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CHAPITRE VII. La Fête-Dicu

Il n’en est pas des fêtes chrétiennes comme des cérémonies du paganisme : on n’y traîne pas en triomphe un bœuf-dieu, un bouc sacré ; on n’est pas obligé, sous peine d’être mis en prison, d’adorer un chat ou un crocodile, ou de se rouler ivre dans les rues, en commettant toutes sortes d'abominations pour Vénus, Flore où Bacchus : dans nos solennités, tout est essentiellement moral. Si l'Eglise en à seulement banni les danses?, c’est qu’elle sait combien de passions se cachent sous ce plaisir en apparence innocent. Le

4. Le Jour des Morts, par de Fontanes. La Harpe à dit que ce sont là vingt des plus beaux vers de la langue française; nous ajouterons qu'ils peignent avec la dernière exactitude le sacrifice chrétien.

2. Elles sont cependant en usage dans quelques pays, comme dans l'Amérique méridionale, parce que parmi les sauvages chrétiens il règne encore une grande innocence.

0 ’,° £ Les Dieu des chrétiens ne demande que les élans du ca"?

et les mouvements égaux d’une âme qui règle le paisible concert des vertus. Et quelle est, par exemple, la solennité païenne qu’on peut opposer à la fête où nous célébrons le nom du Seigneur ?

Aussitôt que l'aurore a annoncé la fête du Roi du monde, les maisons se couvrent de tapisseries de laine et de soie, les rues se jonchent de fleurs, et les cloches appellent au temple la troupe des fidèlés.

Le signal est donné : tout s’ébranle, et la pompe commence à défiler. On voit paraître d'abord les corps qui composent la société des peuples. Leurs épaules sont chargées de l’image des protecteurs de leurs tribus, et quelquefois des reliques de ces hommes qui, nés dans une classe inférieure, ont mérité d’être adorés des rois par leurs vertus : sublime leçon que la religion chrétienne a seule donnée à la terre.

Après ces groupes populaires, on voit s'élever l’étendard de Jésus-Christ, qui n’est plus un signe de douleur, mais une marque de joie. A pas lents s’avance sur deux files une longue suite de ces époux de la solitude, de ces enfants du torrent et du rocher, dont l’antique vêtement retrace à la mémoire d’autres mœurs et d’autres siècles. Le clergé séculier vient apres ces solitaires : quelquefois des prélats, revêtus de la pourpre romaine, prolongent encore la chaîne religieuse. Enfin le pontife de la fête apparaît seul dans le lointain. Ses mains soutiennent la radieuse Eucharistie, qui se montre sous un dais à l’extrémité de la pompe, comme on voit quelquefois le soleil briller, sous un nuage d’or, au bout d'une avenue illuminée de ses feux.

Cependant des groupes d'adolescents marchent entre les rangs de la procession : les uns présentent les corbeilles de fleurs, les autres les vases des par-

.S. Au signal répété par le maître des pompes, les chüïistes se retournent vers l’image du soleil éternel et font voler des roses effeuillées sur son passage. Des lévites en tuniques blanches balancent l’encensoir devant le Très-Haut. Alorsdes chants s'élèvent le long des lignes saintes : le bruit des cloches et le roulement des canons annoncent que le Tout-Puissant a franchi le seuil de son temple. Par intervalles, les voix et les instruments se taiseni, et un silence aussi majestueux que celui des « grandes mers » dans un jour de calme règne parmi cette multitude recueillie : on n'entend plus que ses pas mesurés sur les pavés retentissants.

Mais où va-t-il, ce Dieu redoutable dont les puissances de la terre proclament ainsi la majesté? Il va se reposer sous des tentes de lin, sous des arches de feuillage qui lui présentent, comme au jour de l'ancienne alliance, des temples innocents et des retraites champêtres. Les humbles de cœur, les pauvres, les enfants, le précèdent; les juges, les guerriers, les potentats, le suivent. Il marche entre la simplicité et la grandeur, comme ce mois qu’il a choisi pour sa fête, et il se montre aux hommes entre la saison des fleurs et celle des foudres.

Les fenêtres et les murs de la cité sont bordés d'habitants dont le cœur s’épanouit à cette fête du Dieu de la patrie : le nouveau-né tend les bras au Jésus de la montagne, et le vieillard, penché vers la tombe, se sent tout à coup délivré de ses craintes ; il ne sait quelle assurance de vie le remplit de joie à la vue du Dieu vivant.

Les solennités du christianisme sont coordonnées d’une manière admirable aux scènes de la nature. La fête du Créateur arrive au moment où la terre et le ciel déclarent sa puissance, où les mois et les champs fourmillent de générations nouvelles : tout est uni

par les plus doux liens; il n’y a pas une seule plante veuve dans les campagnes. La chute des feuilles, au contraire, amène la fête des Morts pour l’homme, qui tombe comme les feuilles des bois.

Au printemps, l’Éelise déploie‘dans nos hameaux une autre pompe. La Fête-Dieu convient aux splendeurs des cours, les Rogations aux naïvetés du village. L'homme rustique sent avec joie son âme s'ouvrir aux influences de la religion et sa glèbe aux rosées du ciel : heureux celui qui portera des moissons utiles, et dont le cœur humble s'inclinera sous ses propres vertus, comme le chaume sous le grain dont il est chargé !

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