‹ Le génie de TaciteChapitre 28 sur 69 · NÉRON · texte numérisé non relu

NÉRON

Sénèque parle avec admixation des grandes qualités de Néron dans son opuscule D^ ht Clem/nc^. Il se plait à dire au jeune pilnce, entre autres choses, que pendant là première année de son règne qui vient de s'éconler, il s'est attiré la reconnaissance de ses sujets par soii insigne bonté. Personne,- remarque -t-H, ne cite plus le divin Auguste ni les premiers temps de Tibère. [Potes hoc, César, praedicare audacter, omnium, quae in £dem. • tutelamque tuam venerunt, nihil per te, neque vi, neque clam reipublicae ereptum. Rarissimam laudem, et nulli adhuc principum concessam concupisti, innocentiam. Non perdis operam ; nec bonitas ista tua singularis ingrates aut malignes aestimatores nacta est; refertur tibi gratia* Nemo unus homo uni homini tam carus unquam fuit, quam tu populo romano, magnum longumque ejus bonimi I Sed ingens tibi oiïus imposuisti ; nemo jam divum Augustum, nec Tiberii Caesaris prima tempora loquitur ; nemo quod te imitari velit exemplar extra te qaerit. Principatus tuus ad anni gustum exigitur.] {De CUmentia^ I, i.)

Sénèque rappelle que Néron a écrit [dissertissime] ce vers : « Colla Cytheriacae splendent agitata columbae. » (Quœst. naf. I, 5.) [Cf. Martial, Epigr., IX, 27 et VIII 70.} r— Sous le consulat de Regulus et de Virginius, im tremblement de terre abima Herculanum, Nucérie, Naples et la Campanie. (QuasK nai,, VI, i.) — Néron [ut aliarum virtu-

tum, ita veritatis in primis amantissimus] envoie deux cen^ turions à la recherche des sources du Nil. (Quast, nat,^

VI, 8.) — Apparitions de comètes sous les règnes d'Auguste^ de Claude et de Néron. [Qui sub Nerone Cesare apparuit et cometis detraxit infamiam.] {Quœst nat,, VII, 17.) — La comète qui parut sous le règne heureux de Néron [Neronisprincipatu laetissimo] fut visible six mois durant ; elle allait en sens inverse de celle qui parut sous Claude (Quast, nat.,^

VII, 21.) [Cf. le conte de Tacite,^»». XIV, 22.]

— (Frontin, De Aquad,, 76.) — Néron amena Teau Claudia, jusqu'au temple de Claude par un aqueduc en arcades trèsélevées.

— (Frontin, De Stratag., II, 9, 5.) — Au siège de Tigra^ nocerte, Corbulon, voyant les Arméniens disposés à la résistance, fit lancer par une baliste dans la ville la tète d*un prisonnier. [Cf. le conte de Tacite, Ann. XIV, 24.]

[Ib., IV, I, 21.) — Corbulon, en Arménie, fit camper horsdes retranchements deux corps de cavalerie et troiscohortes qui avaient lâché pied près d'une forteresse.

(Ib., IV, I, 28.) — En Arménie, Corbulon punit ^Emilius^ Rufus, préfet de cavalerie, en l'obligeant à rester tout l& jour sur la place d'armes en habits déchirés.

(Ib., IV, 2, 3.) — Grâce au rétablissement de la discipline^ [cf. Ann, XIII, 35], Corbulon soutint tout l'effort des Parthes^ avec deux légions et un très petit nombre d'alliés.

— Pline l'ancien, ennemi passionné de Néron, parle de^ lui et des événements de son règne aux endroits suivants de son Histoire Naturelle,

Influence néfaste [cf. Sénèque, Quast. nai.^ VII, 17; 21] des comètes sous le règne de Néron ; empoisonnement de Claude. [Sed comètes nunquam in occasura parte cœli est : terrificum magna ex parte sidus, ac non leviter piatum, ut civili motu Octavio consule, iterumque Pompeii et Caesaris bello ; in nostro vero aevo circa veneficium, quo Claudius Caesar imperium reliquit Domitio Neroni ac deinde princi^ patuejus, assiduum prope ac saevum.] (II, 23.) — Corbulon,

