IL RETIRE SA DÉMISSION
En même temps, il prévint les districts de sa détermination et leur demanda de lui donner immédiatement un successeur. L'assemblée des électeurs, consternée, supplia La Fayette de ne pas l'abandonner, déclarant que le salut de la ville était attaché à la conservation du général. Celui-ci répondit négativement, mais promit de revenir le soir. A cette nouvelle séance, il entendit les protestations unanimes des électeurs, à la tête desquels était le curé de Saint-Etienne-du-Mont; néanmoins, il se retirait, quand un d'eux, lui barrant le passage, se jeta à ses pieds. La Fayette le releva aussitôt, l'embrassa et se laissa reconduire à son siège (i). La déclaration suivante fut rédigée et signée de tous les électeurs et députés des districts présents, pour être ensuite imprimée et affichée dans Paris :
Nous, électeurs et députés des districts de la ville de Paris, en nous conformant au voeu et à l'acclamation unanime de tous les citoyens de cette capitale, et par suite de notre confiance entière dans les vertus, les talents et le patriotisme de M. de La Fayette, l'avons de nouveau proclame général de la garde nationale de Paris et lui promettons, tant en notre nom qu'en celui de nos frères armés dans nos districts et dans les autres corporations militaires, subordination et obéissance à tous ses ordres, pour que son zèle, secondé de tous les citoyens patriotes, conduise à sa perfection le grand oeuvre de la liberté publique.
La Faj^ette retira sa démission devant tant de promesses d'obéissance et de marques de repentir. Le 24 juillet, il écrivait :
Je ne puis abandonner les citoyens qui mettent en moi
il) Cf. Procès-verbal de l'assemblée des électeurs, en date du 2j juillet 1789.
l82 LE GÉNÉRAL LA FAYETTE [ 1 7^9]
toute leur confiance, et, si je reste, je suis dans la terrible situation de voir le mal sans y remédier.
Le 25 juillet, les députés des soixante districts, choisis pour dresser le plan d'administration municipale, se réunirent à l'Hôtel de Ville, vers onze heures du matin, dans la salle dite des gouverneurs (i). Bailly protesta de son attachement et de sa reconnaissance pour eux et prêta serment de s'acquitter avec fidélité, zèle et dévouement, de ses fonctions de maire. La P^ayette suivit cet exemple, et, après avoir renouvelé son engagement de consacrer sa vie entière au service des braves et généreux Parisiens, il promit de remplir fidèlement les fonctions de commandant général, de se renfermer dans les limites qui seront données à cette place et de ne jamais oublier que le pouvoir militaire est soumis au pouvoir civil (2). Puis le maire et le commandant s'embrassèrent, aux applaudissements de tous (3). Le soir même, l'Assemblée se constitua sous la dénomination ô^ Assemblée des représentants de la commune de Paris, approuva les principes posés par La Fayette pour l'organisation militaire, « et qui ont pour but de rendre l'autorité militaire toujours dépendante du pouvoir civil », et pria le commandant général de désigner lui-même les membres de son étatmajor (4).
Le 27 juillet, La Fayette profita de sa popularité pour faire mettre en liberté son ancien protecteur, le maréchal de Castries, qu'on avait arrêté malgré le passeport à lui délivré par la ville. Le 29, il envoya aux présidents des
(1) Le 2j juillet, Bailly avait invité rassemblée des électeurs à s"unir àluj et à La Fayette pour dresser un plan d'administration municipale. (Cf. Sigismond Lacroix, Actes de la Commune de Paris, 1, 407.)
(2) Cf. Sigismond Lacroix, t. I, p. ij. (j) Cf. Sigismond Lacroix, t. I, p. 8 et 9. {4) Cf. Mémoires de Bailly, t. II, p. 14b.