TYPOGRAPHIE DE HENRI PLON
IHPRIHRDB DE l'eHPEREDR
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LE GEKfERAL YERMOLOW.
Le — avril de cette année, la Hussie a perdu Tun de ses
iiomaies les plus àistingués : Alexis Pétrovitch ¥ennolow est décédé à Moscou, dans la quatre-^iogl-cinquième année de son igeu
Il a{]jpartenait à une famille d'ancienne noblesse dont Taieid^ Arslane-Yermola, mouria taiiar« (chez les Tartases Jes pensât^ na^es de la classe supérieure s^s^p^pellenimimrjSâ), vint en Russie et se fit baptiser, avec ses quatre fils, en 1506.11 transmit le nom de Yennolaw à ses descendants, gui ont occupé des «fonctions dans rarinée„ dans l'administriUioa et à la <cour des .souverains de Russie. Pierre Aleaoéiésitcb ¥ecmolov.(né en 1742,, morl «n 1833) , j>ro|nriétaire dans la province ^'Orel, fui, dans les dernières années du règne de Catherine 11^ secrétaire d'État et chef de lacbmcelleirie ^ce 4|ue Ton a.ppelle en France chef de .cabinet^ 4u|Nrocarenr-général,; le cercle des fonctions du procureur-géné- Eal.de Rusaie n'embrassait ni .plos ni moins que les attributions aujourd'hui dévolues aux ministères de la justice, de rintérienr^t des finances. La place de procureur-'général se Irouvant aoonpée .par le comte Samoilov, un homme complètement nul, neveu ^ jprince Poiemkine, et lui-même ancien amant de Catherine IL
Yernolow était jpaoreat de Samoilow, et, ce guiiait ie plus jjraad lioaneor à Venvalow„ c'est qu'en acceptant cette place il stipula n'avoir «rien à démêler avec la police polUique et avec les tertwjûs {légalemanl «abalies,, mais {|ui oni 'cxi&té secrètement jusfu'à Aa mort «de l'empereur Nioolas).. Xe pcocnrem^nèral avai4 .aua«
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dans ses attributions la police politique, et par conséquent les tortures. Sur le noble refus de Yermolow, cette dégoûtante partie de l'administration publique fut confiée à Scheschkovski , lequel se rendit célèbre par sa dureté. M. Pierre Yermolow était un homme d'une remarquable intelligence, d'un caractère énergique, d'une grande loyauté, et d^une intégrité à laquelle Catherine 11 se plaisait d'autant plus à rendre justice, qu'elle n'était guère habituée à la trouver parmi son entourage.
Nous nous souvenons, dans notre enfance, avoir vu, en 1825 et 1826, chez notre grand'mère, la princesse Anastasie Dolgoroukow, M. Yermolow, octogénaire, mais encore un beau et vert vieillard, lequel, à cet âge, conduisait lui-même un droski attelé d'un cheval. 11 était de haute taille, à l'œil vif, spirituel dans sa causerie, conservant une profonde vénération, un vrai enthousiasme pour la mémoire de l'impératrice Catherine. 11 adorait son illustre fils, lequel, de son côté, lui a toujours témoigné le plus profond respect et l'attachement le plus tendre. Leur correspondance fut toujours très-active, et nous nous souvenons qu'il venait parfois lire avec émotion , à notre grand'mère, certains passages des lettres que lui adressait son fils, à cette époque gouverneurgénéral du Caucase, et à l'apogée de sa gloire.
11 avait épousé mademoiselle Davydow, issue de l'ancienne famille noble de ce nom; elle était la veuve, en premières noces, d'un gentilhomme de la province de Smolensk, Kahofski. C'était une femme de haute vertu et d'un caractère encore plus énergique que celui de son époux. De ce mariage naquirent : une fille, madame Pavlow, et un fils, dont nous allons parler.