-qiii commandait en Arménie, rapporte qii'un.e éclipse de soleil fut visible entre la dixième et la onzième heure, ^11,720 [Cf. Ann, XIII, 41 J — Dans son Hisiûin de Nértm., Pline racontait que, la dernière aiinée de ce prince, des prés et des plants d*oHviers, séparés par la voie publique, 42hangèrent de position dans le territoire des Marruciniens. Ces prés app^irtenaient à Vectius MarceUus, intcandaiit des propriétés de Néron- (II, 85. CL XVIÏ, 38.) — Dans son. Hisimre d^ Nirônj Pline avait rapporté que des fleuves remontèrent vers leurs sources dans les dernières années du prince. (11^ 106,) — César ^ Caligula et Néron ont vainement entrepris de percer Tisthme de Corinthe. (lY, 5.)

— Néron donna la liberté à toute rAchaie, IV, 10.) ^- Pline déclare que la description qu'il va donner de TArménie différera beaucoup de celle des anciens» mais j qu'il s'est mis avec soin au courant des connaissances acquises sur ces contrées tant par les guerres de Domitîus j Corbulùn dans ce pays q\xe par ranivée a Rome des ^ rois qui venaient en suppliants, ou des fils de rois qui étaient envoyés en otages. (VI, 8.) — Sur la foi des cartes levées en Arménie par Corbulon, Pline maintient que les portes de Tlbérie s'appellent portes Caucasiennes. (VI, i5.)

— Sénèque, qui avait publié un essai sur Tlnde, y comptait soixante fleuves et cent dix-huit nations. (VI, 21.) — Entre autres guerres, Néron projetait une expédition en Ethiopie. Des soldats, envoyés en mission dans ce pays, lui déclarèrent n'avoir trouvé de ce côté que le désert. (VI, .35.) Agrippine a écrit que Néron [toto principatu suo hostem generis humani, dit Pline] naquit les pieds les premiers. (VII, 6.) — Toute la race d' Agrippa fut fatale à la terre^ dit Pline, surtout par les deux Agrippines qui engendrèrent Caligula et Néron, fléaux du genre humain. (VII, 6.) — M. Silanus, qui avait obtenu le gouvernement de l'Asie après son consulat, fut empoisonné par ordre de Néron à l'avènement de ce prince. (VII, 11.) [Cf. le conte de Tacite, Ann, XIII, i.] — La guerre d'Arménie fut entreprise

«n faveur de Tiridate, que Néron avait aflfranchi au prix de treize millions de sesterces; c'était non Testimation de rhomme, mais celle des profits de la guerre. (VII, 40.) [Dans les Annales y XIII, 34, sq., Corbulon a pour zadversaire le prince parthe Tiridate.] — Néron fait -combler les fossés creusés le long de Tarène au •Cirque. (VIII, 7.) — Il paye un prix très élevé des étoffes babyloniennes. (VIII, 74). — Au moment où Pline écrivait, Agrippine avait une grive qui imitait le langage humain. '(X, 59.) — Néron avait une mauvaise vue. (XI. 54.) — Poppée, femme de Néron, prenait des bains de lait d*ânesse. Elle menait toujours avec elle cinq cents ânesses nourrices. (XI, 96.) — Néron sortait en char attelé de juments hermaphrodites. Beau spectacle que le maître du monde traîné par des monstres! remarque Pline. (XI, 109.) — Une carte de l'Ethiopie est mise sous se^ yeux. (XII, 8.) — Néron brûla, aux funérailles de Poppée, plus de parfums que TArabie n'en donne en une année. (XII, 41.) [Cf. Ann, XVI, 6.] — Othon, paraît-il, -apprit à Néron à se parfumer Ja pJante des pieds. [Quaeso, -ajoute Pline ébahi, ut qualiter sentiretur, juvaretque ab ea parte corporis?] (XIII, 4.) — Néron courait la nuit les rues de Rome avec ses amis. Il lui arrivait d'effrayer les passants •et de recevoir des contusions sur la face. (XIII, 43.) [Tacite (XIII, 25) exagère démesurément la gravité de ces tapages nocturnes.] — ^nneus Sénèque [princeps tum eruditionis, ac potentiae, quae postremo nimia fuit super ipsum] s'éprit tellement du domaine de R. Palemon, à Nomente, qu'il l'acheta quatre fois plus qu'il n'avait coûté. (XIV, 5.) [On voit par une de ses lettres à Lucilius (Epist. 77) que Sénèque avait des correspondants d'affaires à Alexandrie. Pour composer son portrait du richissime philosophe (Ann, XIV^ 53), Tacite paraît avoir utilisé le chapitre XVII du De Vita Beaia.] — Néron avait entrepris de creuser un canal navigable du lac de Baies à Ostie. (XIV, 8.) [Cf. Ann. XV, 42.]— On cultivait à Rome le figuier Ruminai. S'il se desséchait^ les prêtre.?»

