CHAPITRE III. — DE L'ESPÉRANCE ET DE LA CHARITÉ
L'Espérance, seconde vertu théologale, a presque la même force que la foi: le désir est le père de la puissance ^quiconque désire fortement obtient. « Cherchez, a dit Jésus Christ, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. » Pythagore disait, dans le même sens : La 'puissance habite auprès de la nécessité; car nécessité implique privation, et la privation marche avec le désir. Père de la puissance, le désir ou l'espérance est un véritable génie; il a cette virilité qui enfante, et cette soif qui ne s'éteint jamais. Un homme se voit-il trompé dans ses projets, c'est qu'il n'a pas désiré avec ardeur; c'est qu'il a manqué de cet amour qui saisit tôt ou tard l'objet auquel il aspire, de cet amour qui, dans la Divinité, embrasse tout et jouit de tous les inondes , par une immense espérance toujours satisfaite, et qui renaît toujours.
Il y a cependant une différence essentielle entre la foi, et l'espérance considérée comme force. La foi a son foyer hors de nous; elle nous vient d'un objet étranger; l'espérance, au contraire, naît au dedans de nous, pour se porter au dehors. On nous impose la première; notre propre désir fait naître la secoude; celle-là est une obéissance, celle-ci un amour. Mais, comme la foi engendre plus facilement les autres vertus, comme elle découle directement de Dieu, que par conséquent, étant une émanation de l'Éternel, elle est plus belle que l'espérance, qui n'est qu'une partie de l'homme, 1 Église a dû placer la foi au premier rang.
Mais l'espérance offre en elle-même un caractère particulier : c'est celui qui la met
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en rapport avec nos macères. Sans doute elle fut révélée par le Ciel, cette religion qui lit une vertu de l'espérance. Cette nourrice des infortunés, pbcéeaaprèfl de l'homme comme une mère auprès de bob enfant mais te, le berce dans ses bras, le suspend à st mamelle intarissable, et l'abreove du lait qui calmé ses douleurs. Elle veille à
son chevet solitaire, elle l'endort par des (liants magiques. N'est-il pas >ni prenant de voir l'espérance, qu'iltst si doux de garder, et qui semble un mouvement naturel de L'âme, de la voir se transformer, pour le chrétien, en une vertu rigoureusement exigée^ En sorte que, quoi qu'il fasse, on l'oblige de boire à longe traits à cette coupe enchantée} OU tant de misérables s'estimeraient heureux de mouiller un instant leurs lèvres. 11 y a plus (et c'est ici la merveille), il sera récompensé d'avoir utre-
ment d'avoir fait son propre bonheur. Le fidèle, toujours militant dans la vie, toujours aux prises avec l'ennemi, est traité par la religion dans sa défaite, comme ces généraux vaincus que le sénat romain recevait en triomphe, par la seule raison qu'ils n'avaient pas désespéré du salut final. Mais si les anciens attribuaient quelque chose de merveilleux à l'homme que l'espoir n'abandonne jamais, qu'auraient-ils pensé du chrétien, qui, dans son étonnant langage, ne dit plus entretenir, mais pratiquer l'espérance ?
Quant à la Charité, fille de Jésus-Christ, elle signifie, au sens propre, grâce et joie. La religion, voulant réformer le cœur humain, et tourner au profit des vertus nos affections et nos tendresses, a inventé une nouvelle passion : elle ne s'est servie, pour l'exprimer, ni du mot d'amour, qui n'est pas assez sévère, ni du mot d'amitié, qui se perd au tombeau, ni du mot de pitié, trop voisin de l'orgueil; mais elle a trouvé l'expression de charitas, charité, qui renferme les trois premières, et qui tient en même temps à quelque chose de céleste. Par là elle dirige nos penchauts vers le ciel, en les épurant et les reportant au Créateur ; par là elle nous enseigne cette vérité merveilleuse, que les hommes doivent, pour ainsi dire, s'aimer à travers Dieu, qui spiritualité leur amour, et ne laisse que l'immortelle essence, en lui servant de passage.
Mais si la charité est une vertu chrétienne, directement émanée de l'Éternel et de son Verbe, elle est aussi en étroite alliance avec la nature. C'est à celte harmonie continuelle du ciel et de la terre, de Dieu et de l'humanité, qu'on reconnaît le caractère de la vraie religion. Souvent les institutions morales et politiques de l'antiquité sont en contradiction avec les sentiments de l'âme. Le christianisme, au contraire, toujours d'accord avec les cœurs, ne commande point des vertus abstraites et solitaires, mais des vertus tirées de nos besoins et utiles à tous. Il a placé la charité comme un puits d'abondance dans les déserts de la vie. « La charité est patiente, dit l'Apôtre; elle est douce, elle ne cherche à surpasser personne, elle n'agit point avec témérité, elle ne s'enfle point.
« Elle n'est point ambitieuse, elle ne suit point ses intérêts, elle ne s'irrite point, elle ne pense point le mal.
a Elle ne se réjouit point dans l'injustice, mais elle se plaît dans la vérité.
a Elle tolère tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. » (Corinth., xni, 4etseq. )