PORTRAIT PAR THIERS
passion et de génie qui, toujours, fait abuser de la puissance : avec une âme égale, un esprit fin et entendu, un système de désintéressement invariable, il était surtout propre au rôle que les circonstances lui avaient assigné, celui de faire exécuter les lois. Adoré de ses troupes, sans les avoir captivées par la victoire, plein de ressources au milieu des fureurs de la multitude, il maintenait l'ordre avec une vigilance infatigable. Les partis, qui l'avaient trouvé incorruptible, accusaient son habileté, parce qu'ils ne pouvaient accuser son caractère. Cependant, il ne se trompait pas sur les événements et les hommes, n'appréciait la Cour et les chefs de partis que ce qu'ils valaient, les protégeait au péril de sa vie sans les estimer; luttait souvent sans espoir contre les factions, mais avec la constance d'un homme qui ne doit jamais abandonner la chose publique, alors même qu'il n'espère plus pour elle.
[Histoire de la Révolution française, p. 123 et 124.)