le remplaçaient. (XV, ao.) [Qî.Am. XIII, 5S.] — Le plus gi^nd arbre de Rome h\t conservé jusqu'à la construction de l'amphithéâtre de Néron. (XVI, 76.) [Cf. Ann. XllL ^i.]

— Sous Néron j on parvint à donner Tapparence du bois â récaille de tortue, au grand scandale de Pline, (XVI, 84,) — Les aihres célèbres de la maison de Largus disparurent lorsque Néron [reconstruisant Rome] fit raser par le feu lès anciens quartiers, f Pline, ennemi de Néron, remarque à ce sujet : Duraveruntqiie (arbores) quoniam et de longissimo sevo arborum diximus, ad Neronis principis incendia quibus cremavit Urbem, annis CLXXX. Poslea cultu virides juvenesque^ ni princeps ille accelerasset etiam arborum mortem.] (XVII, i.) — Aujourd'hui, dit PlinSj des hommes, naguère esclaves de Néron, veulent avoir des viviers de plus de cinquante ares, (XV fil, a.)

— Pline prétend qiie Néron mit à mort six propriétaires qui possédaient ensemble la moitié de l'Afrique, ^XVIII, 7.)

— L*in tendant de Néron lui envoie d'Afrique 36o tiges de froment venues d'un seul grain. (XVlII, 21.) — Récemment, dit Pline, des voiles bleues, ornées d'étoiles, furent tendues, à l'aide de cordages, dans l'amphithéâtre de Néron. (XIX, 6.) — On envoie à Néron un pied de laserpitium, plante de la Cyrénaïque, devenue très rare. (XIX, i5.) — Pour sa voix, Néron mangeait, certains jours de chaque mois, du poireau à l'huile. Il s'abstenait alors de tout autre aliment, même de pain. (XIX, 33.) — Il y a peu de temps Julius Vindex, le défenseur de la liberté contre Néron, prit du cumin afin de pâlir et de donner le change à l'Empereur, qui voulait sa succession. (XX, 5y.) — ^nneus Serenus, préfet des gardes de Néron, meurt accidentellement, empoisonné par des champignons. (XXII, 47.) — Poppée prenait des bains de lait d'ânesse ; des troupeaux d'ânesses, à cet effet, la suivaient dans ses voyages. (XXVIII, 5o.) — Thessalus, médecin célèbre sous le règne de Néron. (XXIX, 5.) — Néron fait venir d'Egypte un médecin pour guérir son ami Cossinus. (XXIX, 3o.) — Non moins que

pour les chants de la cithare et.de la tiagédie, Néron se passionna pour la magie. Il reçut les leçons du mage Tiri-r date. En notant ce fait, Pline accuse Néron d'avoir peuplé d*ombres les demeures romaines. [Quse omnia aetate nostra princeps Nero vana falsaque comperit : quippe non cithara& tragicique cantus libido illi major fuit, fortuna rerum humanarum summa gestiente in profundis animi vitiis. Primumque imperare Diis concupivit, nec quidquam generosius voluit. Nemo unquam ulli artium validius fa vit. Ad haec, non opes ei defuere, non vires, non discentis ingenium, aliaque non patiente mundo. Immensum et indubitatum exemplum est falsae artis quam dereliquit Nero : utinamque inferos potius et quoscumque de suspicionibus suis deos consuluisset, quam lupanaribus atque prostitutis mandasset inquisitiones eas : nulla profecto sacra, barbari licet, ferique ritus, non mitiora quam cogitationes ejus, fuissent. Saevius sic nos replevit umbris]. (XXX, 5-6.) — Néron découvre un moyen de conserver à l'eau toute sa fraîcheur. (XXXI, 23.) — En Germanie, pour obtenir le sel, on versait de Teau salée sur des bois enflammés. (XXXI, Sg.) [Cf. Ann. XIII, 57.] -^ Néron fait frapper quarante-cinq deniers d'or à la livre. (XXXIII, i3.) ~ Il fit revêtir d'or le théâtre de Pompée pour un seul jour, celui où il le montra à Tiridate. (XXXI 11^ 16.) — Sous le règne de Néron, on découvrit en Dalmatie une veine aurifère. (XXXIII, 21.) — Poppée eu l'idée de ferrer en or ses mules favorites. (XXXIII, 49.) — Démétrius est accusé par tout le commerce de la droguerie. (XXXIII, 57.)— Le sculpteur Zenodore, mandé à Rome, y exécuta une statue colossale de Néron. Cette statue fut consacrée au soleil et devint un objet de culte après la mort du prince, [damnatis sceJeribus illiusprincipis, dit Pline.] (XXXIV, 18.) — Néron emportait partout une statuette représentant une amazone. (XXXI V, 18.) — Il fait dorer l'Alexandre enfant, œuvre du sculpteur Lysippe. (XXXIV, 19.) — Néron, recourant à la violence, avait enlevé, transporté à Rome, et placé dans les boudoirs de sa Maison dorée, les plus