Alexis Pétrovitch Yermolow naquit en 1777. Il fit ses études dans la maison paternelle; mais à cette époque les jeunes nobles russes finissaient leurs études de bien bonne heure. 11 avait quinze ans seulement lorsque, en 1792, Catherine 11, voulant récompenser son père, nomma le jeune homme d'emblée capitaine dans le régiment des dragons de Nijni, et l'attacha comme aide de camp au lieutenant-général comte Samoilow, dont nous venons de parler, et qui était un des personnages les plus importants de
la cour (1). Mais le jeune Alexis» doué d'une forte intelligence, comprit, malgré sa jeunesse, que Ton n'achève point ses études à quinze ans, et en même temps il ne se souciait nullement de la ' vie de cour, pour laquelle il ne se sentait point fait : la gloire l'attirait. Au lieu d'employer ses loisirs à s'amuser, il continua ses études, et au bout de deux ans, en 1794, il passa avec distinction un examen pour entrer à l'artillerie; il se fît transférer dans cette arme, et il se fit envoyer à l'armée que le célèbre Souvorow conduisait contre les Polonais. A l'assaut de Praga il reçut la croix de Saint-Georges. La prise de Varsovie ayant mis fin à la guerre, Yermolow obtint, par l'entremise de son père, l'autorisation de se rendre, en 1795, en Italie, pour y faire une campagne en qualité de volontaire dans Tarmée autrichienne. En 1796, Catherine envoya un corps d'armée au Caucase , contre le schah de Perse. Le commandement de ce corps fut donné au jeune comte Valérien Zoubow, brillant général et frère du prince Platon Zoubow, alors favori tout-puissant. Yermolow, âgé de dix-neuf ans, fut envoyé à cette armée avec le grade de major d'artillerie. Il se distingua dans cette courte campagne , et fut nommé lieutenantcolonel.
Catherine mourut le -^ novembre 1796, le matin même du b
jour où elle allait signer un traité d'alliance avec l'Angleterre et
l'Autriche contre la République française (l'original du traité se
trouvait déposé sur sa table à écrire). Paul, en montant sur le
trône, disgracia la plupart des personnes qui avaient la confiance
de sa mère. Le comte Samoilov et M. Pierre Yermolow furent
tous les deux renvoyés de Saint-Pétersbourg. M. Yermolow alla
habiter une terre qu'il possédait à quelques verstes d'Orel, et il y
(i) Dans le Nord^ du 4 mai, se trouve imprimée une lettre de Saint-Péterfrbourg, dans laquelle le correspondant du journal, en parlant du général Yermolow , dit : t Son père était un pauvre gentilhomme campagnard du gouvert nement de Moscou, qui eut à peine les moyens de lui donner l'éducation t nécessaire pour entrer à rartillerie comme porte-enseigne, t Les détails que nous citons prouvent à quel point ce correspondant est pea au fait des choses.
véënif hononiet eonsid^ré partocrte lli noblesse dti voisinage. Le' comte Valéfîen Zoubow fut renvoyé du service, de même qu€ ses frères. L'armée qui se trouvait au- Càuease hâ rappelée ; la plli'^ part des* cheft et des officiers dfe cettfr britta»t© armée furent disgraciés , et le jeune Alexis Yermolbw fui transféré dans le qira^ trième régiment d'artillepie, cantonné dans la province de Minsk'. Sbn frère utérin, M'. Kahofskî, un homme fort' distingué, ayante été accusé d^ntentions séditieuses, fut' jielé en prison ; Yermotew fût' égaltement' arrêté , interrogé, mis en Mberlé^ arrêté dierechef,' conduità Saint-Pétersbourg et jeté dans un caebot db la fbrteresse, cacHot Humide et sale, où, comme il le racontait lui-même, Feaa suintait à travers les murs, et les rats parcouraient la chambre. W passa plusieurs mois dans cettfe prison, et ensuite il fut exilé à- Kbstroma, oh il employa ses loisirs à étudier Thistoire et lessciences militaires, et apprit lé làliin cHez l'un des prêtres de cette villb.
Le règne d'Alexandre I*' fil respirer fe Rtissie. Yermolbw rentra dans Tartillerie. H se distingua à la fimeste bataiHfe d'Austenirtz, et fut nommé colonel. Dans Ta campagne de 1806 et 1807, il' se signala de la manière la plus brillante, et reçut la croix de SaintrGeorges de la troisième classe^, distinction fort recherchée en Russie. En 1808, il fut promu au grade de général-major.
