‹ Le génie du christianisme (volume 4)Chapitre 4 sur 259 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

l'ancre qui a fixé tant de nations flottantes; il a retenu dans le port ces états qui se briseront peut-être s'ils viennent à rompre l'anneau commun où la religion les tient attachés. Or, en répandant sur les peuples cette uniformité et pour aînsi dire cette monotonie de mœurs que les lois donnaient à l'Egypte, et donnent encore aujourd'hui aux Indes et à la Chine, le christianisme a rendu nécessairement les couleurs de l'histoire moins vives. Ces vertus générales, telles que l'humanité, la pudeur, la charité, qu'il a susbstituées aux douteuses vertus politiques ; ces vertus, disons-nous, ont aussi un jeu moins grand sur le théâtre du monde. Comme elles sont véritablement des vertus, elles évitent la lumière et le bruit : il y a chez les peuples modernes un certain silence des affaires qui déconcerte l'historien. Donnons-nous de garde de nous en plaindre; l'homme moral parmi nous est bien supérieur à l'homme moral des anciens. Notre raison n'est pas pervertie par un culte abominable ; nous n'adorons pas des monstres; l'impudicité ne marche pas le front levé chez les chrétiens; nous n'avons ni gladiateurs ni esclaves. Il n'y a pas encore bien longtemps que le sang nous faisait' horreur. Ah I n'envions pas aux Romains leur Tacite, s'il faut l'acheter par leur Tibère !

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