célèbres œuvres d'art dont Pline vient de parler (XXXIX, ig.) [Cf. Ann^ XV, 45.] ^^ Néron, empereur [quoniam ita diis placuit], ne chantait pas sans se mettre ime plaque de plomb sur la poitrine (XXXIV, 5o.) — Sous Néron, on imagina d'incruster des taches dans le marbre. (XXXV^ I.) -* Néron avait commandé son portrait sur une toile haute de cent vingt pieds. Ce tableau fut détruit par la foudre avec la plus grande partie des jardins de Mains où û se trouvait. (XXX\% 33.) — 11 plaça un tableau du peintre Dorothée dans le temple de César. (XXXV, 36*) — Patrobius, affranchi de Néron. (XXXV, 47.) — H 7 avait un troisième obélisque â Rome, au Vatican, dans le cirque 9 de Caligula et de Néron. {XXXVI, iS.) — Pline est consterné de la grandeur des palais que Néron et Caligula se construisirent. [Sed eas omnes duse domns vîcernnt. Bis vidimus urbem totam cingi domîbus prîncîpum, Caii et Neronis.et hujns quidem, ne quîd deesset, aurea. Nimirum : sic habitaruiit illi, q\ii hoc imper iu m fecere tarrtom, ad \in-

■ ceadas gentes triumphosque réfère ndos ab aratro aut foco

■ W^ exenntes, quorum agri qnoqiie minorem modnm obtinuere^ quam sellariae istorum. (XXXVI, 24.) Cf. Ann, XV, 42] — Néron construisit le temple de la Fortune Seia en pierre de Cappadoce. (XXXVI, 46.) - Il garnissait de perles le sceptre et les masques de ses histrions [cf. Ann. XIV, i5] et les lits destinés à plaisirs. (XXXVII, 6.) — Le consulaire T. Petronius, sur le point de mourir, cassa un bassin de haut prix, dont il ne voulait pas que Néron pût faire Tacquisition. (XXXVIl, 7.) — Néron avait dans ses jardins, au delà du Tibre, un théâtre particulier. Il le remplit de vases qu'il enleva [ou acheta] aux enfants d'un consulaire. [Idem in reliquis generis ejus quantum voraverit, licet aestimare ex multitudine, quae tanta fuit, ut auferente liberis ejus Nerone Domitio, theatrum pecuJiare trans Tiberim in hortis exposita occuparent : quod a populo impleri canente se, dum Pompeiano [cf. Ann. XVI, 4] praeludit, etiam Neroni satis erat. Etc.] (XXXVIl, 7.) — Néion, à l^ Tvo\\ve;lle c\ue tout

était perdu, brisa deux coupes de cristal contre terre. [Item Nero, amissarum rerum nuncio accepto, duos calyces crystallinos in suprema ira fregit illisos. Haec fuit ultio saeculum suum punientis, ne quis alius ex his biberet.] (XXXVII, lo.) — Un certain Julianus fut l'entrepreneur des jeux de gladiateurs donnés par Néron. (XXXVII, ii.) — Néron, dans un poème, avait donné le nom de succins aux cheveux de sa femme Poppée, au grand scandale de Pline. [Domitius Nero in caeteris vitae suae portentis, capillos quoque conjugis suae Poppaeae in hoc nomen adoptaverat, quodam etiam carminé succina appellando, quoniam nuUis vitiis dèsunt pretiosa nomina : ex eo tertius quidam hic color cœpit expeti a matronis.f'(XXXVIl, 12.)

