SUR LE SACREMENT D'ORDRE
La plupart des sages de l'antiquité ont vécu dans le célibat ; on sait combien les gymnosophistes, les brahmanes, les drui-ks ont tenu la chasteté à honneur. Des sauvages même la regardent comme céleste; car les peuples de tous les temps et de tous les pays n'ont eu qu'un sentiment sur l'excellence de la virginité. Chez les anciens, les prêtres et
rê tresses, qui étaient censés commercer intimement avec le ciel, devaient vivre solitaires; la moindre atteinte portée à leurs vœux étail suivie d'un châtiment terrible. On
n'offrait aux dieux que des génisses qui n'avaient point encore été mères. Ce qu'il y avait de plus sublime et «le plus doux dans la fable possédait la virginité; on la donnait à Venus-Uranie et à Minerve, déesses du génie et de la sagesse; l'Amitié était une adolescente, et la Virginité ellemême, personnifiée sous les traits de la Lune, promenait sa pudeur mystérieuse dans les frais espaces de la nuit.
Considérée sous ses autres rapports, la virginité n'est pas moins aimable. Dans les trois règnes de la nature, elle est la -airce des grâces et la perfection de la beauté. Les poètes, que nous voulons surtout convaincre ici, nous serviront d'autorité contre eux-mêmes. Ne se plaisent-ils pas à reproduire partout l'idée de la virginité comme un cbarme à leurs descriptions et à leurs tableaux? Ils la rcîrouvent ainsi au milieu des campagnes, dans les roses du printemps et dans la neige de l'hiver; et c'est ainsi qu'ils îa placent aux deux extrémités de la vie, sur les lèvres de l'enfant, et sur les cheveux du vieillard. Ils la mêlent encore aux mystères de la tombe, et ijs nous parlent de l'antiquité qui consacrait aux mânes des arbres sans semence, parce que la mort est stérile, ou parce que, dans une autre vie, les sexes sont inconnus, et que l'âme est une vierge immortelle. Enfin ils nous disent que, parmi les animaux, ceux qui se rapprochent le plus de notre intelligence sont voués à la chasteté. Ne croirait-on pas en effet reconnaître dans la ruche des abeilles le modèle de ces monastères où des vestales composent un miel céleste avec la fleur des vertus?
Quant aux beaux-arts, la virginité en fait également les charmes, et les Muses lui doivent leur éternelle jeunesse. Mais c'est surtout dans l'homme qu'elle déploie son excellence. Saint Ambroise a composé trois traités sur la virginité ; il y a mis les charmes de son éloquence, et il s'en excuse en disant qu'il l'a fait ainsi pour gagner l'esprit des vierges par la douceur de ses paroles1. Il appelle la virginiti exemption de toute souillure- ; il fait voir combien sa tranquillité est préférable aux soucis du mariage; il dit aux vierges : « La pudeur, en colorant vos joues, vous rend cx<N'llemment belles. Retirées loin de la vue des hommes, comme des roses solitaires, vos grâces ne sont point soumises à leurs faux jugements; toutefois vous descendez aussi dans la lice pour disputer le prix de la beauté, non de
\. De Virginité lib. n, cap. i, num.4. 2. Ibid., lib. i, cap. v.