‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 196 sur 307 · PROPREMENT DITE DESCRIPTIVE · texte numérisé non relu

PROPREMENT DITE DESCRIPTIVE

Nous avons fait voir dans les livres précédents que le christianisme, en se mêlant aux affections de l'âme, a multiplié les ressorts dramatiques. Encore une fois, le polythéisme ne s'occupait point des vices et des vertus ; il était totalement séparé de la morale. Or, voilà un côté immense que la religion chrétienne embrasse de plus que l'idolâtrie. Voyons si dans ce qu'on appelle le merveilleux elle ne le dispute point en beauté à la mythologie môme.

Nous ne nous dissimulons pas que nous avons à combattre ici un des plus anciens préjugés de l'école. Les autorités sont contre nous, et l'on peut nous citer vingt vers de Y Art poétique qui nous condamnent :

Et quel objet enfin à présenter aux yeux, etc.

C'est donc bien vainement que nos auteurs déçus, etc.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas possible de soutenir que la mythologie si vantée, loin d'embellir la nature, en détruit les véritables charmes, et nous croyons que plusieurs littérateurs distingués sont à'présent de cet avis.

Le plus grand et le premier vice de la mythologie était d'adord de rapetisser la nature et d'en bannir la vérité. Une preuve incontestable de ce fait, c'est que la poésie que nous appelons descriptive a été inconnue de l'antiquité l ; lap poètes même qui ont chanté la nature, comme Hésiode, Théocrite et Virgile, n'en ont point fait de description dans le sens que nous attachons à ce mot. Ils nous ont sans doute

i. Voyez la note Q, à la fin du volume.

d'admirables peintures des travaux, des mœurs ei du bonheur de la vie rustique; mais quant à ces tableaux des campagnes, des saison*, des accidents du ciel, qui onl enrichi la muse Hoderne, on en trouve à peine quelques traits dans leurs écrits.

Il est vrai que ce peu de traits est excellent comme le reste de leurs ouvrages. Quand Homère a décrit la grotte du Cyclope, il ne l'a pas tapissée de Mas et de roses; il y a planté, comme Théocrite, des lauriers et de longs pins. Dans les jardins d'Alcinoùs, il fait couler des fontaines et fleurir des arbres utiles ; il parle ailleurs de la colline battue des vents et couverte de figuiers, et il représente la fumée des palais de Gircé s'élevant au-dessus d'une foré! de i \>'

Virgile a mis la même vérité dans ses peintures. Il donne au pin l'épithète d'harmonieux, parce qu'en effet le pin a unp sorte de doux gémissement quand il est faiblement agité; les nuacjes, dans les Géorgiques, sont comparés à des flocons de laine roulés par les vents, et les hirondelles, dans YEnéide, gazouillent sous le chaume du roi Evandre, ou rasent les portiques des palais. Horace, Tibulle, Propi Ovide, ont aussi crayonné quelques vues de la nature ; mais ce n'est jamais qu'un ombrage favorisé de Morphée, un vallon où Cythérée doit descendre, une fontaine où Baccht.repose dans le sein des Naïades.

L'âge philosophique de l'antiquité ne changea rien h manière. L'Olympe, auquel on ne croyait plus, se réfugia chez les poètes, qui protégèrent à leur tour lis dieir qui les avaient protégés. Stace et Silius Italicus n'ont pu

• •té plus loin qu'Homère et Virgile en poésie descriptive ; Lucain seul avait fait quelque progrès dans cette carrière, et l'on trouve dans la Vharsale la peinture d'une forêt et d'un désert qui rappelle les couleurs modernes1.

Enfin les naturalistes furent aussi sobres que les poètes, ot suivirent à peu près la même progression. Ainsi Pline et Oolumelle. qui vinrent les derniers, se sont plus alla

• iécrire la nature qu'Aristote. Parmi les historiens el les philosophes, Xénophon, Tacite, Plutarque, Platon et Pline le jeune2 se font remarquer par quelques beaux tableaux.

On ne peut guère supposer que des hommes aussi sensibles que les anciens eussent manqué d'yeux pour voir la

1. Cette description est pleine d enflure et de mauvais goât: mais il ne s 'agit MB que du genre, et non de l'exécution du morceau.

2. Voyez dans Xènoïmion. la Retraite des I>i.r Mille et le Traite de la Chasse; dans Tacite, la description du camp abandonna où Yarus fut nvi>sarre avec ses légions (JLfWMf., liv. i) ; dans PwjtarQTTI la Vie de Brutus et de Pompée; dans PLATON, l'ouverture du Dialoaue des lois; dans Pline, la description de son jardin.

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