‹ Le Général La Fayette, 1757-1834Chapitre 82 sur 284 · RÉVOLUTION DE BRABANT · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DE BRABANT

La Fayette de Mirabeau, mais le général dit : « Je ne l’aime, ni ne l’estime, ni ne le crains. Je ne vois pas pourquoi je chercherais à m’entendre avec lui (1). » Le 23 février, il écrivit à Bailly qu’il considérait, comme lui, « qu’un citoyen ne peut être exposé à perdre son honneur, son état et sa liberté, que par un jugement de juges compétents », et il déclara qu’il n’avait jamais usé du droit, que lui conférait l’article 13 du règlement provisoire, de prononcer lui seul sur la cassation, l’emprisonnement et l’expulsion du corps (2).

La Fayette suivait avec intérêt les phases de la révolution qui avait éclaté dans le Brabant en octobre 1789 contre la maison d’Autriche. Il prétendait même la diriger et avait envoyé à Bruxelles La Sonde et Sémonville, tandis qu’il rédigeait des propositions à présenter au gouvernement autrichien (3). Cependant, le ministère français ne voulait pas se compromettre avec les révoltés et courir les chances d’une guerre avec l’empereur d’Allemagne. Aussi, quand le Congrès belge écrivit, en mars 1790, au comte de Montmorin et à l’Assemblée nationale, on n’ouvrit pas même les lettres, et, dans la séance du 17 mars 1790 (4), La Fayette, après avoir dit : « Il n’est aucun Français, aucun ami de la liberté qui ne doive au peuple belge des vœux et des éloges », déclara que le Congrès n’avait pas le caractère de la puissance qui émane du peuple et proposa qu’on s’en rapportât à la sagesse du roi.

Le 17 mars 1790, La Fa}-ette fit à Washington le tableau suivant de la situation politique de la France :

(1) Cf. dans les Mémoires, lettre de .La Fayette, du 19 février 1790.

(2) Cf. Bibliothèque nationale, ms. Fr. 11697, P- 41.

(3) Cf. Mémoires de La Fayette, A. Sorel, L'Europe et la Révolution, et A. Chuquet, Jemappes, p. 45 et suiv.

(4) Et non le 18, comme le portent les Mémoires de La Fayette.

Notre Révolution poursuit sa marche aussi heureusement que possible chez une nation qui, recevant à la fois toutes ses libertés, est encore sujette à les confondre avec la licence. L’Assemblée a plus de haine contre l’ancien système que d’expérience pour organiser le nouveau gouvernement constitutionnel; les ministres regrettent leur ancien pouvoir et n'osent se servir de celui qu’ils ont ; enfin, comme tout ce qui existait a été détruit et remplacé par des institutions fort incomplètes, il y a ample matière aux critiques et aux calomnies. Ajoutez que nous sommes attaqués par deux sortes d’ennemis : les aristocrates, qui aspirent à une contrerévolution, et les fâcheux, qui veulent anéantir toute autorité, peut-être même attenter à la vie des membres de la branche régnante. Ces deux partis fomentent tous les troubles.

Le 21 mars, La Fajmtte alla, avec Bailly, au lever du roi, prendre les ordres pour la procession du lendemain, à laquelle la Commune avait arrêté de se rendre en corps (1). Le même jour, il passa une revue aux Champs- Elysées, et une foule considérable l’accompagri a jusqu’à l’Assemblée, en l’acclamant. Une fois entré, il appuya fortement la motion de Menou tendant à établir un ordre suivi dans les travaux de l’Assemblée. Le 22, il assista, dans l’église des Grands-Augustins, à la cérémonie commémorative de l’entrée de Henri IV à Paris, et, le 25, à la réunion tenue dans la grande salle de l’Hôtel de Ville pour les exercices des enfants aveugles (2). Le 8 avril, il présenta Paoli à Louis XVI et il assista, avec sa femme, à l’installation, dans la salle des représentants de la Commune, du buste de Bailly, sculpté par De Seine et offert par l’assemblée des électeurs (3). Le 13,

(1) Cf. lettre de Bailly à La Fayette, en date du 20 mars 1790. (Bibliothèque nationale, ms. Fr. 1x697, P- S1 2-)

(2) Cf. Sigismond Lacroix, t. IV, p. 479 et 482.

(j) Cf. Sigismond Lacroix, t. IV, p. 6J7 et suiv. — Ce buste fut placé au-

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