LA FAYETTE CHEZ LE ROI
confiance dans les bras du seul homme qui pût sauver le roi et sa famille. » A quoi Marie-Antoinette aurait répondu « qu’il valait mieux périr que d’être sauvé par
La Fayette et les constitutionnels (i) ». La Fayette rentra chez lui, applaudi sur son passage par une foule de
(i) Ces propos sont empruntés aux Mémoires de La Fayette. Comment les connut-il, car ils ne furent certainement pas tenus en sa présence ?
JM
citoyens, qui l'accompagnèrent jusqu'à son hôtel de la rue de Bourbon. Il fit demander au roi d’assister à la revue de la garde nationale qu'il devait passer le lendemain ; mais le maire Petion contremanda la revue, et La Fayette fut obligé de se borner à réunir quelques officiers de la garde nationale et à leur représenter « les dangers où l’apathie de chacun plongeait la chose publique ».
Le 2 9 juin, un grand nombre de gardes nationaux vinrent manifester devant l’hôtel de La Fayette et planter à la porte un Mai avec des guirlandes tricolores (i). Le même jour, le général écrivit à l’Assemblée pour lui exprimer son regret de partir avant qu’on eût statué sur sa pétition. 11 dénonçait une fois de plus la secte « qui entrave toutes les autorités, menace leur indépendance et qui, après avoir provoqué la guerre, s’efforce, en dénaturant notre cause, de lui ôter des défenseurs (2) ». Cette lettre fut lue dans la séance du 30 juin et renvoyée à la commission extraordinaire des Douze. La veille, à sept heures du soir, le général avait quitté Paris pour regagnerson camp de Maubeuge(3). Son voyage ne lui avait guère donné que la satisfaction d’avoir exprimé son opinion, sans souci des conséquences qui pouvaient en résulter pour lui.
La Fayette, en sortant de Paris, était escorté de gre-
(1) On lit dans le Journal de Paris , du 30 juin 1792, n° 182, p. 735 :
« Quand M. de La Fayette sortit de chez le roi, il fut reconduit par une foule plus nombreuse encore, et qui se grossit jusqu’à la rue de Bourbon, où l’attendait chez lui une multitude de ses frères d’armes. Hier, une affluence plus considérable s’est portée à son hôtel, et on a planté à l’entrée un mai couvert des livrées de la liberté qu’il défendra contre tous les despotismes. »
(2) Orig., Archives nationales, C J 5 8 .
(3) Le Journal de la guerre , dans son n° LIX, du 29 juin 1792, annonça en ces termes le départ de La Fayette : « M. de La Fayette a été très bien reçu au château des Tuileries; il est reparti hier à sept heures du soir pour son armée. Toutes les réflexions qu’on a pu faire sur son arrivée, même les miennes, tombent par ce prompt départ. »