'étaient reformés sur Buzet.
La nuit suspendit le combat ; les Français, par prudence se retirèrent légèrement pour ne pas être pris en flanc sur la hauteur qui domine et regarde Buzet. On s'arrêta dans cette dernière commune et on alluma les feux de bivouac.
Le 4 floréal an II, à la pointe du jour, la lutte recommença. Après quelques fusillades, l'ennemi se déploya avec une force imposante, non plus en une ou deux colonnes comme précédemment, mais en masse serrée.
Devant cette démonstration, Duhesme, muni de pleins pouvoirs, ayant pris les dispositions urgentes pour ne pas être tourné et pour s'assurer, en cas de besoin, une retraite, se mit en devoir de riposter.
Les Républicains n'avaient que quatre pièces de huit,
2 obusiers d*artillerie légère et de petits affûts de campagne; Tennemi traînait avec lui 30 pièces de canon de position, toutes de 17 et de 13, et faisait pleuvoir les boulets sur nos rangs, toujours très inférieurs en nombre. Nous opposâmes néanmoins un superbe maintien. Toutefois, après six heures d'une lutte où le 5' bataillon des Vosges, le 10* de Seine-et-Oise, ci-devant de Versailles, le i" bataillon du 56* régiment se conduisirent vaillamment et où le 2â* régiment de cavalerie fut exposé, longtemps sans faiblir, à la pluie des boulets, tous dirigés contre lui, les les deux colonnes Duhesme et Duvignau songèrent à se couvrir. Les troupes fraîches, qui arrivaient sans cesse à Tennemi, ne leur permettaient pas de différer : en outre, une dépêche du général Soland mandait que celui-ci était acculé du côté du Grand et du Petit-Fayt.
Notre retraite s'exécuta avec le plus bel ordre possible et, le soir, la brigade Duhesme occupait la position de Fontenelle, celle de Duvignau se plaçait à la Gapelle. La route fut rendue libre.
Pendant ces deux jours de combat, 600 hommes d'infanterie résistèrent à 3,000, sans reculer. On vit des vaillants volontaires privés de cartouches, aborder les coalisés à la baïonnette et les rompre, malgré la continuité du feu.
Dans ces rencontres où l'armée impériale, forte de 100 à 120,000 hommes, avait déployé 40,000 assaillants environ contre 10,000 Français, les pertes de la brigade de la division Fromentin furent évaluées à 80 hommes tués et 150 à 200 hommes blessés, l'ennemi laissa 1 ,000 à 1 ,500 hommes * .
Nous fimes beaucoup de prisonniers ; un caisson rempli de cartouches fut pris et servit à alimenter les régiments sur le champ de bataille.
Cette affaire, toute à la gloire des défenseurs de la nation.
1. Pièce justificative, n^ XXIX. Rapport du général Duhesme sur les journées des 4 et 5 floréal an II (4 floréal au IL — 23 avril 1794).
ET L*ABM£E DU NOBD 126
confirma Tespérance déjà conçue sur les jeunes gens de la première réquisition.
En somme, Duhesme avait contenu Tenvahisseur et Tavait empêché de couper les communications, mais le camp retranché avait été violé.
Le trait suivant d'un volontaire au 5^ bataillon des Vosges, mentionné par le général Duhesme, caractérise bien le vrai patriote et le bon fils.
« Malgry, parti en tirailleur, chargeant sur la redoute du « bois du Nouvion, reçoit un coup de boulet qui lui emporte « la cuisse droite et lui casse la jambe gauche. « J'ai payé mon « tribut à la patrie, s'écrie-t-il, je mourrai satisfait, mais je « plains ma mère ; si j'en reviens, mes deux bras resteront « pour la nourrir*. »
Le 24 avril, le général Fromentin informait le général Favereau qu'entrée dans Solre-le-Château toute sa troupe dressait la tente sur les hauteurs en avant de ce bourg, qu'il allait y laisser un escadron du 22® régiment de cavalerie et gagner son quartier général où sa présence était nécessaire pour surveiller ce qui se passait dans l'étendue de sa division *.
Le 25 avril, les soldats du même corps cherchèrent encore à arrêter l'ennemi vis-à-vis Landrecies; de part et d'autre les hommes se battirent avec entrain, toutefois du côté des Français le succès ne répondit pas au courage déployé; l'ennemi, grâce à des renforts, se maintint sur la rive gauche de l'Helpe; le général Fromentin fut très maltraité dans cette affaire, il fut blessé et ne retrouva sa colonne qu'avec beaucoup de mal.
Le plan des coalisés n'était plus douteux ; ceux-ci se disposaient à tenter l'assaut de Landrecies et à enlever le poste
1. Journal du général Favereau et rapport du général Duhesme (Arch. de la Guerre, correspondance générale), documents déjà cités.
2. Pièce justif., n» XXX. Fromentin au général Favereau, 24 avril
nu.
126 LE GÉNÉBAL FBOMSNTIK
de Maroilles, en attendant, après cet avantage, de reprendre Avesnes et Maubeuge. 60,000 hommes étaient désignés pour cette première opération, 30,000 hommes étaient aussi prés de Berlaimont, commandés par le général autrichien Alvinzi.
Un prisonnier, fait à Solre, déclarait que 32,000 autres étaient arrivés à Beaumont avec 22 pièces de canon ^ Le journal du général Favereau porte que les rapports s'accordent pour estimer les forces allemandes aux environs de Landrecies, sans exagération, à 120,000 hommes.
