‹ Le génie du christianisme (volume 2)Chapitre 55 sur 199 · CHAPITRE VIL — JUGEMENT DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL — JUGEMENT DERNIER

Les Pères ont été de différentes opinions sur l'état.immédiat de l'âme du juste après sa séparation d'avec le corps. Saint Augustin pense qu'elle va dans un séjour de paix, en attendant qu'elle se réunisse à sa chair incorruptible. (De Triait., lib. XV, cap. xxv.) Saint Bernard croit qu'elle est reçue dans le ciel, où elle contemple l'humanité de Jésus-Christ, mais non sa divinité, dont elle ne jouira qu'après sa résurrection (1); dans quelques endroits de ses sermons, il assure qu'elle entre immédiatement dans la plénitude du bonheur céleste (2) : c'est le sentiment que l'Église parait avoir adopté.

Mais comme il est juste que le corps et l'âme qui ont commis ou pratiqué ensemble, ou la faute, ou la vertu, souffrent ou soient récompensés ensemble, la religion nous enseigne que celui qui nous tira de la poussière nous en rappellera une seconde fois pour comparaître à son tribunal. L'école stoïque croyait, ainsi que les chrétiens, à l'enfer, au paradis, au purgatoire, à la résurrection des corps. (3), et l'idée confuse de ce dernier dogme était répandue chez les mages (4). Les Égyptiens espéraient revivre après avoir passé mille ans dans la tombe (Dtod. et Herod.); les vers sibyllins parlent de la résurrection, du jugement dernier (Borciius, in Solin., cap. vin; Lact., lib. Vil, cap. xxix; lib. IV, cap. xv, xvm et xix), etc.

Pline, en se moquant de Démocrite, nous apprend quelle était l'opinion de ce phi-

(1) Serm. in Sanct. Omn., i, n, m; de Considérât., lib. V, cap. iv. (i) Serm. n de S. Malach., n° 5; Se?*m. de S. Vict., n° 4.

(3) Senfc, Epist. xc; Id., ad Marc; Laert., lib. VII; Plut, in resig. Sfoic. et in f'ac. lun.

(4) Hyde, Relig. Pers.; Plut., de Is. et Osir.

losophe touchant une résurrection : Similis et de asservandis eorporibut hominum , ne reviviscendi promissa a Democrito vanitas, qui non vixit ipse. (Lib. VII, cap. lv.)

La résurrection est clairement exprimée dans les vers de Phocyli de, sur la cendre des morls :

II est impie de disperser lei restes de l'homme, caria cendre ei les ossements des morls retourneront à la lumière, et détiendront semblables aux dieux.

Virgile parle obscurément du dogme de la résurrection dans le sixième livre de ide.

Mais comment des atomes dispersés dans les éléments pourront-ils se réunir pour tonner les mêmes corps? Il y a longtemps que cette objection a été faite, et la plupart des Pries y ont répondu (I). «Explique-moi comment tu es, dit Tertullien, et je te «lirai comment tu seras. » (In Apologet.)

Bien n'est plus frappant et plus formidable que ce moment de la fin des siècles annoncé par le christianisme.

En ce temps-là des signes se manifesteront dans les cieux : le puits de l'abîme s'ouvrira; les sept anges verseront les sept coupes pleines de la colère; les peuples s'entretueront; les mères entendront leurs fruits se plaindre dans leur sein, et la Mort parcourra les royaumes sur son cheval pâle. (Apoc, vi, 8.)

Cependant la terre chancelle sur ses bases, la lune se couvre d'un voile sanglant , les astres pendent à demi détachés de leur voûte : l'agonie du monde commence. Tout à coup l'heure fatale vient à frapper; Dieu suspend les flots de la création, et le monde a passé comme un fleuve tari.

Alors se fait entendre la trompette de l'ange du jugement; il crie : Morts, levezvous! surgite , mortdi ! Les sépulcres se fendent, le genre humain sort du tombeau, et les races s'assemblent dans Josaphat.

Le Fils de l'Homme apparaît sur les nuées; les puissances de l'enfer remontent du fond de l'abîme pour assister au dernier arrêt prononcé sur les siècles; les boucs et les brebis sont séparés; les méchants s'enfoncent dans le gouffre, les justes montent dans les cieux ; Dieu rentre dans son repos, et partout règne l'éternité.

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