Après la mort de Néron, Flavius Joséphe, qui vivait en Judée, écrivit, sur la foi des racontars : {Ant Jud., XX, 8, 2-3.) « Dans la crainte que Tempire, qu'elle voulait assurer à son fils ne passât aux mains de Britannicus, arrivé à l'âge d'homme, Agrippine, immédiatement après la mort de Claude, envoya Néron dans le camp des prétoriens, sous la conduite de Burrhus, chef de l'armée, des officiers et des affranchis de Claude qui étaient le plus en crédit, afin que son fils fut proclamé empereur. Arrivé à la souveraine puissance, Néron fit empoisonner secrètement Britannicus; bientôt après il tua ouvertement sa propre mère qu'il récompensa ainsi de lui avoir donné non seulement la vie, mais aussi l'empire, par ses intrigues. Il tua aussi Octavie sa femme et de nombreux hommes de marque qu'il accusa de comploter contre lui. Mais je n'en dirai pas davantage à ce sujet. Beaucoup d'historiens ont écrit l'histoire de Néron. Les uns, ses obligés, ont parlé en sa faveur, sans souci de la vérité. Les autres, par haine et par ressentiment, ont outragé sa mémoire par des mensonges, avec tant d'impudence qu'ils sont dignes de tout mépris. J^ais je ne m'étonne pas de ces mensonges au sujet de Néron. Ceux qui ont écrit l'histoire des empereurs précédents n'ont pas eu souci de la vérité historique, bien que, venus longtemps après ces

empereiiTs» ils n'eussent aucun motif de les haïr. Mais que ceux qui n'ont pas le respect de la vérité, écrivent comme ils le veulent, etc. »

Flavius Josèphe termine ses AnUquiUs Judaïques par quelques chapitres consacrés à rhistolre des Juifs sous le régne de Néron.

(Flavius Josèphe, BeïL Jud^ II, i3> i.) — f( Je ne dirai pas ici, — puisque ces faits sont connus du public, — que Kéron^ affolé par Texcès de son bonhei^r et de sa richesse, défia le sort ; ni comment il tua son frère, sa femme et sa mère \ ni pourquoi il dirigea sa cniauté sur des personnages très illustres; ni comment à la fin, il monta sur la scène et le théâtre. Je dirai seulement ce qui est arrivé de son temps chez les Juifs. »

(/ô., IL i3j a.) — Il donna à Aristobule le ro3'aiime de la petite Arménie; il ajouta à celui d'Agrippa quatre villes avec leurs territoires, et nomma Félix gouvemeiîr de Judée*

{Ih\^ ÏI, i3, 3 sq. \ II. ï4j 4/^ — FélLx envoya de la cavalerie et de rinfanterie contre les faux prophètes qui excitaient le peuple de Jérusalem à la révolte. Il dispersa les sectateurs d'un faux prophète égyptien.

Des désordres se produisirent à Césarée entre les Juifs et les Grecs. Félix tenta de les réprimer. De guerre lasse, il envoya à Néron les principaux des deux partis pour soutenir leurs droits. Néron donna gain de cause aux Grecs de Césarée. Ceux-ci rapportèrent de Rome un décret en leur faveur.

Festus succéda à Félix en qualité de gouverneur de la Judée.

Flavius Josèphe rapporte en détail la révolte des Juijfe contre les Romains pendant les années 64-70 ap. J.-C. Au livr. III, I, I, de son ouvrage, il note, entre autres choses intéressantes, que Néron, se trouvant en Achaie avec Vespasien, lui confia la direction de la guerre contre les Juifs.

(/&., IV, 9, 2.) — Retourné à Césarée, Vespasien y apprit la mort de Néron qui avait régné treize ans, huit

jours. Ce n'est pas le moment de dire comment ce prince déshonora le pouvoir en confiant la conduite des affaires :aux plus pervers, à Nimphidius et à Tigellin, ses affranchis les plus indignes ; comment, trahi par eux, et abandonné de tous ses gardes, ij s'enfuit dans un faubourg avec quatre de ses affranchis qui lui étaient restés fidèles; et se tua; -comment furent punis, peu après, ceux qui avaient causé sa perte, etc.