Dans cette alternative, le général en chef Pichegru, d'accord avec Ferrand qui, depuis la bataille de Wattignies, avait Tomnipotence au camp de Maubeuge, essaya les mesures les plus efficaces et les plus promptes pour parvenir à conserver toutes les communications devenues incertaines vers Landrecies ^
Le soin d'attaquer Tennemi par deux lignes, le 7 floréal au matin, fut remis le 6 à Fromentin. A cet effet, le général «Ferrand promettait à ce dernier qu'il écoulerait 5,000 hommes sur Maroilles *.
Fromentin, dont l'extrême bravoure, disait Jourdan, se plaisait trop souvent à défier l'impossible, ne reçut cepen* dant pas cette mission avec joie, du général Ferrand. Il con* naissait les forces triples opposées, les siennes, le pays; pour ces motifs, l'attaque lui paraissait insensée. Néanmoins il n'hésita pas devant son devoir. Il réclama, sur le champ, au général Favereau du pain et des munitions, l'urgence étant démontrée, exigea qu'on lui renvoyât l'escsDdron, la pièce de canon qu'il avait laissés à Solre et transmit les ordres donnés au général de brigade Soland,
1. Pièces justif., n^ XXXI et XXXII. Fromentin à Favereau et Pichê* gru au général Ferrand, 24 avril 1794.
2. Pièce justif., no XXXIII. Fromentin au général Favereau, 6 floréal an II (15 avril 1794).
ET L'ABMEE DU NOBD 127
alors à la censé du Floyon. En outre, il sollicita un rapport très exact de Tétat actuel des armées.
La réponse ne tarda pas beaucoup; ce dernier écrivit immédiatement qu'en cas d'attaque :
L'ennemi avait au moins en tète 35,000 hommes, 40 pièces de canon de position et une cavalerie formidable, tandis que lui (Soland) avait seulement 8,000 hommes dans une étendue de plus de deux lieues.
L'ennemi avait encore 20 escadrons pour le charger dans sa retraite, qui deviendrait inévitable, car on ne pouvait douter qu'il profiterait de la déroute probable pour détruire sa brigade, passer la rivière, bloquer d'un seul coup Maubeuge, Avesnes, enlever Maroilles et prendre à revers la division placée en face Berlaimont.
Vu ces conditions, il se déclarait partisan de la défensive, ajoutant que, dans une position respectable, il pouvait, avec sa poignée d'hommes, infliger à ses adversaires un sévère châtiment.
Il terminait ainsi : « On me dit de me mettre en deux lignes, je n'en ai pas le quart de la première : il me faudrait 30,000 hommes et je n'en ai que 8,000, pas de cavalerie, une seule pièce d'artillerie légère et un obusier \ »
Fromentin fit signer une copie de ce rapport, daté du 25 avril 1794, par son aide de camp Mars et l'adressa incontinent au général Ferrand, commandant les divisions de droite de l'armée du Nord, lui demandant, en ce qui le concernait, s'il devait immédiatement frapper un coup, ou s'en tenir à la défensive. — L'ordre d'attaquer fut rapporté sans contestation.
Le 26 avril 1794, un combat eut lieu dans une plaine dépendant de Bousignies. Les Français tuèrent et capturèrent 3,000 Autrichiens. Cette action amena la retraite des coalisés installés à Bousignies dépuis un temps assez
1. Pièce juslificative, n» XXXIV. Soland k Fromentin, 25 avril 1794.
126 LE GÉKÉBAL FROMENTIN
long. Les Français, dans leur assaut, brûlùrent une ferme, un moulin et douze maisons.
Le 8 floréal an II (27 avril 1794), les brigades de la division Fromentin se bornèrent à harceler les Impériaux qui filaient sur Landrecies en lâchant des décharges sur tout la lignée
Fromentin apercevant la ville de Landrecies tout en feu, jugea qu'elle ne pourrait plus tenir longtemps; il en référa au général Ferrand.
Bien que le sort nous fût contraire, il semblait à certains indices qu'il voulut s'améliorer.
Il existait entre les divisionnaires de l'armée une con-> corde parfaite, sans prétentions : aussi le général Favereau, en traçant l'éloge des troupes à la Convention, se plaisaitil à ajouter : « Quand la patrie nous a confié ses intérêts, (c elle nous a imposé une tâche bien forte ; mais si nos ^ « talents ne sont pas ceux que nos cœurs désirent, la* « pureté de nos principes et notre bonne volonté nous « dédommagent'.
Le 27 avril 1794, la communication de Maubeuge avec Philippeville, interrompue depuis la retraite de Belgique, fut rouverte.
Le général Desjardin s'empara, le 26 avril, de Beaumont et opéra sa jonction avec l'armée des Ardennes, commandée par le général Charbonié. Ce mouvement stratégique obligea l'ennemi à une diversion et procura les facilités pour amener du pays de Chimay des provisions à Maubeuge et à Avesnes, qui n'en trouvaient plus autour d'elles^.
Les coalisés, préoccupés surtout de la prochaine prise de Landrecies, ne montrèrent guère une énergique opposition que pendant une heure.
1. Pièce justificative, n» XXXV. Fromentin à Ferrand, 27 avril 1194.
2. Pièce justificative, d» XXXVI. Rapport du général Favereau à la Convention nationale, du 8 floréal an II (27 avril 1794).