‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 10 sur 259 · VOLTAIRE HISTORIEN · texte numérisé non relu

VOLTAIRE HISTORIEN

« Voltaire, dit Montesquieu, n'écrira jamais une bonne histoire ; il est comme les moines qui n'écrivent pas pour le. sujet qu'ils traitent, mais pour la gloire de leur ordre. Voltaire écrit pour son couvent ».

Ce jugement, appliqué au Siècle de Louis XIV et à VHistoire de Charles XII, est trop rigoureux; mais il est juste, quant à VEssai sur les Mœurs des nations^. Deux noms surtout effrayaient ceux qui combattaient le christianisme, Pascal et Bossuet. Il fallait donc les attaquer, et tâcher de détruire indirectement leur autorité. De là l'édition de Pascal avec des notes, et VEssai qu'on prétendait opposer au Discours su?: l'Histoire universelle. Mais jamais le parti antireligieux, d'ailleurs trop habile, ne fit une telle faute et n'apprêta un plus grand triomphe au christianisme. Comment Voltaire, avec tant de goût et un esprit si juste, ne comprit-il pas le danger d'une lutte corps à corps avec Bossuet et Pascal ? Il lui est arrivé en histoire ce qui lui arrive toujours en poésie : c'est qu'en déclamant contre la

i. Un mot échappé à Voltaire, dans sa Correspondance, montre avec quelle vérité historique, et dans quelle intention il écrivait cet Essai: « .["ai pris les deux hémisphères en ridicule; c'est un coup sûr ». (An 4754, Corrcsp. gén., tome v, page 94).

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