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De l'influence des F'raneB-lliaçons et des 111 u< minés dans les élections de 1T90»
(Voir page 128.)
Louis Blanc, dans le chapitre m du tome second de son Histoire de la Révolution française, a résumé avec une admirable clarté tout ce qu'il est indispensable de savoir sur les révolutionnaires mystiques depuis le comte de Saint-Germain jusqu'à Cagliostro, Mesmer et Cazotte^ depuis les illuminés allemands jusqu'aux disciples français de Saint-Martin. Mais^ si l'on est tenté de remonter aux sources, il faut bien prendre garde de s'en exagérer l'intérêt et l'importance. Les volumineux Mémoires pour servir à ViAstoire du jacobinisme ', dans lesquels l'abbé Barruel prétend révéler tt la conspiration des sophistes de l'impiété et de la rébellion contre le christianisme et contre les rois, la coalition des conjurés impics et rebelles contre l'autel, le trône et la société, » ne doivent être lus que comparés à l'opuscule de Mounier sur V Influence attribuée aux philosophes^ francs-maçons et illuminés ^.
L'influence des idées philosophiques sur la Révolution française est manifeste; mais celle des philosophes, considérés comme formant une société secrète, est nulle. La conspiration des illum inés de
* 5 volumes in-8«, Londres 1797 et 1798. 3 TubiDgeo, 1801, in-8o.
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l^eishaupt ne joue aucun rôle dans la préparation de la révolution en France^ mais elle sert à la rapide propagation des idées ré- -volutionnaires hors de France et principalement en Allemagne, où les armées de la République devaient recevoir un si sympathique accueil. Les folies du baquet magnétique^ condamnées par TAca- -démie des sciences, et contre lesquelles les savants révolutionnaires^ tels que Bailly ^ s'élevèrent avec tant de bon sens^ produisirent néanmoins une Société de Vharmonie universelle, dont le ^lèbre avocat lyonnais, Nicolas Bernasse, était un des membres les plus importants ^. Le u philosophe inconnu, » Saint-Martin a, comme dit très-bien Louis Blanc 3 après avoir analysé le fameux livre Des erreurs et des vérités, répondu au fameux mot de Luther : t Tous les chrétiens sont prêtres !» par ce cri sublime : « Tous lee h»rames sont rois ! » Grâce à ses disciples, d'opinions plus tard opposées, les D'Espréménil et les Amar, grâce à son organisation maçonnique, à Paris, à Avignon, à Lyon, d'où il rayonna jusqu'en Allemagne et en Russie, le marlinisme provduisit (( un vaste ensemble de combinaisons et d'efforts qui contribuèrent à élargir la mine creusée sous des institutions vieillies. »
Quant à lafranc^maçonnerie proprement dite, établie en France depuis le commencement du xviii® siècle, elle devait exercer lise -action des plus sérieuses alors que le Grand-Orient de France avait pour grand-maître le duc d'Orléans; alors que la loge des Neuf Sœurs, protégée par le duc de La Rochefoucauld, avait pour vénérable, Pastoret, pour membres, Condorcet, Dolomieu, Brissot, Garât, Bailly, Camille Desmoulins, Cerutti. Fourcroix, Lalande, Chénier, Champfort, etc.; alors que la loge la Candeur comptait parmi ses maîtres Lafayette, les frères Lameth, Moreton de Chabri liant, Custines, Sillery, d'Aiguillon, etc., etc. ^. — Cependant il est à remarquer que ce n'est point par ses mystères, mais simplement par la propagation des idées profanes^ que k iranc-maçonnerie agit dans les élections de 1789. A elle revient
* Voir la Notice d'Atago-
3 Voir p. 17 de la Notice «ur Bergoêse, par M. Léopotd de GaiUardy Lyon 1862.
3 P. 103, 105 du tome II de VHistoire de la Révolution,
* Voir if^m. sur le Jacobinisme, tome v, p* 412, 413.
rhonneur d'avoir répandu réclalante formule que la Révolution devait inscrire sur ses monuments et sur ses drapeaux, le ternaire SACRÉ, pour lequel Saint-Martin professait un respect religieux : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ.
A. de Tocqueville, bien qu'il soit loin d'aimer la Révolution, — dont, comme il dit : « le caractère immodéré, emporté, radical, désespéré, audacieux, presque fou S » l'effraie, — est exactement du même avis que Meunier, autre partisan de « la liberté régulière 2. » Il ne veut ni ne peut admettre que « la Révolution française (il est permis de dire aujourd'hui européenne) ait été produite par une conspiration. » — « Je ne dis pas, ajoute-t-il, qu'il n'y eût dans tout le cours du xviii* siècle des sociétés secrètes et des machinations souterraines tendant au renversement de l'ancien ordre social. Au-dessous de tous ces grands mouvements qui agitent les esprits, se trouvent toujours des menées cachées. C'est comme le sous-sol des révolutions. Mais ce dont je suis convaincu, c'est que les sociétés secrètes, dont on parle, ont été les symptômes de la maladie et non la maladie elle-même, ses effets *et non ses causes. Le changement des idées, qui a fini par amener le changement dans les faits, s'est opéré au grand jour par l'effort combiné de tout le monde, écrivains, nobles et princes, tous se poussant hors de la vieille société sans savoir dans quelle autre ils allaient entrer*. »
Sauf l'exagération qui termine cette dernière phrase, rien n'est plus vrai. La Révolution a été produite, d'un côté, par l'affaissement de l'Ancien Régime sur lui-même, et, d'un autre côté, d'abord par l'action des écrivains enfiévrant, si l'on peut dire, de l'enthousiasme du vrai et du juste ceux mêmes qui ne vivaient que du mensonge et de l'iniquité, ensuite par l'action directe des masses, instruites de leurs droits avec un art infirii, et rompant tous les liens qui les attachaient au passé avec une conscience très-éclairée de leurs intérêts.
* Œuvres et correspondance inédites ^ t. I, p. 404.
a ma., p. 185.
3 ibtd., t. II, p. 1S5, 186.