QUATRIÈME PARTIE
quand on vint à réfléchir sur l'ordre des choses divines, on s'aperçut de l'insuffisance du sacrifice matériel; on comprit que le sang des boucs et des génisses ne pouvait racheter un être intelligent et capable de vertu. On cliercha donc une hostie plus digne de la nafure humaine. Déjà les philosophes enseignaient que les dieux ne se laissent point toucher par des hécatombes, et qu'ils n'acceptent que ToiTrande d'un cœur humilié : Jésus-Christ confirma ces notions vagues de la raison. L'Agneau mystique, dévoué pour le salut universel, remplaça le premier-né des brebis; et à riramolation de l'homme physique fut à jamais substituée l'immolation des passions, ou le sacrifice de fhomme moral.
Plus on approfondira le christianisme, plus on verra qu'il n'est que le développement de lumières naturelles, et le résultat nécessaire delà vieillesse de la société. Qui pourrait aujourd'hui souffrir le sang infect des animaux autourd'un autel, et croire que la dépouille d'un bœuf rend le ciel favorable à nos prières? Mais l'on conçoit fort bien qu'une victime spirituelle, oiferte chaque jour pour les péchés des hommes, peut être agréable au Seigneur.
Toutefois, pour la conservation du culte extérieur, il fallait un signe, symbole de la victime morale. Jésus-Christ, avant de quitter la terre, pourvut à la grossièreté de nos sens, qui ne peuvent se passer de l'objet matériel : il institua l'Eucharistie, où, sous les espèces visibles du pain et du vin, il cacha l'offrande invisible de son sang et de nos cœurs. Telle est l'explication du sacrifice chrétien; explication qui ne blesse ni le bon sens, ni la philosophie; et si le lecteur veut la méditer un moment, peut-être lui ouvrira-telle quelques nouvelles vues sur les saints abîmes de nos mystères.