‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 186 sur 236 · FÉDÉRATION ASSEMBLEE A SAINT-ROCH POUR DIMAIN I · texte numérisé non relu

FÉDÉRATION ASSEMBLEE A SAINT-ROCH POUR DIMAIN I

Du lundi 12 juillet 1790.

Messieurs les députés des gardes nationales de tous les districts du royaume sont prévenus qu'en vertu de la réunion, faite à la maison commune, d'un député par chacun des districts, arrivés samedi, dimanche et lundi, afin de se concerter ensemble sur les moyens d'exécuter les ordres relatifs à la Fédération du 14 juillet et de présenter nos hommages à l'Assemblée nationale et au roi, il a été convenu d'abord de connaître le jour que l'Assemblée nationale et le roi fixeraient pour nous recevoir, et ce jour devant naturellement précéder le 14, a été fixé à mardi 13. Quelques personnes ont été ensuite chargées de rédiger des projets d'adresses, dont les bases ont été provisoirement adoptées par la réunion presque totale d'un député par district, qui a eu lieu ce matin, à la maison commune. MM. les députés de tous les districts sont invités par cette assemblée à se réunir demain, dans le plus grand nombre possible, mais au moins trois ou quatre par district, dans l'église de Saint-Roch, à huit heures précises du matin, pour examiner les projets d'adresses qui ont été ou pourraient être proposées, et, après le choix qu'on en ferait, nommer les députations qui doivent les présenter.

Par ordre de l'assemblée: Signé : La Fayette. (Placard in-fol., impr. par Lottin aine, bibl. nat., Lb^" 11,159.)

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Janvier 1791. — Conversations de La Fayette avec son petit cousin le comte Louis de Bouille.

Dès notre premier abord, M. de la Fayette me renouvela les plus aimables assurances de sa tendresse pour moi. Effectivement, il m'en avait toujours témoigné beaucoup, et j'avoue que l'aménité de son caractère, jointe au prestige de sa renommée, m'avait rendu, jusqu'à l'époque de nos troubles, fort sensible à la distinction qu'il me marquait. Je lui en voulais même peut-être plus, en raison de l'effort qu'il m'avait fallu faire pour me détacher de lui, et je voyais avec regret que nous fussions placés dans des rangs si opposés; car, quelles que soient les dissidences politiques, elles ne doivent pas rendre injuste pour les qualités privées. M. de La Fayette me fit aussi les plus belles protestations de considération et d'amitié pour M. de Bouille, ainsi que d'attachement pour la monarchie, particulièrement pour la personne du roi, enfin de modération et de désintéressement; mais ces démonstrations ne purent vaincre ma réserve.

Pendant le peu de jours que je passai à Paris, j'eus avec lui plusieurs conférences semblables, dans lesquelles il donna un libre cours aux faux principes qui faisaient la base de ses discours et, malheureusement pour lui comme pour les autres, la règle de sa conduite. Ce fut dans une de ces conversations que, lui ayant demandé comment il était avec le château, il me répondit : « Le roi sert la Constitution, c'est vous dire assez si j'en suis content. D'ailleurs, vous le connaissez, c'est un bon homme qui n'a nul caractère, et dont je ferais ce que je voudrais, sans la reine qui me gêne beaucoup. Elle me témoigne souvent de la confiance, mais elle ne se livre point assez à mes avis, qui assureraient sa popularité. Elle a ce qu'il faut pour s'attacher le cœur des Parisiens, mais une ancienne morgue et une humeur qu'elle ne sait point encore cacher les lui aliènent plus souvent. Je voudrais qu'elle y mît plus de bonne foi. » J'ignore si M. de La Fayette en mettait beaucoup lui-même dans cette confidence; mais, comme elle était aussi remarquable de sa part qu'elle pouvait être pro-

fitable au roi et à la reine, je crus de mon devoir de ne pas la leur tenir secrète.

