TROISIÈME PARTIE
protubérances de pierres calcaires ou vitrescibles, et le ciel, où le jour prépare une immense solitude, comme pour servir de camp à l'armée des astres que la nuit y amène en silence ; lé ciel, disons-nous, n'est plus qu'une étroite voûte momentanément suspendue par la main capricieuse du hasard.
Si l'incrédule se trouve ainsi borné dans les choses de la nature, comment peindra-l-ii l'homme avec éloquence ? Les mots pour lui manquent de richesse, et les trésors de l'expression lui sont fermés. Contemplez, au fond de ce tombeau, ce cadavre enseveli, cette statue du néant, voilée d'un linceul : c'est l'homme de l'athée ! Fœtus né du corps impur de la femme, au-dessous des animaux pour l'instinct, poudre comme eux, et retournant comme eux en poudre, n'ayant point de passions, mais des appétits, n'obéissant point à des lois moiales, mais à des ressoits physiques, voyant devant lui, pour toute fin, le sépulcre et des vers : tef est cet être qui se disait animé d'un souffle immortel î Ne nous parlez plus des mystères de Tàme, du charme secret de la vertu : grâces de l'enfance, amours de la jeunesse, noble amitié, élévation de pensées, charmes des tombeaux et de la patrie, vos enchantements sont détruits 1
Nécessairement encore l'incrédulité introduit l'esprit raisonneur, les défmitions abstraites, le style scientifique^ et avec lui le néologisme, choses mortelles au goût et à l'éloquence.
Il est possible que la somme de talents départie aux auteurs du dix-huitième siècle scit égale à celle qu'avaient reçue les écrivains du dix-septième ^ Pourquoi donc le second siècle est-il au-dessous du premier? Car il n'est plus temps de le dissimuler, les écrivains de notre âge ont été en général placés trop haut. S'il y a tant de choses à reprendre, comme on en convient, dans les ouvrages de Rousseau et de Voltaire, que dire de ceux de Raynal et de Diderot-? On a vanté, sans doute avec raison, la méthode de nos derniers métaphysiciens. Toutefois on aurait dû remarquer qu'il y a deux soi tes de clartés : Tune tient à un ordre vulgaire d'idées (un lieu commun s'explique nettement); l'autre vient d'une admirable faculté de concevoir et d'exprimer clairement une pensée forte et composée.
4. Nous accordons ceci pour la force de l'argument; mais nous sommes bien loin de le croire. Pascal et Bossuet, Molière et La Fontaine, sont quatre hommes tout a fait incomparables, et qu'on no retrouvera plus. Si nous ne mettons pas Racine de ce nombre, c'est qu'il a un rival dans Virgile.