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Le génie du christianisme

Le vicomte François-René de Chateaubriand, né à Saint- Malo, le k septembre 1768, d'une famille noble et ancienne, passa les premières années de sa vie au château de Combourg. D'abord destiné, en qualité de cadet, au service de l'Eglise, il entra cependant, en 1786, au régiment de Navarre, en qualité de sous-lieutenant. Son frère aine, qui venait d'épouser une petite-fille de Malesherbes, le présenta à la cour et lui facilita les relations avec des hommes tels que André Chénier, Fontanes et La Harpe.

Les progrès et les dangers de la Révolution le décidèrent à quitter la France; il s'embarqua en 4794 pour l'Amérique, moins pour chercher par terre le passage du N.-O. que pour se livrer à ses goûts aventureux. Là il parcourut les lacs du Canada, vivant avec les sauvages et prenant des notes qui devaient lui servir plus tard pour composer les Natchez.

De retour en France en 4792, il se hâta d'aller rejoindre les émigrés à Goblenlz, fut blessé au siège de Thionville ; puis errant et misérable, il passa successivement à Jersey, en Belgique et en Angleterre, où il fut réduit à donner des de français et à faire des traductions. Il devint égalememt secrétaire d'un ministre anglican, et c'est dans cette situation précaire qu'il fit paraître son premier ouvrage : Essai politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Révolution française (4797); cet ouvrage est un singulier mélange d'idées rétrogrades et de scepticisme religieux. Mais bientôt, sous l'influence de la perte de membres de sa famille et surtout à 1 1 prière de ses sœurs, il revint au christianisme, et sous l'empire de ses idées nouvelles, poussé d'ailleurs par son ami Fontanes, il jeta les bases de son livre le Génie du Christianisme qui devait paraître en 1802. Le 48 brumaire hvrit les portes de sa patrie : dès lors il s'occupa exclusive ment de travaux littéraires, collabora au « Mercure de France » et fit paraître (4801) son idylle indienne Atala, puis René (4802). L'apparition du Génie du Christianisme fut un

il NOTICE SUR CHATEAUBRIAND

événement littéraire. Outre Véclat et tes qualités du style, cet ouvrage avait encore la bonne fortune oVarriver à son heure et de répondre à un besoin des esprit*. Remarqué par le -Premier Consul, il fut nommé secrétaire d'ambassade à Rome ; mais à la nouvelle de l'exécution du duc d'Enghien, il donna sa démission avec éclat et rentra dans la vie privée.

Depuis quelques années, il avait rêvé d'écrire une épopée chrétienne où seraient mis en opposition le paganisme expirant et la foi naissante ; pour accomplir ce projet, il voulut visiter les lieux mêmes qu'il allait peindre et partit en 1806 pour la Terre Sainte, en visitant la Grèce et l'Asie Mineure ; revenu par la côte d'Afrique et d'Espagne, il s'installa dans la « vallée aux loups », à Aulnay (4807), près de Sceaux, et y composa les Martyrs (4809) ; avec les notes qu'il avait rapportées de Palestine, il donna également son Itinéraire de Paris à Jérusalem (4844), qui, pour être le simple récit de son voyage, n'en est pas moins un de ses meilleurs écrits.

Il fut élu le 20 février 4844 à V Académie française à la place de Marie-Joseph Chénier ; mais son discours rappelait certains souvenirs de la Révolution qui déplurent à l'Empereur. Sur son refus de rien changer, Chateaubriand vit sa réception ajournée jusqu'à la Restauration. C'est à partir de 484b que Chateaubriand entra dans la politique; il débuta (1814) par une brochire De Buonaparte et des Bourbons, pamphlet violent, qui allait même jusqu'à la calomnie envers Napoléon, mais qui, de l'aveu même de Louis XVIII, valut une armée aux Bourbons. En 4845, il accompagna le roi à Gand et au retour fut nommé ministre d'Etat et pair de France. Une brochure, La Monarchie selon la Charte, lui attira la disgrâce du Roi. Il y attaquait certains actes de la prérogative royale et blâmait vivement l'ordonnance de dissolution de la a Chambre introuvable » de 4845. Cette disgrâce le jeta dans l'opposition ultra-royaliste: il combattit dans le journal le Conservateur et ne se rapprocha de la cour qu'à la mort du duc de Berry (4820). Il a même laissé sur cet événement d'intéressants Mémoires sur la vie et la mort du duc. Il fut nommé la même année ministre de France à Berlin, puis ambassadeur en Angleterre (4822), et contribua à faire décider la guerre d'Espagne en qualité de ministre des affaires étrangères. Disgracié tout à coup en 1824, il rentra de nouveau dans l'opposition; mais cette fois il s'unit au parti libéral et fut V adversaire déclaré du ministère Villèle, soit à la Chambre des pairs, soit au Journal des Débats dans lequel il défendit la liberté de la Presse et l'indépendance de la Grèce, ce qui lui valut une grande popularité. Il profita même de ce moment (4826) et de la vogue qui s'attachait à son nom pour rétablir sa fortune délabrée et céder

NOTICE SUR CHATEAUBRIAND ni

moyennant 500.000 francs, au libraire Ladvocat, le droit de faire une édition de ses œuvres auxquelles il avait ajouté les Natchez, le Dernier Abencérage, Voyages en Amérique, et une tragédie de Moïse.

A la chute du ministère Villèle, il fut nommé ambassadeur à Rome {1828), mais donna sa démission à l'avènement du ministère Polignac. Il était à Dieppe lorsqu'il apprit la révolution de 1830; fidèle à Charles X, il protesta hautement à la Chambre des pairs contre la royauté nouvelle.

A partir de ce moment, il rentra dans la vie privée, ne signalant sa présence que par quelques articles de journaux, où. dans un singulier mélange de républicanisme et de royalisme, il attaque le nouveau gouvernement. Il partagea ses dernières années entres des visites quotidiennes à l'Abbayeaux-Bois, chez Madame Récamier, dont il fut le constant ami, et quelques travaux littéraires, tels que : des Mémoires sur la duchesse de Berry (4833) ; des Etudes historiques (4 volumes in-8), esquisses dans la manière de Bossuet et dont la pensée fondamentale est le développement des sociétés par le chr nisme; un Essai de littérature anglaise (4836); le Pa perdu de Milton, traduction littérale en prose (4837), et la Vie de Rancé (4844-), écrite à la demande de son confesseur. Il travaillait en même temps à ses Mémoires d'outretombe, commencés depuis 484 4 et qu'il poursuivit jusqu'en 4833. Il les vendit en 4836, au prix de 250.000 francs, sous la réserve qu'ils ne seraient publiés qu'après sa mort. Il « hypothéqua sa tombe », comme il Va dit lui-même. Il mourut le 4 juillet 1848 et fut enterré, suivant son vo:u, dans l'ilot du Grand-Bé, près de Saint-Malo.

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