‹ Le général La Fayette, 1757-1835Chapitre 65 sur 236 · LA FAYETTE ET BOUILLE 2 H · texte numérisé non relu

LA FAYETTE ET BOUILLE 2 H

citoyen (i). Le lo, Baillyle chargea de prendre des mesures pour empêcher les insultes qu'on avait coutume d'adresser aux passants pendant le carnaval. 11 écrivait au général :

Le retour de la liberté a quelquefois engendré une licence au moins momentanée. J'ignore si l'usage d'insulter les passants pendant le carnaval, soit en criant après eux, soit en leur appliquant au dos des formes de rats imprimés avec du blanc d'Espagne, est entièrement abrogé; mais je "ne doute pas que vous penserez que cet abus doit périr avec beaucoup d'autres, et je vous serai bien obligé de mettre à l'ordre des défenses expresses contre l'abus que je vous dénonce (2),

Le 9 février, La Fayette convia de nouveau son cousin le marquis de Bouille à coopérer avec lui à la chose publique :

Nous avons été divisés de principes et de sentiments pendant la Révolution; mais aujourd'hui, nous devons nous rallier autour du roi, pour l'affermissement d'une Constitution que vous aimez moins que moi, qui peut avoir quelques défauts, mais qui assure la liberté publique, et qui est trop avancée dans l'esprit des Français pour que ses ennemis pussent l'attaquer sans dissoudre la monarchie. Lorsqu'on en est à ce point, tous les honnêtes gens ne forment plus qu'un parti dont le roi s'est déclaré le chef, et qui, déconcertant à la fois les anciens regrets et les espérances fâcheuses, doit resserrer les liens de l'ordre public et ramener partout l'union et le calme pour nous faire mieux jouir de la liberté.

La Fayette s'illusionnait sur les sentiments des royalistes en général et de son cousin en particulier (3).

(i) Cf. Sigismond Lacroix, t. III, p. 694 et 695. — Dans cette séance du 4 février, l'abbé Fauchet fit la motion de conférer à La Fayette le titre de premier frère d'armes des gardes nationales affiliées, mais il n'eut pas plus de succès que dans la séance du 22 janvier. (Cf. S. Lacroix, t. III, p. 708.)

(2) Cf. Bibliothèque nationale, nis. Fr. 11697, p. j8.

(j) On lit, en effet, dans les Mémoires du marquis de Bouille, p. 156, ce

Il manifestait en toutes occasions son respect pour Louis XVI. Le 12, il alla le féliciter du discours prononcé par lui dans la séance du 4 février ( i ) ; le 20, il l'assura de sa reconnaissance et de son dévouement (2). Le même jour, il prononça un discours à l'occasion de la répression des désordres, qui avaient lieu dans les provinces.

Pour la Révolution, il a fallu des désordres ; l'ordre ancien n'était que servitude, et dans ce cas, l'insurrection est le plus saint des devoirs, mais pour la Constitution il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, que les personnes soient en sûreté, il faut faire aimer la Constitution nouvelle, il faut que la puissance publique prenne de la force et de l'énergie.

Linsiirrcction est le plus saint des de-joirs ; cette phrase fameuse fut souvent reprochée à La Fayette, qui protesta contre le sens qu'on lui prêtait et qui venait de ce qu'on isolait ces mots du reste de la phrase, comme s'ils étaient un axiome.

Le 22 février, l'assemblée des représentants arrêta qu'il serait offert à La Fayette une indemnité de cent mille livres, mais celui-ci renouvela^ le 27, son refus (3).

A cette même époque, on tenta encore de rapprocher

curieux passage sur La Fayette : « C'était un héros de roman, qui voulait, à la tète de la conjuration la plus criminelle, conserver de la probité, de l'honneur, du désintéressement, et se livrer uniquement à l'esprit de clievalerie. Servi par les circonstances plus que par ses talents, il éiait parvenu à un degré de puissance tel qu'il aurait pu dicter des lois, donner un gouvernement à la France, élever sa fortune au plus haut degré où un particulier puisse prétendre : au lieu de cela, il se perdit comme un insensé et entraîna dans sa chute le roi, la monarchie et la France entière. »

(i) Cf. Sigismond Lacroix, t. IV, p. 88.

(2) Cf. lettre de La Fayette au roi dans ses Mémoires.

^j) Cf. Sigismond Lacroix, t. IV, p. 178 et 224. — Le 19 mars 1790, le district de Saint-Jacques l'Hôpital prit l'initiative d'offrir à La Fayette, aux frais de la Commune, une épée en or ciselé, avec cette légende : Z)o/i/a' ^iir les habitants de Paris à leur défenseur, 1790. Ce projet n'eut pas de suite, mais fut repris en octobre 1791 et mis h exécution. (Cf. S. Lacroix, t. IV^ P- 2Î7-)

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