QUATRIÈME PARTIE
savants Jésuites qui ont porté l'honneur du nom français jusqu'au centre de l'Asie.
Le Jésuite qui partait pour la Chine s'armait du télescope et du compas. Il paraissait à la cour de Pékin avec l'urbanité de la cour de Louis XIV, et environné du cortège des sciences et des arts. Déroulant des cartes, tournant des globes, traçant des sphères, il apprenait aux mandarins étonnés et le véritable cours des astres, et le véritable nom de celui qui les dirige dans leurs orbites. 11 ne dissipait les erreurs de la physique que pour attaquer celles de la naorale; il replaçait dans le cœur, comme dans son véritable siège, la simplicité qu'il bannissait de l'esprit; inspirant àja fois, par ses mœurs et son savoir, une profonde vénération pour son Dieu, et une haute estime pour sa patrie.
Il était beau pour la France de voir ces simples religieux régler à la Chine les fastes d'un grand empire. On se proposait des questions de Pékin à Pans, la chronologie, l'astronomie, l'histoire naturelle fournissaient des sujets^de discussions curieuses et savantes. Les livres chinois étaient traduits en français, les français en chinois. Le père Parennin, dans sa lettre adressée à Fontenelle, écrivait à l'Académie des sciences :
« Messieurs, « Vous serez peut-être surpris que je vous envoie de si loin un traité d'anatomie, un cours de médecine, et des questions de physique écrites en une langue qui sans doute vous est inconnue ; mais votre surprise cessera, quand vous verrez que ce sont vos propres ouvrages que je vous envoie habillés à la tartare ^ ».
Il faut lire d'un bout à l'autre cette lettre, où respirent ce ton de politesse et ce style des honnêtes gens, presque oubliés de nos jours. « Le Jésuite nommé Parennin, dit Voltaire, homme célèbre par ses connaissances, et par la sagesse de son caractère, parlait très bien le chinois et le tartare... C'est lui qui est principalement connu parmi nous par les réponses sages et instructives sur les sciences de la Chine, aux difficultés savantes d'un de nos meilleurs philosophes ^ ».
En 1711, l'empereur de la Chine donna aux Jésuites trois inscriptions, qu'il avait composées lui-même, pour une église qu'ils faisaient élever à Pékin. Celle du frontispice portait :
« Au vrai principe de toutes choses ».