‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 137 sur 284 · TENTATIVE D’ÉVASION · texte numérisé non relu

TENTATIVE D’ÉVASION

Chine et du jus de citron. Après des protestations de reconnaissance, il lui mandait qu’il avait obtenu de faire des promenades pour raison de santé et il lui indiquait ses heures de sortie. Il lui écrivit une seconde fois en anglais (1), pour compléter les renseignements.

Grâce à ces indications, le projet put être mis à exécution. Le 8 novembre, Bollmann et Huger se trouvèrent sur la route où passait la voiture qui renfermait La Fayette. Celui-ci descendit, se débarrassa de son cocher en l'envoyant faire une commission et en lui donnant quelque argent pour aller boire au cabaret; puis il saisit, comme pour l’examiner, le sabre de son gardien. A ce moment, les deux amis accoururent et menacèrent d’un pistolet le geôlier, qui se sauva pour aller chercher du secours, tandis que La Fayette montait sur un cheval et partait au galop, avec le docteur Bollmann. Mais le fugitif se trompa de route, perdit les traces de son ami, et finalement fut arrêté à Sternberg, à huit lieues d’Olmütz. Réintégré le lendemain dans son cachot, il fut soumis à un régime encore plus sévère, tandis que ses libérateurs étaient condamnés à six mois de travaux forcés. ^

La Fayette était donc plus isolé que jamais, quoique ses amis, en France, en Angleterre et en Amérique, ne négligeassent rien pour adoucir les rigueurs de sa captivité et obtenir sa libération. Washington avait fait des démarches en sa faveur, mais sans succès, et le royaliste Lally-Tollendal avait rédigé un mémoire au roi de Prusse pour solliciter la mise en liberté de son ancien collègue (2). Il faisait valoir que « c’est pour avoir voulu sauver

(1) Cette lettre est publiée par M. Kapp, p. 429.

(2) Le mémoire de Lally-Tolendal au roi de Prusse fut publié à Paris en 1795, à l’insu de son auteur, sous ce titre : Mémoire de Lally-Tolendal au roi de Prusse pour réclamer la liberté de La Fayette. (Bibl. nat., Ln*7

Louis XVI que La Fayette s’est perdu ». Il affirmait que le général n’avait été ni la cause, ni même une des causes de la Révolution, et il disait :

Il y a joué un grand rôle, mais ce n’est pas lui qui a fait la pièce ; et peut-être ce qu’il y a de mieux à dire, c’est qu’il n’a participé à aucun mal qui ne se fût fait sans lui, tandis que le bien qu’il a fait l’a été par lui seul.

Les publicistes étrangers publiaient des articles en sa faveur; le douaisien Joseph Masclet, réfugié à Londres, ne cessait de dénoncer les rigueurs exercées contre les captifs d’Olmütz, dans le Morning Chronicle ou dans les journaux de Hollande et de Hambourg (i).

Mraode La Fayette sortit de prison le 22 janvier 1795 (2) et elle n’eut plus désormais d’autre idée que de rejoindre son mari et d’aller le consoler (3). Après d’infructueuses démarches, elle obtint, grâce à Boissy d’Anglas, un passeport pour se rendre à Hambourg. Elle avait eu soin d’envoyer en Amérique son fils Georges, avec son précepteur, M. Frestel, et Washington avait accueilli paternellement le jeune homme, qui portait son nom (4).

(1) Cf. Jules Cloquet, p. 31 et 52.

(2) Mme de La Fayette, mise en liberté une première fois en décembre 1792 et rentrée au Puy, avait envoyé son fils en Angleterre avec son précepteur. Elle fut arrêtée de nouveau le 21 brumaire an II (12 octobre 179}), mais ne fut conduite que le 11 prairial (30 mai 1794) à Paris, où on l’écroua, le 19 (7 juin), à la Petite-Force (Cf. Henry Mosnier, p. 32 à 39) et, le 7 messidor (25 juin) à la prison de l'Egalité (Cf. catalogue Lucas de Montigny, n° 1637). Pendant sa captivité, sa belle-mère, la maréchale de Noailles, sa mère la duchesse d’Ayen, et sa sœur, la vicomtesse de Noailles, avaient péri sur l’échafaud le 4 thermidor an II (22 juillet 1794).

(3) Washington écrivit, le 5 juin 1795, à Mmc de La Fayette pour la féliciter de sa mise en liberté. (Cf. Jared Sparks, t. XI, p. 30.)

(4) Le 7 septembre 1795, Washington écrivit à ce sujet à George Cabot: « 11 est inutile de vous exprimer tous les sentiments que j'ai éprouvés à la réception de la lettre du jeune La Fayette; elle me rappelait vivement les mérites de son père, ses services, ses souffrances, et l’ancienne amitié qui nous unissait. Je veux seulement vous assurer que mon plus cher désir est de servir de père à ce jeune homme et de devenir son meilleur ami. Mais comment lui être ainsi utile? Je dois songer à la position où se trouve son

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