Peu de temps après il fut appelé à commander Tartillerie de fe. garde impériale, ensuite TinfantePie de la garde impériale, et, à l'ouverture de la campagne de 1812, il Ait nommé chef d*élatmajor de la première armée, commandée parle céfêfire Barclay de Tolly. Il prit une part importante et gibriense à là guerre dfe 1812 , qui lui valut le grade de liéutenant-gétoéral. Sa réputationmilitaire, déjà si considérable avant cette campagne, grandit de jour en jour; son esprit brillant et vif, la cordialité de ses manières, lui créèrent une immense popularité. La campagne de 181*3 lui valut de nouveaux lauriers. Le comte Ostermann- Tolstoi ,. général d'un talent remarquable, et Yermolow gagnénentt, à eux» deux, la eélèbre bataille de Kulm, qui sauva Farmée a%éie, priseen- flanc par lé mouvement du général Vandamme en
Bohême. Le corpii d^armée da général Vandamme fut complète^ neBt détroit, el laHméme fait prîsoDDÎer.
Le comte Ostennann» ayant été grièvement blesaé, fat obligé de qaitter Tarmée^ el le général Yermolov fut appelé à le wem^ placer dans le eonuandement en .chef de la garde impériale. Il se signala en cette ^alitè dans la campagne de 1814, laquelle lui valut la grand'eroix de Saint-Georges de deuxième classe, hante distinction militaire.
De retour en Russie, il fut appelé, en 1816, an commande*^ ment en chef de Tannée du Caucase, et Tannée suivante il fut chargé de se rendre en Perse en qualité d'ambassadeur extraordinaire. Cette mission avait un double but : répondre à Tambas* sade que le schafa de Perse avait envoyée à Temperear Alexandre, et régler la question des limites entre les deux pays. Elle eut un succès complet, et Yermolov fut promu, à son retour au Caucase, au grade de général en chef.
Son administration au Caucase» véritable vice«-royauté qui dura mue années (de 1816 à 1827), fut Tépoqae la plus glorieuse de sa vie. Doué de grands talents militaires, énergique, entreprenant, profond connaisseur du cœnr humain , le général Yermolov fut aimé de ses administrés, aimé de ses troupes, redouté ei respecté à la fois par les montagnards du Caucase , dont il réprima et châtia sonvent la sanvage audace. Un mélange habile de brillantes expéditions militaires, toujours parfaitement bien combinées et admirablement condoites, et de négociations savamment menées; un mélange de cordialité et d*une sévérité poussée, dans certains cas, jusqu'à la rigueur, contre ces sauvages que la crainte seule peut maintenir dans Tobéissance; une équité inflexible toujours et en tout, signalèrent la vice-royauté au Caucase du général Yermolov, qui rappelait les héros de Tantiquité par son austère intégrité et par la noble simplicité de sa vie privée. Il B*«rmai( et ne connaissait qv^im seul luxe : celui des livres. Dans la haute position qu'il occupait, il se montra toujours accessible à tous, sachant récompenser par quelques mots d*éIoge, à tel point que dans Tannée du Caucase, à cette époque, Tun des incidents
les plus flatteurs pour un officier ou pour un soldat consistait en ce qu'on dit de lui : u Al&xis PétroVitch loi -même Ta complimenté » publiquement sur son courage (ou bien sur la manière dont il a 1) rempli sa mission). » Les croix de Saint-Georges décernées par lui jouissaient d'une haute coDsidération, et bien des années après de vieux militaires, en montrant leur décoration, disaient avec un sentiment d'orgueil : « Cest une croix de Vermolotv! r>
Il construisit dans les montagnes des forts sur des points habilement choisis; il améliora ce qu'on appelle la route militaire géorgienne, c'est-à-dire la route qui mène de Tiflis en Russie ; il embellit Tiflis, il s'occupa du développement de la culture du vin et de celle de la soie. Faisant marcher de front toutes ces occupations si diverses, l'illustre capitaine, l'idole de ses soldats, sut se faire redouter des montagnards à un tel point que , longtemps après, les mères faisaient peur à leurs enfants capricieux avec le nom de Yermolow.
Vingt ans après qu'il eut quitté le Caucase, ses fils étant venus de Saint-Pétersbourg pour prendre part aux expéditions militaires dans les montagnes, les montagnards accouraient de loin ponr voir les JUs de Yermolow. En 1859, le célèbre Schamyl, fait prisonnier par nos troupes, et visitant Moscou, alla présenter ses hommages au guerrier octogénaire , et lui exprima les sentiments de respect que toutes les peuplades du Caucase professent pour le grand nom de Yermolow.