J'eus occasion de lui parler des moyens que lui donnait sa position pour contribuer au bien public, et pour arrêter le mal dont le cours incalculable de la révolution menaçait notre patrie. Je tâchai de lui présenter, sous un point de vue séduisant pour son ambition comme pour son amour-propre, la gloire de sauver le monarque et la monarchie, ainsi qu'il en avait le pouvoir, et je lui montrai sur quelles bases solides il était à même d'élever à la fois son nom et sa fortune. J'en reçus les mêmes réponses qu'à mon précédent voyage, et je me confirmai dans la triste certitude qu'il pouvait encore nuire longtemps à la chose publique, mais qu'il ne la servirait jamais. Il n'est peut-être pas indifférent de rapporter ici les propres paroles d'un personnage qui a acquis tant de célébrité par l'influence qu'il a exercée sur nos destinées. Comme je lui offrais, ainsi que j'en avais été chargé, toutes les récompenses et tous les honneurs qui lui seraient assurés, s'il terminait la révolution ou la dirigeait vers un but également avantageux au roi et à l'Etat, il me dit « qu'il n'avait aucune ambition que celle du bien public et de l'achèvement d'une heureuse et libre constitution; qu'il ne demandait d'autre récompense de ses services que le suffrage et l'estime de ses concitoyens; qu'une fois sa tâche remplie, il reprendrait son rang militaire et se retirerait à la campagne, où, jouissant de l'approbation et de l'affection publiques, il attendrait que la nation en danger l'appelât pour combattre le despotisme, s'il voulait reparaître. Alors, ajoutait-il, je jouirai de tous mes travaux; alors j'aurai acquis une existence que je ne devrai qu'à la pureté de mes principes, à la simplicité de mon caractère, et la confiance générale me mettra au-dessus du roi luimême. » A quoi je répondis : « Je ne suis pas autorisé, mon cousin, à vous offrir d'être plus que le roi. >/

C'est ainsi que M. de La Fayette croyait cacher son ambition par son exagération même, et il parlait d'abdiquer avant d'avoir pu usurper.

{Mcmoire du marquis de Bouille, comte Louis, lieutenant g;énéral, sur le départ de Louis XVI, au mois de juin jypi; Paris, Baudouin, 1827, in-8, p. 50 à î2.)

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août 1791. — Lettre de La Fayette à César de La Tour-Mauboure-.

Paris, ce lundi [8 août 1791].

Cette lettre vous sera remise par Romeuf, mon cher Maubourg, et vous verrez par la liste qu'il apporte que j'use et peut-être même j'abuse des bontés de M. de Belmont, à qui je vous prie d'offrir l'expression de ma vive reconnaissance. Ce sera un grand bonheur pour moi de voir mes aides de camp placés et de lui en avoir l'obligation. J'imagine même que, d'après le dénuement où se trouve le régiment d'Artois, on se hâtera de lui donner des officiers, avant même que la totalité du travail général ait pu se faire.

M. du Portail m'a promis décidément ce soir que votre frère serait lieutenant-colonel de votre régiment et m'a chargé de vous le mander, mais nous nous sommes querellés sur le numéro de i" ou 2" lieutenant-colonel, et il faut que M. de Belmont et vous, en accusant la réception de la promesse, insistiez sur la place de i"' lieutenant-colonel.

Je vous envoie, mon cher ami, deux mémoires de souslieutenances pour deux jeunes gens excellents et qui seraient vraiment une acquisition pour le régiment d'Artois.

Nous avons dîné chez toi aujourd'hui. L'intimité de notre union fait le désespoir de bien des partis et mon bonheur personnel. Nous avons été bien dupes de perdre quinze mois à nous quereller. Ces messieurs soignent l'évêque. Chapelier et Beaumez. Quant à moi, excepté La Rochefoucauld et Tracy, je me concentre dans notre coalition que Carra appelle assez plaisamment les rois de la quatrième race. Nous nous occupons de la revision et de la liberté du roi. Les débats t'instruiront sur le premier objet ; quant à l'autre, nous sommes plus d'accord sur le principe que sur les moyens, mais les comités s'occupent de l'exécution de ma motion, qui a eu un très bon efïet. La Coste ne pense plus qu'à ses amours et il

n'y a que l'amitié qui puisse quelquefois l'en tirer. Nous n'avons pas pu l'avoir aujourd'hui.

M, de Coigny est parti. L'abbé Louis voit demain le roi et la reine et part aussi en passant par Bruxelles, où il verra M. de Mercy. Tu sais qu'en étant, comme nos amis, de l'avis de cette négociation, îj'ai moins cru qu'eux au succès, et ils reviennent, je crois, à cette opinion. Je m'occupe d'arranger ma réserve entre Compiègne, Soissons, Reims et Paris, mais j'attends que nous soyons plus avancés pour t'en donner le dispositif et le combiner avec tes propres arrangements et les moyens de notre réunion.

Mille amitiés à Dumas. Je lui écrirai après-demain ou le jour suivant. Bonjour, moucher Maubourg.

Romeuf te portera le décret sur la garde soldée. On relit leur article, mais, pour plus de sûreté, on l'expliquera encore demain. Il faut que M. de Belmont demande la nomination immédiate de ton frère. Si d'ici là je puis avoir le numéro premier, je n'attendrai pas.

Le fils de M. de Mun est garde du corps depuis longtemps. Je ne sais quelles sont ses intentions, mais, à tout hasard, plaçons-le tout ce qu'il peut être et écrivez en même temps à son père pour qu'il me fasse connaître ses intentions.

1 1 avril 1792. — Lellrc de Maral à Pciion sur La FayclU.

Paris, ce 11 avril 1792.

A Monsieur Petion.

