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Le général Sir Frederick Haldimand à Québec, 1778-84 [microforme]

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SECTION I, 1888. [ 98 ] MÉMoIREs $S. R. CANADA.

VI — Le général sir Frederick Haldimand à Québec, 1778-84,

Par J.-M. LEMOINE.

(Lu le 23 mai 1888.)

Le 3 août 1881, pendant une trop courte vacarce au-delà des mers, j’entrais, muni d’un billet d'admission, dans le vestibule d’un grand édifice situé Great Russell street, à Londres.

Après avoir fait étape dans plusieurs vastes salles bondées de livres, de sculptures antiques, de curiosités du temps de Chéops et de Sésostris, je pénétrai sous le dôme d’une pièce immense et circulaire — la nouvelle salle de lecture du Musée Britannique, ouverte en 1857. L'édifice primitif, Montegue House', a subi bien des transformations depuis 1753 où le parlement de la Grande-Bretagne commençait à y réunir ses trésors littéraires et artistiques, toute une série de bibliothèques et d’antiquités.

Je gouvernement anglais avait acquis Montague House pour y installer la riche bibliothèque de sir Hans Sloare, achetée après sa mort, en 1753, par l'Etat, et valant près de $260,000, ainsi que les manuscrits sans prix de la collection Harleianne, et ceux de la bibliothèque Cotton.

Le roi George III l’enrichit d’un choix d’antiquités égyptiennes, en 1801 ; et l'achat des marbres Townley, en 1805, et en 1816 des marbres Elgin, reste des admirables sculptures exécutées par Phidias pour le Parthénon d'Athènes, acquis au prix de $300,000 par l'ambassadeur anglais à Constantinople, nécessita l'érection d’une aile additionnelle à l'édifice. Puis vint l'installation de la bibliothèque du roi George III, présentée au peuple anglais, en 1823, par son successeur George IV.

L'on ne tarda pas à se convaincre que Montague House, si vaste qu’il fût, était insuffisant pour loger tant de merveilles,

L'Etat chargea sir Richard Smirke de préparer les plans et de jeter les bases d’un autre édifice bien plus spacieux ; et cette nouvelle construction, le British Museum actuel, commencée vers 1823, ne fut complétée par Sydney Smirke, le plus jeune frère de sir Richard, qu’en 1852.

La façade principale, sur Great. Russell street, est de 370 pieds de longueur, avec des ailes d’une grande étendue. Quarante colonnes ioniques en ornent le fronton. Sous le péristyle, on remarque la statue de Shakespeare, sculptée par Roubiliac et donnée par le tragédien Garrick, celle de sir Joseph Banks, par Chantrey, et d’autres sculptures par Westmacott et Nollekens, etc.

La nouvelle chambre de lecture, imposante salle circulaire avec un dôme vitré à arêtes en fer, haut de 106 pieds sur 140 de diamètre, a coûté $750,000.

Elle peut contenir trois cent soixante personnes à la fois aux pupitres de consultation. Le catalogue des livres, dont le nombre s'élève à plus d’un million, forme deux mille volumes disposés sur des tablettes, pour l’usage des personnes qui ont des recherches à faire dans cet arsenal de science artistique, littéraire et historique. Les trésors accumulés au Musée Britannique sont répartis dans une soixantaine de grandes pièces, et classés en huit départements surveillés chacun par un conservateur spécial.

Antiquités orientales, égyptiennes, étrusques, grecques, romaines, saxonnes, etc. ; médailles, monnaies, bronzes, marbres, gravures, impressions, autographes, manuscrits, livres, tout est étiqueté, systématiquement classé ; chaque spécialité a ses salles, chaque objet sa cage,

On fixe le nombre des personnes admises au Musée Britannique, en 1879, à 782,823. Les livres continuent de s’y accumuler, en même temps qu'augmente la foule des visiteurs qui afllue de tons les coins du monde,

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Ce qui frappa d’abord més regards, ce fut l’estrade élevée au centre, d'où le surintendant peut surveiller les nombreux lecteurs et lectrices assis devant leur pupivre, absorbés dans la lecture, ou prenant des notes dans les gros volumes mis à leur disposition.

Au moment où je m'installais, une figure bien connue à Québec franchissait le seuil de la salle. C'était Francis Parkman, de Boston, le brillant biographe de Wolfe et de Montcalm ; preuve que ce jour là, parmi les occupants des trois cent soixante pupitres qui rayonnent tous vers un centre commun, il y avait plus d’un chercheur accouru des lointaines régions de l'Occident vers ce foyer de lumière, en quête de renseignements historiques.

Je sentis ma curiosité, ma convoitise littéraire, dirai-je, redoubler au spectacle de tant de richesses.

Cette volumineuse correspondance officielle de nos vice-rois après la conquête — livres clos an commun des mortels, depuis les premiers temps jusqu’à l'ère de la Confédération, en 1867— m'était maintenant accessible. L'Etat avait enlevé les scellés, proclamant qu'une ère d’apaisement avait été inaugurée, que la métropole ne craignait plus de raviver de vieilles animosités, en produisant au grand jour le dossier de tant de mémorables litiges.

Je demandai à consulter la collection Haldimand. On me fit la remarque qu'elle se composait d’au delà de deux cents volumes, — qu'on mit à ma disposition, avec encre, plume et papier.

