SCULPTURE
A quelques différences près qui tienpent à la partie technique de l'art, ce que nous avons dit de la peinture s'applique également à la sculpture.
La statue de Moïse, par Michel-Ange, à Rome; Adam et Eve, par Baccio, à Florence; lo groupe du Vœu de Louis XIII, par Coustou, à Paris; le saint Denis, du même; le tombeau du cardinal de Riciielieu, ouvrage du double génie de Le Brun et de Girardon; le monument de Colbert, exécuté d'après le dessin de Le Brun, par Coyzevox etTuby; le Christ, la Mère de pitié, les huit Apôtres de Bouchardon, et plusieurs autres statues du genre
' Vovpz h notp K , à la fin du volume.
pieux, montrent que le christianisme ne sauroit pas moins animer le marbre que la toile.
Cependant il est à désirer que les sculpteurs ban ; dissent à l'avenir de leurs compositions funèbres ces squelettes qu'ils ont placés au monument : ce n'est point là le génie du christianisme, qui peint le trépas si beau pour le juste.
Il faut également éviter de représenter des cadavres* (quel que soit d'ailleurs le mérite de l'exécution), ou l'humanité succombant sous de longues infirmités^. Un guerrier expirant au champ d'honneur dans la force de l'âge peut être superbe, mais un corps usé de maladies est une image que les arts repoussent, à moins qu'il ne s'y mêle un miracle, comme dans le tableau de saint Charles Borroraée^. Qu'on place donc au monument d'un chrétien, d'un côté, les pleurs de la famille et les regrets des hommes; de l'autre, le sourire de l'espérance et les joies célestes : un tel sépulcre, des deux bords duquel on verroit ainsi les scènes du temps et de l'éternité, serolt admirable. La mort pourroit y paroître , mais sous les traits d'un ange à la fois doux et sévère ; car le tombeau du juste doit toujours faire s'écrier avec saint Paul : O niortl où est ta victoire? qu as-tu fait de ton aiguillon^?
• Comme aux mausolées de François !«' et d'Anne de Bretagne.
' Comme au tombeau du duc d'Harcoui't.
î La peinture souffre plus facilement la représentation du ca davre que la sculpture, parce que dans celle-ci le marbre, offran» des forces palpables et glacées, ressemble trop à la vérité,
■* / Cor., chap. xv, v. 55.