Tu ne voleras point
9. Tu ne porteras point contre ton voisin un faux témoignage.
10. Tu ne désireras point la maison de ton voisin, ni la femme de ton voisin, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à ton voisin.
Voilà les lois que l'Éternel a gravées, non-seulement sur la pierre de Sinaï, mais encore dans le cœur de l'homme. On est frappé d'abord du caractère d'universalité qui distingue cette table divine dessables humaines qui la précèdent. C'est ici la loi de tous les peuples, de tous les climats, de tous les temps. Pythagore et Zoroastre s'adressent à des Grecs et à des Mèdes; Jéhovah parle à tous les hommes : on reconnaît ce père tout-puissant qui veille sur la création et qui laisse également tomber de sa main le grain de blé qui nourrit l'insecte et le soleil qui l'éclairé.
Rien n'est ensuite plus admirable , dans leur simplicité pleine de justice, que ces lois morales des Hébreux. Les païens ont recommandé d'honorer les auteurs de nos jours : Solon décerne la mort au mauvais fils. Que fait Dieu? Il promet la vie à la piété filiale. Ce commandement est pris à la source même de la nature. Dieu fait un précepte de l'amour filial; il n'en fait pas un de l'amour paternel; il savait que le fils, en qui viennent se réunir les souvenirs et les espérances du père, ne serait souvent que trop aimé de ce dernier : mais au fils il commande d'aimer, car il connaissait l'inconstance et l'orgueil de la jeunesse.
A la force du sens interne se joignent, dans le Décalogue, comme dans les autres œuvres du Tout-Puissant, la majesté et la grâce des formes. Le Brahmane exprime lentement les trois présences de Dieu; le nom de Jéhovah les énonce en un seul mot; ce sont les trois temps du verbe être, unis par une combinaison sublime : havah, il fut; hovah, étant, ou il"est; et je, qui, lorsqu'il se trouve placé devant les trois lettres radicales d'un verbe, indique le futur, en hébreu, Usera.
Enfin, les législateurs antiques ont marqué dans leurs codes les époques des fêtes des nations, mais le jour du repos d'Israël est le jour même du repos de Dieu. L'Hébreu, et son héritier le Gentil, dans les heures de son obscur travail, n'a lien moins devant les yeux que la création successive de l'univers. La Grèce, pourtant si poé-
(1) Cette traduction est loin de donner une idëe de la magnificence du texte. Shamojim est une sorte de cri d'admiration, comme la voix d'un peuple qui, en regardant le firmament, s'écrierait : Voyez ces eaux miraculeuses suspendues en voûtes sur nos têtes! ces dômes de cristal et de diamant! On ne peut rendre en français, dans la traduction d'une loi , cette poésie qu'exprime un seul mot.
ÉÊt
tique, n'a jamais songé à rapporter les soins du laboureur ou de l'artisan à ces fameux instants où Dieu créa la lumière, traça la route au soleil, et anima le cœur de l'homme.
Lois de Dieu, que vous ressemblez peu à celles des hommes 1 Éternelles comme le principe dont vous êtes émanées, c'est en vain que les siècles s'écoulent; vous résistez aux siècles, a la persécution, et à la corruption même des peuples. Cette législation religieuse, organisée au sein des législations politiques (et néanmoins indépendante de leurs destinées), est un grand prodige. Tandis que les formes des royaumes passent et se modifient, que le pouvoir roule de main en main au gré du sort, quelques chrétiens restés ftdèlesau milieu des inconstances de la fortune continuent d'adorer le moine Dieu, de se soumettre aux mêmes lois, sans se croire dégagés de leurs liens par les révolutions, le malheur et l'exemple. Quelle religion dans l'antiquité n'a pas perdu son influence morale en perdant ses prêtres et ses sacrifices ? Où sont les mystères de l'antre de Trophonius et les secrets de Cérès-Éleusine? Apollon n'est-il pas tombé avec Delphes, Baal avec Babylone, Sérapis avec Thèbes, Jupiter avec le Capitule? Le christianisme seul a souvent vu s'écrouler les édifices où se célébraient ses pompes sans être ébranlé de sa chute. Jésus-Christ n'a pas toujours eu des temples , mais tout est temple au Dieu vivant, et la maison des morts, et la caverne de la montagne, et surtout le cœur du juste; Jésus-Christ n'a pas toujours eu des autels de porphyre, des chaires de cèdre et d'ivoire , et des heureux pour serviteurs; mais une pierre au désert suffit pour y célébrer ses mystères, un arbre pour y prêcher ses lois, et un lit d'épines pour y pratiquer ses vertus.