‹ Le génie du christianisme (volume 2)Chapitre 3 sur 199 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

s'instruire, elle a un goût pour la raison tout à fait au-dessus de son âge.

Le Génie du Christianisme paraît maintenant dégagé des circonstances auxquelles on aurait pu attribuer une partie de son succès. Les autels sont relevés, les prêtres sont revenus de la captivité, les prélats sont revêtus des premières dignités de l'Etat. L'espèce de défaveur qui, en général, s'attache au pouvoir, devrait pareillement s'attacher à tout ce qui a favorisé le rétablissement de ce pouvoir : on est ému du combat ; on porte peu d'intérêt à la victoire.

Peut-être aussi l'auteur nuirait- il à présent, dans un certain monde, à l'ouvrage. Je ne sais comment il arrive que les services que j'ai eu le bonheur de rendre aient rarement été une cause de bienveillance pour moi auprès de ceux à qui je les ai rendus , tandis que les hommes que j'ai combattus ont toujours, au contraire, montré du penchant pour mes écrits et même pour ma personne : ce ne sont pas mes ennemis qui m'ont calomnié. Y aurait- il dans les opinions que j'ai appuyées, parce que, sous beaucoup de rapports, elles sont les miennes, y aurait -il un certain fond d'ingratitude naturelle? Non, sans doute, et toute faute est de mon côté.

Par les diverses considérations de temps , de lieux , de personnes , je suis obligé de conclure que si le Génie du Christianisme continue à trouver des lecteurs, on ne peut plus en chercher les raisons dans celles qui firent son premier succès : autant les chances lui furent favorables autrefois, autant elles lui sont contraires aujourd'hui. Cependant l'ouvrage se réimprime malgré la multitude des anciennes éditions , et je le regarde toujours comme mon premier titre à la bienveillance du public.

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