C'est l'homme [qui vous engagea, il y a quelque temps, Monsieur, à demander des secours pour les pauvres de la capitale, qui prend la plume aujourd'hui pour vous déterminer à une nouvelle démarche qui ne vous fera pas moins d'honneur et qui vous assurera l'estime et l'amour du peuple. Vous n'ignorez pas sans doute que le sieur Mottié est accouru à Paris pour travailler l'armée et faire manquer la fête civique pour les tristes restes de Châteauvieux. Déjà six bataillons pourris se sont engagés par serment à s'emparer du Champ

de Mars dès la veille. A ce noyau dévoué à lui, joignez, carie sieur d'Anglure en a fait préparer cinquante mille sous les auspices du grand général pour les occasions importantes, toute la troupe soudoyée et vingt mille brigands renfermés dans nos murs et prêts à prendre les armes au premier signal, puis jugez de l'horrible carnage que pourrait faire un audacieux scélérat. Mais, comme tous ces coupe-jarrets ne sont rien sans leurs chefs, pour maintenir le bon ordre, il suffira donc de consigner l'état-major parisien le jour de la fête. Je crois que vous en avez le droit comme chef de la police. L'assemblée vous le donnera. Au demeurant, en lui faisant le tableau des désordres effrayants où serait plongée la capitale, si des hommes, qui se sont toujours montrés les ennemis de la patrie, osaient s'opposer aux vœux de cent cinquante mille citoyens armés, la pudeur l'empêchera de repousser la demande que vous lui en ferez à la tête des municipaux.

Quelque hardie que soit cette démarche, croyez, Monsieur, qu'elle vous compromettra moins qu'une mesure pusillanime. Elle ne saurait vous faire perdre la bienveillance des suppôts du despotisme, mais elle ajoutera à la reconnaissance de la nation. A ma franchise, vous pourrez reconnaître que votre gloire ne m'est pas indifférente, quoique mon grand but soit le salut public. J'aurais dédaigné de prendre la plume pour assurer la fête projetée, si elle n'avait pour suite de manifester fortement l'opinion publique sur l'exécrable décret lancé contre la garnison de Nancy et sur la scélératesse de la Cour, de réchauffer le patriotisme pour les classes inférieures de l'état social, desquelles celui des soldats de ligne, et d'humilier les cruels ennemis de la Révolution.

Tout ceci entre nous, mais agissez promptement et avisez sur les désordres à redouter.

(Minute autographe, collection de M. Etienne Charavay.)

Maubeuge, 26 juin 1792, matin. — Ordre du jour de La Fayette à son armée.

Au camp retranché de Maubeuge, ce 26 juin 1792, l'an IV de la Liberté.

ORDRE GÉNÉRAL DE l'aRMÉE

Le général de l'armée a reçu hier au soir et ce matin des adresses où les différents corps de toutes les armes expriment leur dévouement à la Constitution, leur attachement pour lui, leur zèle à combattre les ennemis du dehors et les factieux du dedans.

Le général reconnaît dans ces démarches le patriotisme pur et inébranlable d'une armée qui, ayant juré de maintenir les principes de la déclaration des droits et de l'acte constitutionnel, est disposée à les défendre envers et contre tous. Il est profondément touché de l'amitié et de la confiance que les troupes lui témoignent, et sent combien les derniers désordres, que des perturbateurs ont excités dans la capitale, doivent indigner tous les vrais amis de la liberté, tous ceux qui dans le roi des Français reconnaissent un pouvoir établi par la Constitution et nécessaire à sa défense.

Mais, en même temps que le général partage les sentiments de l'armée, il craindrait que les démarches collectives d'une force essentiellement obéissante, que les offres énergiques des troupes particulièrement destinées à la défense des frontières ne fussent traîtreusement interprétées par nos ennemis cachés ou publics; il suffit, quant à présent, à l'Assemblée nationale, au roi et à toutes les autorités constituées, d'être convaincus des sentiments constitutionnels des troupes; il doit suffire aux troupes de compter sur le patriotisme, sur la loyauté de leurs frères d'armes de la garde nationale parisienne, qui saura triompher de tous les obstacles, de toutes les trahisons dont on l'environne.

Quelque soigneux que soit le général d'éviter pour l'armée, jusqu'à la moindre apparence d'un reproche, il lui promet

que, dans toutes les démarches personnelles qui pourront contribuer au succès de notre cause et au maintien de la Constitution, il bravera seul, avec constance et dévouement, toutes les calomnies comme tous les dangers.

La Fayette.

(Copie signée par La Fayette, Archives nationales, C J58.)

Maubeuge, 26 juin 1792^ soir. — Ordre du jour de La Fayette à son armée pour annoncer son départ pour Paris.

Au camp retranché de Maubeuge, ce 26 juin 1792, Tan IV de la Liberté.

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