En 1821, au congrès de Laybach, il avait été question, un instant, de faire marcher en Italie une armée russe contre les libéraux de Naples. L'empereur Alexandre destinait au général Yermolow le commandement en chef de cette armée, dont devait faire partie la garde impériale , laquelle avait déjà quitté Saint- Pétersbourg et s'était avancée jusqu'aux rives du Dnieper. L'empereur Alexandre avait fait venir le général à Laybach , et , en le présentant aux souverains et aux hommes d'État qui s'y trouvaient réunis, il s'exprima sur son compte dans les termes les plus flatteurs, et l'honora du titre d'ami.
Le 30 août 1821, l'empereur Alexandre annonça à Yermolow
qu*il lai conférait le titre de comte et lui accordait une arande (pension temporaire) de quarante mille francs pour douze années^ Le général remercia l'empereur et déclina respectueusement ses offires, disant qu'il était assez bon gentilhomme pour n*ayoir point à rechercher un titre (1); que, n'aimant point le luxe, ses appointements suffisaient à ses besoins, mais que parmi ses subordonnés il y avait de loyaux et utiles serviteurs de l'empereur, pauvres et surchargés d'une famille. Il obtint la répartition de cette somme entre ces pauvres gens.. Or, tout le monde sait que Yermolow ne fut jamais riche; que du vivant de son père il n'était même point dans l'aisance , n'ayant pour vivre que son traitement de général en chef et une pension de quatre mille francs que lui faisait son vieux père. En qualité de commandant en chef au Caucase, il avait des blancs seings de l'empereur et. des sommes énormes à sa disposition. Sur ces sommes, il avait l'autorisation de prélever ce qu'il jugeait nécessaire pour le train de sa maison : il ne prélevait pas un sou. Un jour l'empereur Alexandre lui dit : Comment faites^ous pour dépenser aussi peu dans votre position de général en chef? Yermolow répliqua : Sire^ aussi les jeunes officiers qu'il niarrioe d'inviter à ma table ne sont petU-étre pas toujours contents du fort modeste diner que je leur offre, mais un soldat doit être infatigable, et pour être infatigable, il faut commencer par être sobre I
En décembre 1825 , l'empereur Nicolas monta sur le trône, auquel avait renoncé son frère aine, Constantin. L! empereur Alexan-
(i) En Russie, le titre de prince (knian) est de toute antiquité, mais, jusqu'à Pierre I«', ce titre n'avait jamais été conféré par le souverain : il appartenait de droit à des familles d'origine souveraine. Plusieurs de ces fiunilles, dépouillées et déchues, se trouvaient déjà, à T époque de Pierre I<^', dans une position bien modeste, mais néanmoins elles continuaient à porter le titre princier en leur qualité de descendants d'anciens souverains en lignée mâle, directe et légitime. Pierre I«' commença à créer des princes , des comtes et des barons (ces deux derniers titres étaient jusque-là complètement inconoos en Russie). Il en est résulté que l'immense majorité de l'ancienne noblesse russe n'est point titrée, tandis que parmi les barons, les comtes et les nouveaux princes l'on trouve, à côté de quelques noms véritablement illustres, des familles redevables de leur élévation à la bassesse, ani intrigues, aux malversations et même au régicide.
lire I^ avsf I commis i»ne grandie faute r eette de ne peint rendis pnbliqoe la renonciation de son frère au trône. Pendant quinze jours, entre Varsovie oè se trouvait Gonstanlîn et SainC*Pêt:ei%boorg où se tronratt Nicolas, Ton jona la eonronme èe foutes les Rnssiès an baffon en se la renvoyant »uttielteflient. L'on sait ce qtsà s'^ensnivit à Saint-Nlersbourg , te momrenient Ubétal qnr éelata et fut comprimé avec la dernière rigueur. A la distance oè se tronvait te général Vermolow, il était bien naturel de ne point se- presser de coorird'un serment à Vautre. La notfveUe de la mort df^Alexandre annoncée, il fit prêter à ses troupes serment de fidélité k Constantin, el une fois la nouvelle de la renoncfation de ce dernier parvenne à Tifiis, il attendit la con&rmation de cette grave nouvelle, et ce ne fut que sur des renseignements reçus de Varsovie qn*it se décida à faire prêter serment à Nicolas. En attendant, les interrogatoires de» libérauit arrêtés firent voir que le général avait es connaissance* de leurs plans , sans pourtant qne ce fait ait p» être juridiquement prouvé. Cette découverte irrita vivement Tempereur Nicolas , d'autant plus qu'il n aimait point Yermotow. Nicolas avait une airersion instînetrve pour tous les hommes de mérite et d'un caractère indépendant. Le général, tout en Im rendant les donneurs et tes hommages dus à nn frère de Tempereur, ne s^étail jamais montré courtisan; sa fierté naturelle y répugnait. Parmi les intimes de Nicolas, se trouvait Je général Faslévîteh (depuis marécNal et prince de Varsovie). Paskévftch avait des talents militaires, mais aucune capacité d'adminis^ trateur (il l'a bien prouvé et au.Caucase et en Pologne].. Fin„ rusé, dèvQffèd'aiabiti4Mi, s'il étaîl hautain et insolent comme ua parvenu envers ses subordonnés , il était en revanche le plus souple et le plus insinuant des courtisans., fl convoitait la place de Yer- Qioloiiv„ el L'empereur Nicolas L'envoya en 1826 commandi^r les troupes du Cavcase sons la direction siopérieure de Yemolov. L'iRusIre général reçut fort ma! M. Paskévitch , et il s'^éleva bientôt des dissensions entre eux. L'^empereur Nicolas donna raison à Paâkévitth et tort à YeriBolow; ce detnier quitta le aeviice et rentra dans^ la vie pi*ivée.
