QUATRIÈME PARTIE
Aie égard à sa contrition, reçois ses larmes, soulage ses douleurs ».
Ensuite il lisait le psaume In te, Domine :
« Seigneur, je me suis retiré vers toi, délivre-moi par ta justice ».
Quand on se rappelle que c'étaient presque toujours des misérables que le prêtre allait visiter ainsi, sur la paille où ils étaient couchés, combien ces oraisons chrétiennes paraissent encore plus divines !
Tout le monde connaît les belles prières des Agonisants. On lit d'abord Toraison Proficiscere : Sortez de ce monde, âme chrétienne ; ensuite cet endroit de la Passion : En ce tempslà, Jésus étant sorti, s'en alla à la montagne des Oliviers, etc.; puis le psaume Miserere mei; puis cette lecture de l'Apoealypse : En ces jours-là fai vu des morts, grandes et petits^ qui comparurent devant le trône, etc.; enfin la vision d'Ezéchiel : La main du Seigneur fut sur moi, et m'ayant mené dehors par Vesprit du Seigneur, elle me laissa au milieu d'une campagne qui était couverte d'ossements. Alors le Seigneur me dit : Prophétise à l'esprit ; fils de l'homme, dis à l'esprit : Venez des quatre vents, et soufflez sur ces morts, afin qu'ils revivent, etc.
Pour les incendies, pour les pestes, pour les guerres, il y avait des prières marquées. Nous nous souviendrons toute notre vie d'avoir entendu lire, pendant un naulVa^re où nous nous trouvions nous-même engagé, le psaume Confitemini Domino : « Confessez-le Seigneur, parce qu'il est bon... ».
« Il commande, et le souffle de la tempête s'est élevé, et les vagues se sont amoncelées... Alors les mariniers crient vers le Seigneur, dans leur détresse, et il les tire de danger ».
« Il arrête la tourmente, et la change en calme, et les flots de la mer s'apaisent ».
Vers le temps de Pâques, Jérémie se réveillait dans la poudre de Sion pour pleurer le Fils de l'homme. L'Eglise empruntait ce qu'il y a de plus beau et de plus triste dans les Pères et dans la Bible, afin d'en composer les chants de cette semaine consacrée au plus grand des mystères, qui est aussi la plus grande des douleurs. Il n'y avait pas jusqu'aux litanies qui n'eussent des cris ou des élans admirables ; témoins ces versets des litanies de la Providence :
« Providence de Dieu, consolation de Tâme pèlerine ; « Providence de Dii^u, espérance du pécheur délaissé; « Providence de Dieu, calme dans les tempêtes; « Providence de Dieu, repos du cœur, etc.;
« Ayez pitié de nous ».
Enfin nos cantiques gaulois, les noëls mêmes de nos aïeux, avaient aussi leur mérite; on y sentait la naïveté et comme la fraîcheur de la foi. Pourquoi, dans nos missions de campagne, se sentait-on attendri, lorsque des laboureurs venaient à chanter au saiut :
« Adorons tous, ô mystère ineffable !
« Un Dieu caché, etc. ».
C'est qu'il y avait dans ces voix champêtres un accent irrésistible de vérilé et de conviction. Les noëls, qui peignaient les scènes rustiques, avaient un tour plein de grâce dans la bouche de la paysanne. Lorsque le bruit du fuseau accompagnait ses chants, que ses enfants, appuyés sur ses genoux, écoutaient avec une grande attention l'histoire de l'enfant Jésus et de sa crèche, on aurait en vain cherché des airs plus doux et une religion plus convenable à une mère.