J'entends, aujourd'hui, dans cette étude :

10 — Signaler l’inappréciable avantage d’avoir maintenant à notre disposition, dans la capitale du pays, une masse de documents authentiques qui pourra servir à éclaircir un obscur passé, à refaire peu à peu bien des pages de cette époque si féconde en grands événements — 1755 à 1791, — c’est-à-dire la Collection Haldimand ( Haldimand Pupers) ;

20 — Etudier, pièces en mains, une notable figure de notre histoire — celle du général Haldimand — personnage spécialement associé, par sa haute position de gouverneur général, de 1778 à 1784, à nos destinées, durant une des périodes les plus palpitantes que la colonie ait traversées : — celle de la guerre de l'Indépendance américaine — dont le souflle un moment menaça de chasser le drapeau anglais du continent entier; ce qui serait infailliblement arrivé, si nos milices ne se fussent ralliées sur nos bastions, quand l’envahisseur frappait au portes du vieux Québec ;

30 — Esquisser au fil de la plume le groupe social auquel l'administration des affaires mêla parmi nous le général Haldimand, pendant ces années orageuses, où le sort de la colonie tremblait dans un des plateaux de la balance ;

40 — EKaminer les griefs qu’on a formulés contre l'administration coloniale de cet homme d'Etat.

La correspondance officielle de Haldimand, soit comme gouverneur général, soit comme homme d'Etat, de 1755 à 1791, est comprise dans deux cent quarante trois robustes in-folio'. Cette immense agglomération de manuscrits transcrits au Musée Britannique, sous la surveillance de M. Douglas Brymner, durant plusieurs années, maintenant classés par ordre de dates avec index et sommaire de chaque pièce, est partie intégrante des

En 1888, M. Brymner compte dans les archives fédérales 232 volumes ; il ne reste que 11 volumes à transcrire à Londres,

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archives du Canada, au ministère de l'Agriculture, à Ottawa. Le bureau des archives prend, au Canada, la place du Public Record Office, à Londres. Le public y a libre accès. C’est cette importante source de renseignements dont le contenu nous est révélé dans les volumineux rapports présentés annuellement au parlement par l’archiviste principal, M. Douglas Brymner, et son laborieux assistant, M. Joseph Marmette.

Les manuscrits connus au Musée Britannique sous le nom de Haldimand Papers y furent déposés en 185", par M. George Haldimand, de Londres, le neveu et l'héritier du général. Ce dernier à laissé son nom à une importante circonscription électorale, dans l'ouest du Canada, ainsi qu'à une rue bien connue de Québec. Il compte plusieurs descendants collatéraux aux Etats-Unis, à Montréal et ailleurs ; mais le nom à subi un léger changement : il s'écrit Haldeman en certains endroits.

Cette colossale correspondance, qui embrasse un espace de trente cinq ans, se termine en 1791, l’année de la mort du général'. Marquée au coin de l’exactitude, de l’impartialité et d'une certaine élévation de sentiments, et couvrant la période 1755-91, elle est d’un grand intérêt.

Haldimand a, en effet, assisté à bien des événements d’une importance majeure, dans le nouveau monde.

Il a pris part, pendant la guerre de Sept Ans, aux campagnes de l'Ohio, si désastreuses pour les armées anglaises.

Il a pu suivre, à leurs pénibles traces, les pauvres Acadiens dispersés anx quatre vents, par l’ordre du colonel Lawrence et des autorités de la Nouvelle-Angleterre. Il a été appelé, comme administrateur de la colonie qui leur servait d’asile, à accueillir d’autres proscrits — les loyalistes anglais, expulsés des Etats-Unis, pour avoir, comme les Acadiens, été trop fidèles à leur alléweance première. Plus heureux que ceux de Grand-Pré, ils furent reçus à bras ouverts par leur souverain George III, qui leur prodigua des terres, des pensions, et confia à quelques-uns les charges les plus élevées dans les colonies.

Haldimand a dû voir comme la vieille France trahissait, délaissait, insultait, à Versailles * et à Ferney, la Nouvelle-France en 1759.

Son oreille a pu saisir les premiers grondements de la foudre révolutionnaire qui éclatait en Amérique à la suite de l’adoption en Angleterre de la loi des Timbres, en 1765, et plus tard, entendre ses fulminantes reverbérations à Bunker-Hill, Lexington, Saratoga, Yorktown, etc. Il a dû constater l'héroïque défense de Québec, en 1775, ‘ assailli par les hordes indisciplinées mais hardies d’Arnold et de Montgomery,” les menées sourdes, dans nos murs, des traîtres soudoyés par le Congrès, menées qu'il sut déjouer sans effusion de sang. Il a su prévoir, impuissant à la prévenir, la révolte provoquée par l’entêtement de George IIT, et en dépit des sages remontrances de l’illustre Chatham et de

! Le général Frederick Haldimand mourut en 1791, à Yuerdun, en Suisse, où il était né. ? Quand le pauvre soldat, avec son vieux drapeau,

Essaya de franchir les portes de Versailles,

Les lâches courtisans, à cet hôte nouveau

Qui parlait de nos gens, de gloire, de batailles,

D'enfants abandonnés, des nobles sentiments

Que notre cœur bénit et que le ciel protège,

Demandaient, en riant de ses tristes accents,

Ce qu'importaiont au roi quelques arpents de neige.

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