TROISIÈME PARTIE
front, comme le législateur des Hébreux. Quelle revue il fait de la terre ! il est en mille lieux à la fois ! Patriarche sous le palmier de Tophel, ministre à la cour de Babylone, prêtre à Mempliis, législateur à Sparte, citoyen à Àlhènes et à Rome, il ctiange de temps et de place à son gré; il passe avec la rapidité et la majesté des siècles. La verge de la loi à la main, avec une autorité incroyable, il chasse pêle-mêle devant lui et Juifs et Gentils au tombeau ; il vient enfin luimême à la suite du convoi de tant de générations, et, marchant appuyé sur Isaïe et sur Jérémie, il élève ses lamentations prophétiques à travers la poudre ®t les débris du génie humain ^
La première partie du Discours sur r Histoire universelle est admirable par la~ narration ; la seconde par la sublimité du style et la haute métaphysique des idées ; la troisième par la profondeur des vues morales et politiques. Tite-Live et Salluste ont-ils rien de plus beau sur les anciens Romains, que ces paroles 'de l'évêque de Meaux ?
« Le fond d'un Romain, pour ainsi parler, était l'amour de sa liberté et de sa patrie; une de ces choses lui faisait aimer l'autre : car, parce qu'il aimait sa liberté, il aimait aussi sa patrie comme une mère qui le nourrissait dans des sentiments également généreux et libres.
« Sous ce nom d*= liberté, les Romains se figuraient, avec les Grecs, un état où personne ne fût sujet que de la loi, et où la loi fut plus puissante que personne ».
A nous entendre déclamer contre la religion, on croirait qu'un prêtre est nécessairement un esclave, et que nul, avant nous, n'a su raisonner dignement sur la liberté : qu'on lise donc Bossuet à l'article des Grecs et des Romains.
Quel autre a mieux parlé que lui et des vices et des vertus ? quel autre a plus justement estimé les choses humaines ? Il lui échappe de temps en temps quelques-uns de ces traits qui n'ont point de modtle dans l'éloquence antique, et qui naissent du génie même du christianisme. Par exemple, après avoir vanté les pyramides d'Egypte, il ajoute : «Quelque effort que fassent les hommes, leur néant paraît partout. Ces pyramides étaient des tombeaux; encore ces rois qui les ont bâties n'ont-ils pas eu le pouvoir d'y être inhumés, et ils n'ont pu jouir de leur sépulcre- ».
On ne sait qui l'emporte ici de la grandeur de la pensée ou de la hardiesse de l'expression. Ce mol jouir, appliqué à un sépulcre, déclare à la fois la magnificence de ce sépulcre, la vanité des Pharaons qui rélevèrent, la rapidité de notre