Essai sur les Missions chrétiennes, chap. cxcv
gratifier et favorablement traiter les Pères Jésuites français, missionnaires an Levant, en considération de leur zèle pour la religion, et des avantages que ses sujets qui résident et qui trafiquent dans toutes les échelles reçoivent de leurs instructions; Sa Majesté les a retenus et retient pour ses chapelains dans Téglise et chapelle consulaire de la ville d'Alej> en Syrie, etc.
« Signé LOUIS.
C( Et plus bas, COLBERT ^ » .
C'est à ces mêmes missionnaires que nous devons l'amouf que les sauvages portent encore au nom français dans les forêts de l'Amérique. Un mouchoir blanc suffit pour passer en sûreté à travers les hordes ennemies, et pour recevoir partout l'hospitalité. C'étaient les Jésuites du Canada et de de la Louisiane qui avaient dirigé l'industrie des colons vers la culture, et découvert de nouveaux objets de commerce pour les teintures et les remèdes. En naturalisant sur notre sol des insectes, des oiseaux et des arbres étrangers-, ils ont ajouté des richesses à nos manufactures, des délicatesses à nos tables et des ombrages à nos bois.
Ce sont eux qui ont écrit les annales élégantes ou naïves de nos colonies. Quelle excellente histoire que celle des Antilles par le Père Du Tertre, ou celle de la Nouvelle-France par Charlevoix ! Les ouvrages de ces hommes pieux sont pleins de toutes sortes de sciences : dissertations savantes, peintures de mœurs, plans d'amélioration pour nos établissements, objets utiles, réflexions morales, aventures intéressantes, tout s'y trouve; l'histoire d'un acacia ou d'un saule de la Chine s'y mêle à l'histoire d'un grand empere-jr réduit à se poignarder; et le récit de la conversion d'un paria à un traité sur les mathématiques des brames. Le style de ces relations, quelquefois sublime, est souvent admirable par sa simplicité. Enfin, les missions fournissaient chaque année à l'astronomie, et surtout à la géographie, de nouvelles lumières. Un Jésuite rencontra en Tartarie une femme huronne qu'il avait connue au Canada : il conclut de cette étrange aventure que le continent de l'Amérique se rapproche au nord-ouest du continent de l'Asie, et il devina ainsi l'existence du détroit, qui longtemps après a fait la gloire de Behring et de Cook. Une grande partie du Canada
1. Lettres édif., tome i, page 1:29, édit. de 1780. Voi/ez la note Ce, à la fin du volume.
2. Deux moines, sous le règne de Justinien, apportèrent -du Serinde des vers à soie à Constantinople. Les dindes, et pinsienrs arbres et arbustes étrangers naturalisés en Europe, sont dus à des n^issionnaires.
et toute la Louisiane avaient été découvertes par nos missionnaires. En appelant au christianisme les sauvages de TAcadie, ils nous avaient livré ces côtes où s'enrichissait notre commerce et se iormaient nos marins : telle est une faible partie des services que ces hommes, aujourd'hui si méprisés, savaient rendre à leur pays.