— (Quintilien, Orat. Inst., VI, 3.) — D'un méchant -esclave Néron disait [par ironie] qu'aucun autre serviteur n'avait, plus que lui, sa confiance; pour lui, il n'avait rien de clos ni de scellé.

(Ib, VIII, 5.) — Ce qu'il y a de plus nouveau, ce sont les traits imprévus, comme ce compliment d'Afriçanus à Néron sur la mort de sa mère : Les Gaules vous supplient. César, de supporter courageusement votre bonheur. Qam haec magis nova sententiarum gênera : ex inopinato : ut.... et insigniter Africanus apud Neronem de morte matris, Rogant te, Casar^ Gallia iua^ ut felicitatem tuant fortiter feras»]

(Ib. VIII, 5.) — Quelquefois le redoublement d'un mot produit tout l'intérêt d'une phrase, comme dans cet écrit de .'Sénèque que Néron envoya au Sénat après le meurtre de sa mère, afin de paraître avoir^ couru lui-même un grand danger. «Je ne puis encore ni croire ni me réjouir que ma vie soit en sûreté. » [Facit quasdam sententias sola geminatio : qualis est Senecae in eo scripto, quod Nero ad senatum misit, occisa matre, quum se periclitatum videri vellet, Salvum me esse adhuc nec credo ncc gaudeoJ] [Cf. Ann. XIV, ii.]

— (Stace, Siîv, II, 7.) —D'après Stace, ennemi de Néron, •celui-ci, parricide et incendiaire, aurait provoqué la mort du poète Lucain. [Détail utilisé par Tacite, Ann. XV, 70.]

Ingratus Nero dulcibus theatris.

Et noster tibi proferetur Orpheus.

Dices culminibus Rémi vagantes, Infandos domini nocentis isrnes.

Sic et tu (rabidi neàis tyranni I)»

Jussus prsecipitem subire Lethen, Dum pugnas canis, arduaque voce Das solitia grandibus sepulchxis, (O dirum scelus! O scelus!) tacebls. »

pallidumque visa

Matris lampade respic^ Neronem.

(Ib, Sih., IV, 3.) — Néron avait entrepris des travaux dé canalisation sur la voie Appienne.

(Ih. Silu., V, 2.) — Le père de Crispinus envahit les bord» de TAraxe et TArménie^ rebelle au joug du cruel Néron.

D'après le témoignage des écrivains précités ou . selon toute apparence, les faits suivants, notés ou utilisés par Tacite aux livres XIII, XIV, XV et XVI de ses AmMokif appartiennent à l'histoire. [Cf. ci-dessus, p. ' 14a, n. i.]l — J. Silanus, proconsul d'Asie, est tué. [Cf. Pline, H. JV., VII, I.] — Néron, dès son enfance, s'applique à graver, à peindre, à chanter et à cultiver les lettres, (XIII, 3.) — On défend aux orateurs de faire acheter leurs, services ; les questeurs désignés sont dispensés de donner des jeux de gladiateurs. (XIII, 5.) — Mort de Britannicus,. sujet aux crises d'épilepsie (XIII, 16.) — Néron et sesamis courent la nuit les rues de Rome. (XIII, 25.) [Cl. Pline, H. N., XIII, 43.] — On restreint les pouvoirs des tribuns et des édites; on fixe pour les cautions et les amendes la. somme que pourraient exiger les édiles curules et les édiles plébéiens. Néron ote aux questeurs les registres du trésor pour les confier à des préfets. Changements apportés dans cette partie de Tadministration. (XIII, 28-29.) — L. Volusius, préfet de Rome, meurt à Tâge de quatre-vingt-treize ans (XIII, 3o). [Cf. Pline, H. N., XI, 90.] — Néron fait élever un vaste amphithéâtre au champ de Mars. (XIII, Si.) [Cf. Pline, H. iV., XVI, 76.] Les colonies de Capoue et de Nucerie sont renforcées par un corps de vétérans ; on distribue au peuple une gratificalioTi de \oo ^^sX.etç.^% ^^x tâte ;;

