‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 132 sur 307 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ainsi, tout poème où une religion est employée comme sujet et non comme accessoire, où le merveilleux est le fond et ion Y accident du tableau, pèche essentiellement par la base.

Si Homère et Virgile avaient établi leurs scènes dans l'Olympe, il est douteux, malgré leur génie, qu'ils eussent pu soutenir jusqu'au bout l'intérêt dramatique. D'après cette remarque, il ne faut plus attribuer au christianisme la langueur qui règne dans les poèmes dont les principaux personnages sont des êtres surnaturels : cette langueur tient au vice même de la composition. Nous verrons, à l'appui de cette vérité, que plus le poète, dans l'épopée, garde un juste milieu entre les choses divines et les choses humaines, plus il devient divertissant, pour parler comme Despréaux. Divertir afin Renseigner est la première qualité requise en poésie.

Sans rechercher quelques poèmes écrits dans un latin barbare, le premier ouvrage qui s'offre à nous est la Divina Comedia du Dante. Les beautés de cette production bizarre découlent presque entièrement du christianisme; ses défauts tiennent au siècle et au mauvais goût de l'auteur. Dans le pathétique et dans le terrible, le Dante a peut-être égalé les plus grands poètes. Nous reviendrons sur les détails."

Il n'y a dans les temps modernes que deux beaux sujets de poème épique, les Croisades et la Découverte du Nouveau- Monde : Malfilàtre se proposait de chanter la dernière; les Muses regrettent encore que ce jeune poète ait été surpris mort avant d'avoir exécuté son dessein. Toutefois ce sujet a, pour un Français, le défaut d'être étranger. Or, an autre principe de toute vérité qu'il faut travailler sur un fonds antique, ou, si l'on choisit une histoire moderne, qu'il faut chanter sa nation.

Les Croisades rappellent la Jérusalem délivrée : ce poème est un modèle parfait de composition. C'est là qu'on peut apprendre à mêler les sujets sans les confondre : l'art avec lequel le Tasse vous transporte d'une bataille à une scène d'amour, d'une scène d'amour à un conseil, d'une procession à un palais magique, d'un palais magique à un camp, d'un assaut à la crotte d'un solitaire, du tumulte d'une cité

'■e à la cabane d'un pasteur; cet art, disons-non admirable. Le dessin des caractères n'est pas moins savant : la férocité d'Argant est opposée à la générosité de Tancrède, la enindeur de Soliman à l'éclat de^Renaud, la sagesse de Godefroi à la ruse d'Aladin; il n'y a pas jusqu'à l'ermite Pierre, comme l'a remarqué Voltaire, qui ne fasse un beau contraste avec l'enchanteur Ismen. Quant aux femmes, la coquetterie est peinte dans Armide, la sensibilité dans Uerminie, l'indifférence dans Clorinde. Le Tasse eût

parcouru le cercle entier de femmes <"i\ cmI

représenté la mène. Il faut peu! être chercher la raison fie cette omission dans la nature de bob talent, qui a\ail nus d'enchantement que de vérité et plus d'éclat que «le tendresse.

Homère semble avoir été particulièrement doué de L'<;ni<\ Virgile de sentiment, le Tasse d'imagination. On ne balancerait pas sur la place que 1<1 poète italien doit ooenp taisait cwiclqnefoia rêver sa Muse, en imitant les soupirs du Cygne de Mantoue. Mais le Tasse est presque toujours faux quand il fait parler le cœur; et comme les traits de l'âme sont les véritables beautés, il demeure nécessairement audessous de Virgile.

Au reste, si la Jérusalem a une fleur de poésie exquise, si l'on y respire l'âge tendre, l'amour et les déplaisirs du homme infortuné qui composa ce chef-d'œuvre dans sa jeunesse, on y sent aussi les défauts d'un âge qui n'était pas assez mùr pour la haute entreprise d'une épopée. L'octave du Tasse n'est presque jamais pleine; et son vers, hop vite fait, ne peut être comparé au vers de Virgile, cent fois retrempé au feu des Muses. Il faut encore remarquer que les idées du Tasse ne sont pas d'une aussi belle famillr que celles du pot te latin. Les ouvrages des anciens se font reconnaître nous dirions presque à leur sang. C'est moins chez eux, ainsi que parmi nous, quelques pensées éclatantes, au milieu de beaucoup de choses communes, qu'une belle troupe de pensées qui se conviennent et qui ont toutes comme un air de parenté r c'est le groupe des enfants de \iobé, nus, simples, pudiques, rougissants, se tenant pir la main avec un doux sourire, et portant, pour seul ornement, dans leurs cheveux une couronne de fleurs.

D'après la Jérusalem on sera du moins obligé de convenir qu'on peut faire quelque chose d'excellent sur un sujet chrétien. Et que serait-ce donc si le Fasse eûl osé en») les grandes machines du christianisme? Mais on poil qu'il a manqué de hardiesse. Cette timidité l'a la r des

petits ressorts de la magie, tandis qu'il pouvait tirer un parti immense du tombeau de Jésus-Christ qu'il nomme à peine, et d'une terre consacrée par tant de prodige-. La même timidité l'a fait échouer dans son Ciel. Son Enfer a pluf traits de mauvais £oùt. Ajoutons qu'il ne s'est pas assez aern du maho métis me, dont les rites sont d'autant plus OttrieiK qu'ils sont peu ceUBOl. Enfin il aurait pu jeter un 1 sur l'ancienne A-if., sur cette Egypte si la Brarosle Babylone, sur cette superbe Tyr, sur les temps omon et d'Isaïe. On s'étonne que sa Muse ait oublié la harpe de David en parcourant Isia.l. >"eiiteiid-uii plus sur

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