‹ Le génie du christianismeChapitre 67 sur 103 · BREVET DU ROI · texte numérisé non relu

BREVET DU ROI

« Aujourd’hui, septième de juin mil six cent soixante-dix-neuf, le roi étant à Saint-Germain en Laye, voulant gratifier et favorablement traiter les pères jésuites français missionnaires au Levant, en considération de leur zèle pour la religion et des avantages que ses sujets qui résident et quitrafiquent dans toutes les échelles reçoivent de leurs instructions, Sa Majesté les a retenus et retient pour ses chapelains dans l’église et chapelle consulaire de la ville d'Alep en Syrie, etc. »

COLBERT. Lours.

C'est à ces mêmes missionnaires que nous devons l'amour que les sauvages portent encore au nom français dans les forêts de ’Amérique.Un mouchoir blanc suffit pour passer en sûreté à travers les hordes ennemies et pour recevoir partout l'hospitalité. C’étaient les jésuites du Canada et de la Louisiane qui avaient dirigé l’industrie des colons vers la Culture et découvert de nouveaux objets de commerce pour les teintures et les remèdes. En naturalisant sur notre

sol des insectes, des oiseaux et des arbres étrangers, ils ont ajouté des richesses à nos manufactures, des délicatesses à nos tables et des ombrages à nos boisi.

Ce sont eux qui ont décrit les annales élégantes ou naïves de nos colonies. Quelle excellente histoire que celle des Antilles par le père Dutertre ou celle de la Nouvelle-France par. Charlevoix! Les ouvrages de ces hommes pieux sont pleins de toutes sortes de sciences : dissertations savantes, peintures de mœurs, plans d'améliorations pour nos établissements, objets utiles, réflexions morales, aventures intéressantes, tout s’y trouve; l’histoire d’un acacia ou d’un saule de la Chine s’y mêle à l’histoire d’un grand empereur réduit à se poignarder, et le récit de la conversion d’un paria à un traité sur les mathématiques des brames. Le style de ces relations, quelquefois sublime, est souvent admirable par sa simplicité. Enfin, le$ missions fournissaient chaque année à l'astronomie, et surtout à la géographie, de nouvelles lumières. Un jésuite rencontra en Tartarie une femme huronne qu’il avait connue au Canada : il conclut de cette étrange aventure que le continent de l'Amérique se rapproche au nord-ouest du continent de Asie, et il devina ainsi l'existence du détroit qui longtemps après a fait la gloire de Bering et de Cook. Une grande partie du Canada et toute la Louisiane avaient été découvertes par nos missionnaires. En appelant au christianisme les sauvages de l’Acadie, ils nous avaient livré ces côtes où s’enrichissait notre commerce et se formaient nos marins : telle est une

1. Deux moines, sous le règne de Justinien, apportèrent du Serinde des vers à soie à Constantinople. Les dindes et plusieurs arbres et arbustes étrangers naturalisés en Europe sont dus à des missionnaires.

faible partie des services que ces hommes, aujourd’hui si méprisés, savaient rendre à leur pays.

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