QUATRIEME PARTIE
Fontevrault fut une véritable colonie, établie par Robert d'Arbrissel, dans un pays désert, sur les confins de l'Anjou et de la Bretagne. Des familles entières cherchèrent un asile sous la direction de ces Bénédictins : il s'y forma des monastères de veuves, de filles, de laïques, d'infirmés et de vieux soldats. Tous devinrent cultivateurs, à Texemple des pères, qui abattaient eux-mêmes les arbres, guidaient la charrue, semaient les grains, et couronnaient cette partie de la France de ces belles moissons qu'elle n'avait point encore portées.
La colonie fut bientôt obligée de verser au dehors une partie de ses habitants, et de céder à d'autres solitudes le superflu de ses mains laborieuses. Raoul de la Futaye, compagnon de Robert, s'établit dans la forêt du Nid-du-^Merle, et Vital, autre bénédictin, dans les bois de Savigny. La forêt de l'Orges, dans le diocèse d'Angers, Ghaufournois, aujourd'hui Chantenois, en Touraine, Bellay dans la même province, la Puie en Poitou, l'Encloitre dans la forêt de Gironde, Gaisne à quelques lieues de Loudun, Luçon dans les bois du même nom, la Lande dans les landes de Garnache, la Madeleine sur la Loire, Boubon en Limousin, Cadouin en Périgord, enfin Haute-Bruyère près de Paris, furent autant de colonies de Fontevrault, et qui, pour la plupart, d'incultes qu'elles étaient, se changèrent en opulentes campagnes.
Nous falig-ierions le lecteur si nous entreprenions de nommer tous les sillons que la charrue des Bénédictins a tracés dans les Gaules sauvages. Maurecourt, Longpré, Fontaine, le Charme, Cofinance, Foici, Bellomer, Cousanie, Sauvemen', les Epines, Eube, Vanassel, Pons, Charles, Vairville, et cent autres lieux dans la Bretagne, l'Anjou, le Berry, l'Auvergne, la Gascogne, le Languedoc, la Guyenne, attestent leurs immenses travaux. Saint Golomban fit fleurir le désert de Vauge ; des filles bénédictines même, à l'exemple des pères de leur ordre, se consacrèrent à la culture ; celles de Montreuil-les-Dames « s'occupaient, dit Hermann, à coudre, à filer, et à défricher les épines de la forêt, à l'imitation de Laon et de tous les religieux de Clairvaux * ».
En Espagne, les Bénédictins déployèrent la même activité. Ils achetèrent des terres en friche au bord du Tage, près de Tolède, et ils fondèrent le couvent de Venghalia, après avoir planté en vignes et en orangers tout le pays i'alentour.
Le Mont-Cassin, en Italie, n'était qu'une profonde soli-