on porte au trésor quarante millions de sesterces pour soutenir le crédit; on supprime l'impôt du vingt-cinquième prélevé sur les achats d'esclaves. Néron défend aux gouverneurs de province de donner des jeux publics (XIII, 3i.) — Un sénatus-consulte porte que dans le cas où un citoyen serait tué par un de ses esclaves, tous ses autres esclaves seraient suppliciés. Pomponia Grœcina est accusée de superstitions étrangères (XIII, 32.) — Octavius Sagitta^ tribun du peuple, tue sa maîtresse (XIII, 44.) [Dans le conte de Tacite un affranchi d'Octavius Sagitta se sacrifiepour sauver la vie de son maître. Le poète a créé ce détail en opposition à Tidée de l'assassinat d'un maître par so» esclave qui avait retenu son attention au ch. XIII, 32.] — Néron rencontre Poppée. (XIII, 45.) [Au sujet des amours de Néron et de Poppée Tacite a inventé ici le contraire de ce qu'il avait écrit dans ses Histoires, I, i3. Sur Poppée, cL Flavius Josèphe, Vïta, 3.] — Troubles à Pouzzoles (XIII, 48.)

— Néron prend des mesures pour réprimer la cupidité des^ publicains ; il promulgue un règlement relatif au trafic et au transport des blés. (XIII, 5i.) — PaulJinus Pomponius achève la digue de Drusus ; Vêtus entreprend la construction d'un^ canal entre le Rhône et la Moselle. (XIII, 53.) — Le figuier Ruminai se dessèche et reverdit. (XIII, 58.) [Cf. Pline, H, N,, XV, 20.] — Sénèque informe le Sénat du décès^ d'Agrippine (XIV, 11.) [Cf. Quintilien, Orat, Inst, VIII, 5.}

— Néron prend part à des courses de chars dans ses jardinsprivés du Vatican. (XIV, 14.) [A Rome, un des plaisirs^ favoris des patriciens était d'organiser des courses de chars sur les pelouses de leurs parcs immenses. C'est ainsi que- Caligula avait fait construire une arène de pierre dans ses jardins privés du Vatican. [Cf. Pline, H. N., XXXVI, i5.f Tacite, qui feint d'ignorer le cirque de Caligula, a supposé que l'apparition de Néron dans la piste aurait provoqué un épouvantable scandale. Il a supposé que le prince ne parviendrait à conduire un char dans ses propres jardins qu'après avoir assassiné sa irvère et v^\\\çax Vcy^^'^^'^V

tiûn indignée de ses précepteurs. C'est-à-dire, quHci comme iii Heurs, il a créé des antécédants absurdes à raccomplissement d'un acte très simple. De même» contrairement à h vérité, il a supposé que Néron aurait contraint des chevaliers d*uiie haute naissance à descendre dans T arène. Depuis répoque de Jules César, les chevaliers et les sénateurs qui -s'adonnaient aux jeux du cirque étaient si nombreux que le ^énat ^n était amvé à interdire leur participation aux jeux athlétiques. (Cf. Suétone, Cmsar, 39; Aug,, 43; Ttb,^ 3S ; Caîig. 18, 3oï Nêfû^ 4,) Enfin» Tacite a supposé que des nobles auraient poussé Ta-vilissement jusqu*à accepter de l'argent i>our monter sur le théâtre privé de Néron. 11 a eu bien soin de tenir dans le vague son imputation maligne en feignant de taire les noms de ces coupables imaginaires.] Néron institue les Juvinaîm. (XIV^ r5.) — 11 se complaît 4ans la société des artistes et des philosophes, (Xt\', 16.)

— Troubles à Pompéi. iXIV, 17.) [Cf. J,-P. Waltzing, Etnii Jtisi&riqii^ sur Us corparatioffs prf>fessmmfiks chez les Romains^ I, 123,] — Néron octroie aux Cyrénéens les terres qu^ils ont usurpées. (XIV, 18.) — Il institue les Quinquennales, XIV, 20-22.) — Apparition d'une comète. (XIV, 22.) [Cf.Sénèque, QcBst. Nat. VII, 7; VII, 21 et Pline, H. iV., II, 23.] — Laodicée est détruite par un tremblement de terre; elle se relève par ses propres ressources. Néron donne à l'ancienne ville de Pouzzoles le nom et les droits de colonie romaine. Des vétérans sont désignés pour s'établir à Tarente et à Antium (XIV, 27.) — L'élection des préteurs est troublée ; Néron place à la tête d'une légion les trois candidats qui excédaient le nombre des charges. Il règle les appels au Sénat. (XIV, 28.) — La Bretagne romaine tente de reconquérir son indépendance. (XIV, 29 sq.) [Cf. Agric, c. i5, 16.]

