‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 127 sur 236 · EXPULSION DE MANUEL · texte numérisé non relu

EXPULSION DE MANUEL

que le gouvernement avait été atroce de 1815 à i8ig, et la droite refusa de l'entendre et réclama son expulsion. Le soir même, la duchesse de Broglie avait à dîner La Fayette, Talleyrand, Benjamin Constant, Guizot, les généraux Foy et Sebastiani. On discuta sur les paroles de Manuel. Les deux généraux les justifièrent. Talleyrand garda un silence prudent. Sa nièce, la duchesse de Dino, se montra maussade. « J'ai su depuis, dit la duchesse de Broglie, qu'elle avait craint que cela ne compromît M. de Talleyrand de dîner avec M. de La Fayette (i) ».

Le 3 mars 1823, La Fayette protesta contre le décret d'expulsion de Manuel, Debout, il s'écria d'une voix habituée à dominer le tumulte des foules : « Oui, nous adhérons tous à ce que M. Manuel vous a déclaré. Nous faisons cause commime avec lui. » Le 4, Manuel réussit à tromper la surveillance et à prendre place à son banc; le président Ravez le somma de se retirer, mais Manuel refusa, applaudi par toute la gauche de l'Assemblée. Alors, le président suspendit la séance pendant une heure, afin de donner les ordres nécessaires à l'exécution de la décision de la Chambre (2). Les ministres et la droite se retirèrent, mais la gauche resta à ses bancs. Un piquet de gardes nationaux, conduits par un officier et par le sergent Mercier, entra dans la salle ; La Fayette se lève et leur dit : « Quoi ! la garde nationale se prêterait à un pareil service, à une attaque contre la représentation nationale! )) A cette voix vénérée, l'officier se trouble, va

(i) Cf. Journal de la duchesse de Broglie, à la date du 26 février 1829, dans les Souvenirs du feu duc de Broglie, t. II, p. 315.

(2) Voici le texte du procès-verbal officiel : « M. le président propose de suspendre la séance pendant une heure ; celte proposition n'est pas contestée. Il invite MM. les députés à se retirer dans les bureaux et annonce que, dans l'intervalle, il donnera les ordres nécessaires pour l'exécution de la décision de la Chambre. Après une heure de suspension, la séance est reprise. »

chercher des ordres, revient et commande ses hommes, mais le sergent refuse d'obéir. Il fallut des gendarmes pour empoigner Manuel (i). Cédant devant la force, le député de la Vendée sortit, suivi de tous les membres de la gauche. La Fayette et soixante-trois de ses collègues protestèrent contre cet attentat à la représentation nationale et s'abstinrent à prendre part aux délibérations de la Chambre jusqu'à la fin de la session.

L'expulsion de jManuel produisit sur les esprits une vive impression, que la duchesse de Broglie a consignée dans son journal :

La garde nationale entra. On cria de toutes parts : « Pas de garde nationale! » M. de La Fayette se leva et, avec un air de paternité, lui fit signe de se retirer. Il se retrouva tout à coup comme il y a trente ans. L'officier se troubla ; il alla prendre des ordres, revint, balbutia, et enfin se tourna vers le sergent, qui refusa. Alors retentirent, de tous les côtés, les cris de : « Vive la garde nationale ! » J'eus bien de la peine à ne pas me joindre à ces cris ; mes yeux se remplirent de larmes; j'ai peu senti d'émotion plus vive (2).

Le colonel de la 4*^ légion de la garde nationale ayant blâmé, dans un ordre du jour, la conduite du sergent Mercier et de ses hommes, La Fayette, par une lettre adressée, le 9 mars 1823, au rédacteur du Constitutionnel, vengea ces braves citoyens.

Le II mai 1823, La Fayette dissertait avec Thomas Clarkson sur l'abolition de l'esclavage; le 25 novembre, il exprimait au président Monroë son indignation de l'exécution du patriote espagnol Riego (3). La Cham-

(1 Pendant cette scène, La Fayette disait : « Jamais pareille chose ne se serait passée sous mon commandement. On n'aurait pas requis la garde nationale pour un tel service. » fCf. Journal des Débats, du 5 mars 182J.)

(2; Cf. Souvenirs du feu duc de Broglie, t. Il, p. 526.

^5) Od lit à ce sujet dans les Mémoires de La Fayette : « Le général Riego,

[lo24] LA FAYETTE n'eST PAS RENOMMÉ DÉPUTÉ 429

bre fut dissoute le 24 décembre 1823, et les élections fixées au 25 février. La Fayette était dans son château de La Grange, quand son fils et lui furent assignés comme témoins à un procès intenté à Sauquaire - Souligné et à M™* Chauvet, femme d'un proscrit de Saumur, que le général avait recommandé à sir Robert Wilson. La convocation arriva trop tard ; La Fayette et son fils en prévinrent, le 15 janvier 1824, le président de la cour royale et déclarèrent qu'ils pourraient se rendre à Paris à la fin du mois, a afin d'être prêts à nous présenter au jour de février, dont la signification pourra cette fois nous être faite à nous-mêmes (i). » Le 7 février, La Fayette comparut à ^audience, mais il refusa, de peur de compromettre d'autres personnes, de donner les explications demandées par le président.

