JEAN FRAIS ÇOIS-LES-B AS-BLEUS
croyois avoir surpris, tout enfant que j'étois, le secret de sa double vie, et que je me promettais de me confirmer encore dans cotte idée à chaque nouvelle expérience.
Un soir du commencement de l'automne qu'il faisoit sombre, et que le temps se disposoit à l'orage, la rue d'Anvers, qui est d'ailleurs peu fréquentée, paroissoit (ont à fait déserte, à un seul homme près. Ce toit Jean- Prançois assis, sans mouvement et les yeux au ciel, comme d'habitude. On n'avoit pas encore retiré son escabeau. Je m'approchai doucement pour ne pas le distraire; et. me penchant vers son oreille, quand il me sembla qu'il m'avoit entendu : — Gomme te voilà seul! lui dis-je sans y penser; car je ne l'abordois ordinairement qu'au nom de l'aoriste ou du logarithme, de l'hypoténuse ou du trope, et de quelques autres difficultés pareilles de ma double étude. Et puis, je me mordis les lèvres en pensant que cette réflexion niaise, qui le faisoit retomber de l'empyrée sur la terre, le rendoit à son fatras accoutumé, que je n'entendois jamais sans un violent serrement de cœur.
— Seul î me répondit Jean-François en me saisissant par 1<" bras. Il n'y a que l'insensé qui soit seul, et il if> a que l'aveugle qui ne voie pas, et il n'y a que
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le paralytique dont les jambes défaillantes ne puissent pas s'appuyer et s'affermir sur le sol ..
Nous y voilà, dis-je en moi-même, pendant qu'il continuoit à parler en phrases obscures, que je voudrois bien me rappeler, parce qu'elles avoient peutêtre plus de sens que je ne l'imaginois alors. Le pauvre Jean-François est parti, mais je l'arrêterai bien. Je connois la baguette qui le tire de ses enchantements.
— Il est possible, en effet, m'écriai-je, que les planètes soient habitées, comme l'a pensé M. de Fontenelle, et que tu entretiennes un secret commerce avec leurs habitants, comme M. le comte de Gabalis. Je m'interrompis avec fierté après avoir déployé une si magnifique érudition.
Jean -François sourit, me regarda de son doux regard, et me dit : — Sais-tu ce que c'est qu'une planète?
— Je suppose que c'est un monde qui ressemble plus ou moins au nôtre.
— Et ce que c'est qu'un monde, le sais-tu?
— Un grand corps qui accomplit régulièrement de certaines révolutions dans l'espace.
— Et l'espace, t'cs-tu douté de ce que ce peut être?
— Attends, attends, repris-jc, il faut que je me