n §4 II» séjonr à Orei, près de son vieil et respectable père, el ensuite il vînt se fixer à Hoscoa. St popolarilé était îainieiiee, et cela èno» tovtes les classes de la société; sa ntodeste isartscn «e âéseii^Iissait point de Tvsilears ifvî venaient saluer cette iUastration nationale. Quand il traversait lésâmes, le^kommes du penple s*a!rrétaie]it et 9e disaient entre mn : « VoîUi YerMoioiw qni passe» »<
Lovsqueéelata la gftterre> de Pologne en 1830, les marHMnds de Moscou offrirent au gonvemeineilt d'armer et d'entretenir, à leurs fraie, ane division entière de troupes, si em v<MiIait teur laisseir le Aokx éit commandement de cette* division. L'empereur Niooke, ayant appris qu'ils se proposaient d'offrir ce commandenMMt k Yerraolow, re&isa leur offre.
En 189), Tempeireor Niecdas vint k Moscon au moment où Yermolow, ^ui avait acheté une petite terre près de celte capitale, ae trouvait à Moecoa. Lorsqu'à» empereur de Rnssie qvitle Saint- MlerslKiorgp et arrive dans nne viHe quelconque, il est d'étiqtieiftie, ponr tous les officiers-générani,- même ceni retirés d» serviee, de ventr présenter leors bomma^^es^ an souverain. L'illustre g^uerrier eut le bofei goût de ne point vouloir se Aomier Fair die bouder ; R vint, ainsi que tons les officiers-généraux, se présenter à la récepHo» impériale. Nicolas, voyant die mauvais m\ la popnlarité de Yermolow, voulut l'amoindrir, et joua au plus fin avec lui. 11 aceneilltt Yermotow avec la ètstinction k plus signalée, Tniivila' à dîner, s'entretint longtemps avec lai et le comUa d'aanabtlvlés. Le lenden»ain , le comte Benkendorff, cbef supérieur de la poUce polltiqoe et favori intime de Nicolas, vint chez le général et lui itî : tt L'empereur est enchanté de vous, il est devenu votre grand 9 admirateur, il regrette beaneoup dé vou& voir loin évr service,, V et je crois qu'il est très- pré» de* voue proposer d'y rentrer* »• Là-> dlesaus M. Benkendorff ajouta qu*b son avis le général ferait bien d'e reprendre d^n servîee ; qu'avec ses bautea capacité» il pourrait être éminemment ntile à son pays, el que son patnetisme aurait Ketr d'être sattsfeit. Le sentiment dw patriotisme était la corde la phie vibrantte^ du* caractère de Yermdow; il écootait Benkendorff
avec plaisir, d'autant plus qu'âgé de cinquante-quatre ans et doué d'une santé robuste, il avait le légitime espoir de pouvoir encore être utile à son pays. Le voyant ébranlé, Benkendorff lui déclara qu'il était chargé par l'empereur de le sonder, et en cas de possibilité de succès , de lui proposer de rentrer au service , pour avoir immédiatement un siège au conseil de Fempire, sauf ensuite à se voir appelé à un poste plus actif et plus en rapport avec ses éminentes capacités. Yermolow donna dans le piège; réadmis au service, il fut nommé le jour même membre du conseil de l'empire, et pendant les quelques jours que l'empereur passa à Moscou, il fut comblé par Nicolas de marques d'attention et d'amabilités.
