CHAPITRE L
Immensité des bienfaits du christianisme.
Ce ne serait rien connaître que de connaître vaguement les bienfaits du christianisme : c’est le détail de ses bienfaits, c’est l’art avec lequel la religion a varié ses dons, répandu ses secours, distribué ses trésors, ses remèdes, ses lumières ; c’est ce détail, c’est cet art qu'il faut pénétrer. Jusqu’aux délica-
tesses des sentiments, jusqu'aux amours-propres, jusqu'aux faiblesses, la religion a tout ménagé en soulageant tout. Pour nous, qui depuis quelques années nous occupons de ces recherches, tant de traits de charité, tant de fondations admirables, tant d’inconcevables sacrifices, sont passés sous nos yeux, que nous croyons qu'il y a dans ce seul mérite du christianisme de quoi expier tous les crimes des hommes : culte céleste, qui nous force d'aimer cette triste humanité qui le calomnie.
Ce que nous allons citer est bien peu de chose, et nous pourrions remplir plusieurs volumes de ce que nous rejetons ; nous ne sommes pas même sûr d’avoir choisi ce qu’il y a de plus frappant; mais dans l’impossibilité de tout décrire, et de juger qui l'emporte en vertu par un si grand nombre d'œuvres charitables, nous recueillons presque au hasard ce que nous donnons ici.
Pour se faire une idée de l’immensité des bienfaits de la religion, il faut se représenter la chrétienté comme une vaste république, où tout ce que nous rapportons d'une partie se passe en même temps dans une autre. Ainsi, quand nous parlerons des hôpitaux, des missions, des colléges de la France, il faut aussi se figurer les hôpitaux, les missions, les colléges de l'Italie, de l'Espagne, de l’Allemagne, de la Russie, de l'Angleterre, de l'Amérique, de l’Afrique et de l'Asie; il faut voir deux cents millions d'hommes, au moins, Chez qui se pratiquent les mêmes vertus et se font les mêmes sacrifices; il faut se ressouvenir qu'il y a dix-huit cents ans que ces vertus existent, et que les mêmes actes de charité se répètent : caleulez maintenant, si votre esprit ne s'y perd, le nombre d'individus soulagés et éclairés par de christianisme, chez tant de nations, et pendant une aussi longue suite de siècles !