Le 25 février 1824, les élections eurent lieu; elles tournèrent au profit du gouvernement, car la plupart des députés libéraux ne furent pas renommés. La Fayette échoua dans l'arrondissement de Meaux ; sur trois cent quarante-huit votants, il n'obtint que cent cinquantedeux voix contre cent quatre-vingt-quatre données à son concurrent, le baron François de Pinteville de Cernon, ancien maire de Meaux (2). Alors le général se retira à La Grange et s'occupa de réaliser le projet, dès longtemps caressé, d'un voyage aux Etats-Unis.

avant de mourir, détacha sa cravate et l'envoya avec une boucle de ses cheveux à M™" Riego, qui, après avoir divisé par moitié ces gages d'un douloureux souvenir, en garda une pour elle et fit remettre l'autre au général La Fayette. »

(i) Lettre inédite communiquée par M. Noël Charavay.

(2) Ce député avait été élu une première fois par le grand collège de Seine-et-Marne, le 20 novembre 1822. Il mourut avant la fin de la législature et fut remplacé par La Fayette, en 1827.

Le président Monroë offre un bateau de l'Etat pour transporter La Fayette aux Etats-Unis \7 février 1824). — Départ de La Fayette avec son fils Georges et son secrétaire Levasseur (11 juillet). — Embarquement au Havre sur le Cadnius (ij juillet). — Arrivée à New-York, le 15 août 1824. — Entrée solennelle dans la ville et réception enthousiaste (16 août). — La Fayette est l'hôte de la nation. — Départ de New- York (20 aoûti. — 11 assiste à deux services divins à New-London. — Entrée dans Boston (24 août). — Visite à l'Université de Cambridge et discours d'Edward Everett (26 août). — Visite du champ de bataille de Bunker's Hill et allocution de La Fayette (27 août). — Visite à John Adams. retiré à Quincy (28 août). — Revue et banquet (jo août). — Il quitte Boston, le ji août, et passe par Lexington, Concorde, Salem, Marble-Head et New-Buryport. — Empressement des dames de Portsmouth (i'"' septembre). — Les élèves d'Hartfort lui remettent une médaille en or ^4 septembre). — Retour à New-York (5 septembre). — Le colonel Muir lui offre une épée richement ciselée (10 scptembreV — Réception maçonnique des chevaliers du Temple (11 septembre). — Fête de nuit et bal dans le fort abandonné de Castle-Garden (ij septembre).

— Témoignage de Fenimore Cooper. — Lettre à Mathieu Dumas 21 septembre). — Départ de New-York (2j septembre). — Visite à

Joseph Bonaparte (26 septembre). — Voyage en Pensylvanie (27 septembre'. — Entrée dans Philadelphie (28 septembre"). — Réception dans la salle de la Déclaration de l'indépendance. — Banquets et réceptions. Départ de Philadelphie (5 octobre). — Arrivée à Baltimore (6 octobre).

— Il débarque sous la tente de Washington. — Arrivée à Washington (12 octobre). — Le président Monroë le reçoit au Capitole. — Visite au tombeau de Washington, à Mount Vernon (17 octobre). — Remise d'un anneau d'or contenant des cheveux du président. — Discours de Custis.

— Scène émouvante. — Célébration, à York-Town, de l'anniversaire de la prise de cette ville (19 octobre). — Harangue du général Taylor. — Visite à Williamsburg, James-Town, Norfolk, Portsmouth (20 au 2] octobre). — Arrivée à Richmond et réception au Capitole (24 et 25 octobre). — Nouvelle de la mort de la princesse d'Hénin. — Fête maçonnique et toast de La Fayette (30 octobre). — Visite h Jefferson dans sa demeure de Monticello(j novembre). — Il se repose auprès de son ami et assiste à un banquet, à Charlotteville. — Visite à Madison dans sa demeure de Montpellier (15 novembre). — Retour à Washington

21 novembre). — 11 reçoit des chefs indiens. — Ouverture de la session du Congrès et message du président Monroë sur le voyage de La Fayette. — Proposition d'une dotation et d'une réception solennelle (0 décembre). — Réception solennelle au Capitole, le 10 décembre, discours de Henry Clay et réponse de La Fayette. — Don fait par le Congrès au général de 200,000 dollars et d'un terrain de 24,000 acres. — Banquet et toasts (i'"" janvier 1825). — Election de John-Quincy Adams à la présidence des Etats-Unis (9 février). — La Fayette félicite le nouveau président. — Départ de Washington, le 2J février. — Il passe par

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