‹ Le génie du christianismeChapitre 37 sur 103 · CG · texte numérisé non relu

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tête, la corde au cou, humble victime dévouée pour le salut du troupeau.

Mais le peuple ne nourrissait point la crainte de ces fléaux, quand il avait sous son toit le Christ d’ébène, le laurier bénit, l’image du saint protecteur de la famille. Que de fois on s’est prosterné devant cesreliques, pour demander des secours qu’on n’avait point obtenus des hommes |

C’est dans les grands événements de la vie que les coutumes religieuses offrent aux malheureux leurs consolations. Nous avons été une fois spectateur d’un naufrage, En arrivant sur la grève, les matelots dépouillèrent leurs vêtements et ne conservèrent que

leurs pantalons etleurs chemises mouillées. Ils avaient fait un vœu à la Vierge pendant la tempête. Ils se rendirent en procession à une petite chapelle dédiée à saint Thomas. Le capitaine marchait à leur tête, et le peuple suivait en chantant avec eux l’Ave, maris stella. Le prêtre célébra la messe des naufragés, et les matelots suspendirent leurs habits trempés d’eau de mer, en ex-voto, aux murs de la chapelle. La philosophie peut remplir ses pages de paroles magnifiques, mais nous doutons que les infortunés viennent jamais suspendre leurs vêtements à son temple.

La mort, si poétique parce qu’elle touche aux choses immortelles, si mystérieuse à cause de son silence, devait avoir mille manières de s’annoncer pour le peuple. Tantôt un trépas se faisait prévoir par les tintements d’une cloche qui sonnait d’ellemême, tantôt l’homme qui devait mourir entendait frapper trois coups sur le planche: de sa chambre. Une religieuse de Saint-Benoît, près de quitter la terre, trouvait une couronne d’épine blanche sur le seuil de sa cellule. Une mère perdait-elle un fils dans un pays lointain, elle en était instruite à instant par ses songes. Ceux qui nient les pressentiments ne con-

naîtront jamais les routes secrètes par où deux cœurs quis’aiment communiquent d’un bout dumorde à l’autre. Souvent le mort chéri, sortant du tombeau, se présentait à son ami, lui recommandait de dire des prières pour le racheter des flammes et le conduire à la félicité des élus. Aïnsi la religion avait feit partager à l’amitié le beau privilége que Dieu a de donner une éternité de bonheur.

Des opinions d’une espèce différente, mais toujours d’un caractère religieux, inspiraient l'humanité : elles sont si naïves qu'elles embarrassent l'écrivain. Toucher au nid d’une hirondelle, tuer un rouge-corge, un roitelet, un grillon, hôte du foyer champètre, un chien devenu caduc au service de la famille, c'était une sorte d’impiété qui ne manquait point, disait-0n, d'attirer après soi quelque malheur. Par un admirable respect pour la vieillesse, on croyait que les personnes âgées étaient d’un heureux augure dans une maison, et qu’un ancien domestique portait bonheur à son maître. On retrouve ici quelques traces du culte touchant des lares, et l’on se rappelle la fille de Laban emportant ses dieux paternels.

Le peuple était persuadé que nul n ecommet une méchante action sans se condamner éavoir le reste de sa vie d’effroyables apparitions à ses côtés. L’antiquité, plus sage que nous, se ser aitdonné de garde de détruire ces utiles harmonies de la religion, de la conscience et de la morale. Elie n'aurait point rejeté cette autre opinion par laquelle il était tenu pour certain que tout homme qui jouit d’une prospérité mal acquise a fait un pacte avec l'esprit des ténèbres et légué son âme aux enfers.

Enfin les vents, les pluies, les soleils, les saisons, les cultures, les arts, la naissance, l’enfance, l’hymen, la vieillesse, la mort, tout avait ses saints ei ses images, et jamais peuple ne fut plus environnt

de divinités amies que ne l'était le peuple chrétien.

li ne s'agit pas d'examiner rigoureusement ces croyances. Loin de rien ordonner à leur sujet, la religion servait au contraire à en prévenir l'abus et à en corriger l'excès. Il s’agit seulement de savoir si leur but est moral, si elles tendent mieux que les lois elles-mêmes à conduire la foule à la vertu. Et quel homme sensé peut en douter ? À force de déclamer contre la superstition, on finira par ouvrir la voie à tous les crimes. Ce qu’il y aura d'étonnant pour les sophistes, c’est qu'au milieu des maux qu'ils auront causés ils n’auront pas même la satisfaction de voir le peuple plus incrédule. S'il cesse de soumettre son esprit à la religion, il se fera des opinions monstrueuses. Il sera saisi d'une terreur d'autant plus étrange qu'il n’en connaîtra pas l’objet : il tremblera dans un cimetière où il aura gravé que la mort est un sommeil éternel; et, en affectant de mépriser la puissance divine, il ira interroger la bohémienne ou chercher ses destinées dans les bigarrures d’une carte.

Il faut du merveilleux, un avenir, des espérances, à l'homme, parce qu’il se sent fait pour l’immortalité. Les conjurations, la nécromancie, ne sont chez le peuple que l’instinct de la religion, et une des preuves les plus frappantes de la nécessité d’un culte. On est bien près de tout croire quand on ne croit rien; on a des devins quand on n’a plus de prophètes, des sortiléges quand on renonce aux cérémonies religieuses, et l’on ouvre les antres des sorciers quand on, ferme les temples du Seigneur

CULTIE.

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