— Polyclète est envoyé pour reconnaître l'état de la Bretagne. (XIV, 39.) — Fabianus est condamné comme faussaire. (XIV, 40.) — Le Sénat édicté des peines contre les auteurs de collusion. (XIV, 41.) — Pedanius Secundus, préfet de Rome est assassiné par vlti de se^ ç:«>ç\^Ne^\ C"e.>ix.-cl

-sont conduits au supplice. (XIV, 42, 45.) — Un sénatusconsulte porte que l'adoption simulée ne donnerait de privilèges ni pour les emplois publics, ni pour les héritages. (XV, 19.) :— Oïl décrète qu'il sera désormais interdit de solliciter du Sénat des actions de grâce pour les gouverneurs de province, et que personne ne viendrait en députation pour ces sortes de demandes. Un tremblement de terre renverse Pompéi. [Cf. Sénèque, Qast. Natur,, VI, i.] La vestale Lélia meurt ; elle est remplacée par Cornélia de la famille des Cassius. (XV, 22.) — Poppée met au monde une fille qui meurt. (XV, 23.) — Néron étend aux nations des Alpes maritimes le droit du Latium. Il assigne aux chevaliers des places dans le cirque. Il donjie de nouveaux spectacles de gladiateurs. (XV, 32.) — Incendie de Rome. (XV, 35-41.) [Dans sa notice sur l'incendie de Rome, Tacite mentionne beaucoup de faits véridiques. Le feu prit dans des boutiques Templies de marchandises combustibles, voisines du grand Cirque, et se propagea avec une incroyable rapidité. Lors de la reconstruction de la ville, on fit disparaître les quartiers insalubres en les brûlant jusqu'au sol. (Cf. Pline, H. N,, XVIII, I.) Naturellement les ennemis acharnés de Néron ne manquèrent pas d'écrire, après sa mort, qu'il avait donné l'ordre secret d'incendier Rome. Les vers de Stace sont l'écho de ces calomnies que Tacite, poète dramatique, s'est efforcé d'accréditer.] Les pertes. Néron construit sa maison d'or. [Cf. Pline, H. N.. XXXVI, 24.] On tente de creuser un canal navigable depuis le lac d'Averne jusqu'à l'embouchure du Tibre. (XV, 41.) — Néron reconstruit Rome. (XV, 43.) — Les chrétiens sont persécutés. (XV, 44.) [Reprenant des idées dramatiques qu'il avait déjà utilisées, Tacite a imaginé que les chrétiens, victimes de la perfidie de Néron, seraient faussement accusés d'avoir mis le feu à Rome, et qu'en justice ils dénonceraient leurs frères. Pour le plaisir de les calomnier, il a représenté les disciples de Jésus infâmes, détestés pour leurs forfaits, coupables, dignes des derniers supplices. Après quoi, il s'est mis en contra-

diction avec hu-mêrae en feignant de s'apitoyer sur le malheure tix sort de ces prétendus scélérats.] Les temples de TAsie et de la Grèce sont dépouillés de leurs statues (X\'% +5.) [Cf, Pline, H. N\, XXXIX, 19.] — Des gladiatems s'échappent de Préneste. Perte de la flotte, (XV, 46.) — Appailtion d'une comète, (XV, 46,) — Vaines recherches d'un trésor eu Afiriqtie. (XVI, i-3.) — Néron parait [une fois] sur le théâtre de Pompée, (XVI, 4.I [Cf. Pline, H, N., XXXVIÎ, 7J — La Canipauie est dévastée par des ouragans, Rome est dépeuplée par la peste» On fait des levées de soldatsdans la Gaule Narbouuaise, en Afrique, en Asie. Un incendie éclate à Lyon, Néron envoie aux victimes quatre millions de sesterces. (XVI^ i3.)

PROCÈS DE LÈSE-MAJESTÉ. — CRIMES IMPUTÉS A TIBÈRE DANS LE ROMAN DES « ANNALES »

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