‹ Le génie du christianisme (volume 3)Chapitre 49 sur 307 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

désir ou l'espérance est un véritable génie ; il a cette virilité qui enfante, et cette soif qui ne s'éteint jamais. Un homme se voit-il trompé dans ses projets, c'est qu'il n'a pas désiré avec ardeur ; c'est qu'il a manqué de cet amour qui saisit tôt ou lard l'objet auquel il aspire, de cet a r

la Divraifcé, embrasse tout et jouit d< monies, par une immense espérance toujours et qui renaît toujours.

Il y a cependant une différence essentielle entre la foi, et : uiee considérée comme force. La foi a son le nous; elle nous vient d'un objet étranger; 1 rance, au contraire, naît au dedans de nous, pour se por- Qn nous impose la première, notre :

autre la seconde ; celle-là est l. ance,

. un amour. Mais, comme la foi engendre plus facileles autres vertus, comme elle découle directement de lue par conséquent étant une émanation de l'Eternel, elle esi plus belle que l'espérance, qui n'est qu'une partie de l'homme, l'Eglise a dû placer la foi au premier rang.

Mais l'espérance offre en elle-même un caractère particulier : c'est celui qui la met en rapport avec nos misères. Sans doute elle fut révélée par le ciel, cette religion qui lit •ri ii «le l'espérance ! Cette nourrice des infortunés, | :e l'homme, comme une mère auprès de son

enfant malade, le berce dans ses bras, le suspend à sa mamelle intarissable, et l'abreuve d'un lait qui calme ses douleurs. Elle veille à son chevet solitaire, elle l'endort par des chants magiques. N'est-il pas surprenant de voir l'espé- . qu'il est si doux de garder, et qui semble un mouvement naturel de l'àme, de la voir se transformer, pour le chrétien, en une vertu rigoureusement exigée*? En que, quoiqu'il fasse, on l'oblige de boire à longs traits à cette coupe enchantée, où tant de misérables s'estimeraient heureux de mouiller un instant leurs lèvres. Il y a plus (et c'est ici la merveille), il sera récompensé d'avoir • autrement d'avoir fait son propre bonheur. Le fidèle, toujours militant dans la vie, toujours aux prises avec l'ennemi, est traité par la religion, dans sa défaite, comme ces généraux vaincus que le Sénat romain recevait en triomphe, par la seule raison qu'ils n'avaient pas du salut tinal. Mais si les anciens attribuaient qu chose de merveilleux à l'homme que l'espoir n'abai jamais, qu'auraient-ils peu-»- «lu chrétien, qui, dan étonnant langage, ne dit plus entretenir, mais m pérai.

Quant à la charité, fille de JésusrChrist, elle signili sens propre, grâce et joie. La religion, voulant réformer le

cœur humain et tourner au profil des vertus nos affections et nos tendresses, a inventé une nouvelle passion : elle De B*est servie pour l'exprimer ni du mot d'amour, qui n'es! pas assez sévère, ni du mot d'amitié, qui se perd au tombeau, ni du mot de pitié, trop voisin de l'orgueil; mais elle a trouvé l'expression de charitas, charité, qui renferme les trois premières, et qui tient en même temps à quelque chose de céleste. Par là, elle dirige nos penchants vers le ciel, en les épurant et les reportant au Créateur; par là, elle nous enseigne cette vérité merveilleuse, que les hommes doivent, pour ainsi dire, s'aimer à travers Dieu, qui spiritualise leur amour, et n'en laisse que l'immortelle , en lui servant de passage.

Mais, si la charité est une vertu chrétienne, directement émanée de l'Eternel et de son Verbe, elle est aussi en étroite alliance avec la nature. C'est à cette harmonie continuelle du ciel et de la terre, de Dieu et de l'humanité, qu'on reconnaît le caractère de la vraie religion. Souvent les institutions morales et politiques de l'antiquité sont en contradiction avec les sentiments de rame. Le christianisme, au contraire, toujours d'accord avec les cœurs, ne commande point des vertus abstraites et solitaires, mais des vertus tirées de nos besoins et utiles à tous. Il a placé la charité comme un puits d'abondance dans les déserts de la vie. « La charité est patiente, dit l'Apôtre ; elle est douce, elle ne cherche à surpasser personne, elle n'agit point avec témérité, elle ne s'enfle point.

« Elle n'est point ambitieuse; elle ne suit point ses intérêts ; elle ne s'irrite point ; elle ne pense point le mal.

« Elle ne se réjouit point dans l'injustice ; mais elle se plaît dans la vérité.

« Elle tolère tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout 1 ».

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