L'empereur partit pour rentrer à Saint-Pétersbourg, et Yermolow l'y suivit de près. Une fois dans cette capitale, l'empereur le reçut avec sécheresse et le traita avec une froideur glaciale : les valets titrés de la cour, encore plus plats et encore plus vils à Saint-Pétersbourg qu'ils ne le sont ailleurs, pour plaire au maître, affectaient d'éviter et de dénigrer cet homme dont notre pays peut s'honorer à juste titre. Yermolow, pour ne point manquer aux convenances, siégea plusieurs fois au conseil de l'empire, quoiqu'il sut bien ce qu'était ce conseil, créé, comme toutes les institutions en Russie, pour duper l'Europe en recouvrant d'un rideau de légalité l'exercice d'un pouvoir inique dans sa forme et oppressif dans son exercice. Dans ce conseil, la majorité et même l'unanimité des suffrages ne veulent rien dire : elles viennent se briser contre le bon plaisir impérial, lequel en Russie est la seule institution réellement existante, la seule institution réellement prise au sérieux. Les membres du conseil de l'empire, ne se trouvant point investis de l'inamovibilité, sans laquelle il ne saurait y avoir d'indépendance, pouvant être éliminés et chassés à volonté, ne jouissent d'aucune considération à moins d'avoir une valeur personnelle, laquelle fait défaut à la plupart d'entre eux. Yermolow, se voyant joué, ayant compris que Nicolas était bien décidé à ne point l'appeler à aucune fonction importante, ne voulut point habiter Saint-Pétersbourg, où il ne fit plus que de courtes et rares
apparitions. Tout en conservant le titre honoraire de membre du conseil de Tempire, il revint à Moscou, où il vécut ordinairement cinq mois de Tannée, de décembre à mai , et le reste du temps dans une petite terre qu'il avait achetée à une quinzaine de verstes de Moscou. Il habitait dans cette terre une assez modeste maison, à côté de laquelle il avait fait bâtir une grande galerie pour sa magnifique bibliothèque ; cette galerie lui servait len même temps de cabinet de travail ; il lisait énormément , il écrivait beaucoup , et Ton dit qu'il a laissé des mémoires fort intéressants. Pour se distraire de ses travaux intellectuels par une occupation manuelle, il avait appris à relier les livres , et ane partie de sa bibliothèque a été reliée par lui-même. A Moscou, il jouissait, comme nous Tavons dit, d'une immense popularité; sa maison était remplie de visiteurs ; les officiers qui passaient par Moscou , surtout ceux qui allaient au Caucase ou en revenaient , ne manquaient jamais de venir saluer le vieux guerrier, dont la sauté commença à décliner à partir du moment où il dépassa la soixantaine, mais dont Tintelligence resta lucide et élevée jusqu'au dernier moment. La simplicité de sa vie privée, l'absence de luxe, l'accueil cordial que chacun trouvait chez lui, rehaussaient encore la dignité de son caractère et commandaient le respect général. L'éloignement où Nicolas tint Yermolow des afiaires publiques était une politique d'une maladresse insigne et en même temps un manque absolu an devoir sacré , qui incombe à tout souverain , d'employer les hom* mes dont les talents peuvent être utiles à la patrie. Lors de la rentrée de Yermolow au service en 1831 , on aurait dû le rétablir dans son poste de gouverneur-général du Caucase, il aurait évité à la Russie les désastres dont ce^pays a été longtemps le théâtre pour nos armes; plus tard, quand ses forces physiques avaient baissé sous l'influence de Fâge, il aurait pu encore être éminemment utile à notre pays dans le poste d'ambassadeur à Constantinople ; fin et rusé comme il Fêtait, ayant vu les Orientaux de près pendant son ambassade en Perse et pendant les onze années de sa vice-royauté au Caucase, il connaissait à fond leur caractère; il aurait admirablement négocié avec eux, et peut-
èbre tioas eât*il édéé la 4é&tstlre«e et Irafnîttafite !gii«n« «b ]<853-18â6: Datts lo«s les cas, Tempereor Nicolas pouvait »e foiwnt aôncr le général ¥eriD<i)0v : les fiffectmfts rue se comoM»éemt foimt; mms counne 9<»averaiii, il m^avait nul 4noit, ]ioar4e nbérables rancunes, de pmer la Riissie dessemrâees d*mbo«iffie «ussi èniÎQent;; tenir à Técart des afCaires «m liaiiiiiie cooMiMfi Ver*iBoijBPw était, de la ^it d'un (empereur de Russie VHhà«rô «du pajs, une coiWliiî'teîmpditÉNfm et déloyale à h fois.
