LE MILLIARD DES ÉMIGRÉS
le plus mauvais rôle, que la nation française éprouvait pour la Grèce un profond intérêt et que plusieurs de nos officiers, Fabvier entre autres, formaient les troupes des Hellènes. Le 22, il éprouv^a un vif chagrin de la mort de son éloquent collègue le général Foy, Ses jours s'écoulaient dans la retraite, où il aimait à recevoir de jeunes amis tels que Victor Jacquemont et Augustin Thierry.
L'année 1826 lui apporta un double deuil bien cruel. Deux de ses amis d'Amérique, fondateurs de cette république qu'ils avaient présidée tour à tour après l'immortel Washington, John Adams et Thomas Jefiferson, succombaient le même jour, pleins de gloire et d'années (i).
On répartissait à cette époque le milliard des émigrés. La Fayette, qui maintes fois avait publiquement répudié toute confusion entre lui et les émigrés, réclama sa part de l'indemnité. Ce ne fut certainement pas une raison d'intérêt personnel qui dicta sa conduite en cette circonstance. Il ne semble pas que jamais il ait eu besoin de luxe ; la fortune n'était pour lui qu'un mo3'en de servir ses idées et d'aider ses amis. Il la dépensa généreusement dans deux révolutions, et il se fût trouvé dans une situation des plus précaires si la succession de sa belle-mére n'avait remis de Tordre dans ses affaires. Récemment il avait aidé de ses deniers les conspirateurs et les opprimés de toutes les nations, et compromis une fois de plus sa situation financière. Or, ayant des enfants et des petits-enfants dont il avait entamé le patrimoine, il crut devoir profiter de la distribution faite à ceux dont les biens avaient été vendus par la nation. Il adressa une demande de liquidation au prétet de la Haute-Loire, qui, le 16 août 1826, fixa
(i) John Adams et Thomas JelTersoii moururent le 4 juillet 1826, jouianniversaire de la déclaration de l'indépendance des Etats-Unis. — La Fayettç écrivit à cette occasion au général Taylor le 21 août 1826.
à la somme de 325,767 fr. go c. la part d'indemnité revenant au général pour les propriétés vendues dans la Haute-Loire, en vertu des lois sur les émigrés (i).
Toujours prêt à seconder les efforts des patriotes des deux mondes. La Faj^ette encouragea, le 1 1 octobre 1826, la lutte engagée par Rivadavia, président de la République de La Plata, contre le Brésil. Il correspondait aussi avec le général Bolivar. « le président libérateur », auquel il ne ménageait pas ses témoignages d'admiration. Il lui écrivait, le 16 décembre 1826 :
Rien ne peut surpasser le haut prix que je mets à votre estime et à votre amitié; mon admiration et mes vœux pour vous, mon cher général, datent de vos premiers efforts pour la cause patriotique. Ces sentiments se sont fortifiés tous les ans par la vaste utilité de vos triomphes, la féconde bienfaisance de vos talents, la supériorité de votre dévouement républicain sur les ambitions subalternes qui ont méconnu la vraie gloire, et par la constante pensée de votre influence sur la liberté des deux mondes (2).
Le 2 mars 1827, La Fa3'ette renouvela à Bolivar ses sentiments d'admiration, et, en avril, il le félicita des termes vraiment républicains dans lesquels il avait donné sa démission de président de la Colombie. Les électeurs de l'arrondissement de jVIeaux vinrent, au mois de mai, lui offrir la candidature au siège vacant par la mort de leur député le baron François de Pinteville de Cernon. La Fayette accepta.
Le 2 2 juin 1827, un premier tour de scrutin ne donna pas de résultat, car, sur 279 votants, le général n'eut que
(i) Cf. l'original de ce document dans la collection de M. Th. Lhuiilier. La pièce commence ainsi : « Vu la demande en liquidation d'indemnité formée par M. Marie-Josepli-Paul-Yves-Rocii-Gilbert du Motier de La Fayette, lieutenant général en retraite... »
[ij La Fayette écrivit de nouveau à Bolivar le 2J décembre 1826.