‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 269 sur 307 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

se plaindre si les peuples, par un instinct général, font niarcb ttres avant les sciences ! C'est qu'en effet

l'homme qui a laissé un seul précepte moral, un seul sentiment touchant à la terre, est plus utile à la société que le géomètre qui a découvert les plus belles propriétés du triangle.

Au reste, il n'est pont-être pas difficile de mettre d'accord ceux qui déclament contre les mathématiques et ceux qui les préfèrent à tout. Cette différence d'opinions vient de Terreur commune, qui confond un grand avec un habile mathématicien. 11 y a une géométrie matérielle qui se compose de lignes, de points, d'A -f- B ; avec du temps et de la persévérance, l'esprit le plus médiocre peut y faire des prodige?. C'est alors une espèce de machine géométrique qui exécute d'elle-même des opérations compliquées, coran: âne arithmétique de Pascal. Dans les sciences,

eelui qui vient le dernier est toujours le plus instruit : voilà pourquoi tel écolier de nos jours est plus avancé que Newton en mathématiques; voilà pourquoi tel qui passe pour .-avant aujourd'hui sera traité d'ignorant par la génération future. Entêtés de leurs calculs, les géomètres-manœuvres ont un mépris ridicule pour les arts d'imagination : ils sourient de pitié quand on leur parle de littérature, de le, de religion; ils connaissent, disent-ils, la nature, N'aime-t-pn pas autant Y ignorance de Platon, qui appelle cette même nature une poésie mystérieuse ?

Heureusement il existe une autre géométrie, une géométrie intellectuelle. C'est celle-là qu'il fallait savoir pour entrer dans l'école des disciples de Socrate ; elle voit Dieu derrière le cercle et le triangle, et elle a créé Pascal, Leibnitz, Descartes et Newton. En général les géomètres inventeurs ont été religieux.

Mais on ne peut se dissimuler que cette géométrie des grands hommes ne soit fort rare. Pour un seul génie qui marche par les voies sublimes de la science, combien d'autres se perdent dans ses inextricables sentiers ! Observons ici une de ces récréations si communes dans les lois de la Providence : les âges irréligieux conduisent nécessairement aux sciences, et les sciences amènent nécessairement les âges irréligieux. Lorsque, dans un siècle impie, l'homme vient à méconnaître l'existence de Dieu, comme c'est néanmoins la seule vérité qu'il possède à fond, el qu*ila un besoin impérieux des vérités positives, il cherche à s'en créer de nouvelles et croit les trouver dans les abstractions des sciences. D'un.; autre part, il est naturel que des esprits communs ou des jeunes gens peu réfléchis, en rencontrant les vérités mathématiques dans l'univers, en les voyant dans le ciel ave : Newton, dans la chimie avec Lavoisier, dans les miné-

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raux avec lïaiïy ; il est naturel, disons-nous, qu'ils les prennent pour le principe même des choses, et qu'ils ne voient rien au delà. Cette simplicité de la nature qui devrait leur l'a in- supposer, comme Aristote, un premier mobile, et comm ï Platon, un éternel géomètre, ne sert qu'à les égarer: Dieu n'est bientôt pour eux que les propriétés des corps, et la eh al ne même des nombres leur dérobe la grande Unité.

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