Vemcdov, defMifô 18)15, et sauf «ne course de quelques jours à Lajèacii «en 182i , «Wait point visité l*£ttrope. Aa coamearooment de 1846 , il tioolut vof<iger et passer une on deux années i 1 étranger, il avait diéjà pris so» passenport et allait se mettre en route ionsque éclata la révoicrtîon de février : il renonça à son voyage.
fin 1853, Femperenr Nicolas engagea follement «ne igaerre oonire la France et TAngleterre. Les désastres se snccédérent; tontes ks classes de la nation, fvoUes, boni^geon, pa'ysans, mues fiiar le {dns noble patri^otisme, &mnt des sacrifices considérables* Nicolas, dkK^nenf jours avant sa mort, avait décrété IWgantsation des tnitioes provinciales; il jj ent ou empressenrent général à j prendre part; les dons «d'aicgent affluèrent «jsssi ^le tons loités* Dams cttaqne prapdnoe, le cboî& des chefs 'et des officiers de k mibce Ait oon&é à la noUesse. BaMjs la province de Moscon , Yep* molow fut ék, à la presque unanimité, commandant en dief de la miliee^de la province. Son paèriottsme lui &t accepter ces {onctions, mais il n'avait point consubl ses forces. Il avait déjàsoiiante-ilix* hait ans; sa santé déclinait; «ne énorme obésité ^gênait sa<dénnar«cfae, il ne pouvait plus inp»ter à cheval, et au bowt de iquelqnes semaines, il M obligé de renoncer au poste sa flatlenr que Ini avaient idéœmé Tadmiraticm et réqnité de ses concièoj^ens.
Dans presque tontes les provinces de la Russie^ Tion se dispo* s«it à élire ¥erm«doiv cîbef de la milice provinciale, lorsqu'on apprit que ce €lioi& venait d'avoir lien à Moscou et que riUustna guerrier y a\nait accepté œ poste.
fin 1856, la guerre (terminée, S. M. rempereor Alexandre fli
vint à Moscou pour la cérémonie du sacre. Tout le monde, en Russie, s'attendait à voir Yermolow nommé feld-maréchal des armées russes, d'autant plus qu'il se trouvait être Tun des plus anciens généraux en chef de l'armée. Mais il avait beaucoup d'ennemis à la cour; son caractère indépendant, sa haute intelligence, ses propos si caustiques et si mordants ne lui étaient point pardonnes ; dans le cours de sa longue existence, il ne s'était jamais abaissé à des intrigues de cour, et il ne fut point maréchal. Cette haute dignité militaire n'aurait rien pu ajouter à l'éclatante gloire de Yermolow, mais cette gloire de Yermolow fait défaut à l'illus-
iration du maréchalat russe
Dans l'hiver de 1860 sa santé déclina encore plus; une grave
maladie se déclara, et, le ^ avril 1861, cet homme illustre
s'éteignit. Il avait ordonné que ses restes mortels fussent conduits dans la province d'Orel pour y être déposés à côté de ceux de ses parents et de sa sœur, madame Pavlow. Il avait voulu que ses obsèques eussent lieu avec la plus grande simplicité, a Enterrezy> moi comme un soldat que je suis, » étaient ses propres paroles. Le lendemain de sa mort, la rue où il avait habité fut encombrée de monde. Plus de cinquante mille personnes vinrent saluer le corps de Yermolow. De vieux officiers-généraux qui , dans leur jeunesse, avaient servi sous les ordres de l'illustre capitaine, s'empressèrent d'arriver de Saint-Pétersbourg pour assister à la cérémonie funèbre. Le jour de cette cérémonie, toutes les rues adjacentes à l'église où elle avait lieu étaient remplies de monde de manière à n'y pouvoir passer, et un grand nombre de personnes accompagnèrent jusqu'à la barrière de la ville, à une distance de plusieurs verstes, le char funèbre sur lequel se trouvaient les restes mortels d'un homme qui fut incontestablement l'une des plus belles illustrations nationales de la Russie