AVERTISSEMENT
Cette édition de l'opuscule d'E. Bishop a paru successivement^ en trois morceaux^ dans La Vie et les Arts Liturgique (Fé{>rier^ Mai, Juin 1919), On a pensé qu'il était oppoi^tun d'en donner un nouveau tirage, en vue d'un public plus nombreux et pour permettre au lecteur d'apprécier mieux l'unité de l'ensemble, A cette occasion, diverses retouches ont été apportées au texte et plusieurs notes complétées,
19 Février 1920.
Cette « lecture », qui est probablement^ sous un titre heureux^ l'exposé le plus suggestif qu'on ait encore fait de la liturgie et de la messe romaines^ et l'aperçu le plus judicieux qu'on ait présenté de leur histoire^ fut donnée par E. Bis hop dans une séance de la « Société de Recherche Historique », au palais archiépiscopal de Westminster^ le 8 mai 1899 -
L'éminent savant anglais poursuivait depuis une trentaine d'années^ solitaire et de santé médiocre^ — mais passionné^ soutenu par une foi profonde^ remarciuablement doué pour les travaux d' archéologie et d'histoire^ - — l'examen des nombreux et délicats problèmes qui se posent à propos des rites des Eglises d'Orient et d'Occident ^ . Il venait, en particulier, d'éclaircir par une étude directe des textes les principales
1. L'éditeur de la Downside Review a consacré à la personnalité et à l'œuvre d'E. Bis hop (f 19 février 1917) le. fascicule d'octobre 1917 de ce périodique. On trouvera notamment dans ce numéro un article de Son Éniinence le Cardinal Gasquet^ qui honorait E. Bishop de son amitié.
obscurités qui entourent le développement des liturgies latines au cours des premiers siècles du moyen âge, La conférence offre ^ sous une forme populaire,, un résumé des conclusions auxquelles V auteur était dès lors arrivé^ et dont quelques-unes furent ensuite présentées avec plus de détail dans des mémoires techniques.
Le texte fut publié dans les pages du Weekly Register (mai 1899), dont on mit en vente les exemplaires au prix d'un penny (10 centimes). Une seconde édition parut à Londres en 1902 (P. E, Robinson, Great Russel Street). Une nouvelle réimpression fut comprise dans la Library of Liturgiology and Ecclesiology (coU lection anglicane dirigée par le Dr. Vernon Staley), vol. IV, 190^ (Essays on Cérémonial). Vimposant volume des Liturgica Historica (Oxford, 1918), dont E. Bishop put revoir luimême les dernières épreuves, donne une édition définitive du paper, mais du reste assez peu différente du texte premier. L auteur estimait donc, au terme de sa carrière, quil n avait pas de retouches sérieuses à apporter au tableau précédemment tracé. Quoi quil en soit, c'est
une adaptation française de l'édition de 1918 qu'on trouvera ci-dessous^ avec le consentement des Délégués de la Clarendon Press, J'ajoute que le projet de faire connaître en France l'étude d'E. Bishop avait été formé dès 191i et quil avait reçu Vapprohation du savant liturgiste. Ses héritiers littéraires^ les Bénédictins de Downside Abbey,, ont bien voulu m' assurer qu'ails verraient eux aussi avec plaisir une édition française du « Génie du Rit romain » .
J'ai annoncé une adaptation. Il n'a pas semblé désirable., en effet., de donner une traduction pure et simple., laquelle eût été., peut-être., une tâche plus facile. E. Bishop., qui appréciait le tempérament français et maniait lui-même notre langue avec aisance., était foncièrement et réso-^ lument Anglais — ou., comme il disait volontiers.^ <( insulaire » — ciuitte à confesser les inconvénients de cette attitude un peu farouche. S' adressant à ses compatriotes., qu il jugeait assez mal préparés à recevoir V enseignement de la liturgie traditionnelle., il s'est exprimé de manière à être entendu d'eux., à retenir leur attention et à les intéresser., sans toutefois se soucier beaucoup
de régler la marclie de son discours. Nous avons d'autres besoins et d'autres goûts. Voici donCy'en peu de mols^ comment fcii -compris mon rôle d'interprète, Cest une explication que je dois au lecteur.
Je me suis efforcé toujours de garder la pensée de l'auteur^ dans Vintimité duquel il me sera permis de dire ici que fai vécu durant une dizaine d'années» Mais j'ai voulu rendre intelligible au public français^ et tout d'abord aux fidèles,, à tous ceux qui dans notre pays aiment la liturgie et en alimentent leur vie spirituelle^ ce « tract » de quelques pages,, plus capable que de gros volumes de donner V intelligence et le goût du culte catholique,, et aussi des lumières sur son histoire. Par suite,, tout en m' attachant scrupuleusement au texte original,, j'ai pris le parti d'écarter toutes les formes du discours à la « première personne y) et quelques traits directement appropriés à l'auditoire anglais. En outre,, f ai précisé le sens,, et quelque peu appuyé,, chaque fois quil m'a paru utile deHe faire,, pour rendre le sujet plus clair et plus facile ; j'ai ajouté,, à l'occasion,.
quelques notes ^ , aussi peu érudites que pos' sible ; enfiny fai partagé avec soin la matière^ introduit des titres et multiplié les paragra-phes. Bref^ fai opéré^ le mieux que fai pu^ une transposition des pages anglaises à l'usage des Français^ dans le sens français^ — sans me flatter pourtant d^y avoir réussi ; il reste^ en maints passages^ des longueurs^ voire ^ si je puis dire^ des lourdeurs y que je n^ ai pas su éviter et qui mL affligent. Je ne me suis d'ailleurs chargé de ce travail que dans la conviction où j'étais de réaliser ainsi un vœu de mon vénérable ami et de rendre en même temps service au i< peuple chrétien » ^ .
A, WILMART.
SAINT-MICHEL DE FARNBOROUGH, LE 1-' NOVEMBRE i918.
1. Ces notes sont placées à la fin du volume et distinguées ainsi des propres notes, peu nombreuses d'ailleurs, d*E. Bishop.
Les chiffres en caractère moyen de même corps que le texte correspondent aux notes de la fin du volume ; les chiffres en petit caractère correspondent à celles du bas des pages.
2. La traduction du w Génie du Rit romain » était achevée et toute Vannoîation écrite, lorsque nous avons reçu les Leçons
sur la Messe de Mgr Baliff'ol, Cel ouvrage, qui est un commentaire de la messe romaine à l'usage du « grand public », traite en partie^ avec plus de développements^ le sujet dont E. Bishop donne seulement Vesquisse. Celle-ci, dans la sobriété de ses lignes et en raison de Vaulorité dont jouit son auteur^ méritera toujours^ croyons-nous, d'être lue et relue. Les notes qu'il avait semblé opportun d'ajouter au texte feront souvent double emploi avec les observations de Mgr Batiffol. On s*est décidé néanmoins à les maintenir, pour permettre au lecteur d'E, Bishop de s'orienter tout de suite au milieu des problèmes dont le texte donne seulement la clé. Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer les points sur lesquels E, Bishop se serait cru obligé de garder un autre avis que celui du distingué prélat. Ces points ne sont pas négligeables, tant s'en faut ; mais au bout du compte, ils sont affaire de pure science et concernent presque exclusivement Vhistoire littéraire des anciens missels romains, histoire qui demeure à V arrière-plan du commentaire lui-même. De celui-ci, nous n'avons pas à faire l'éloge. Nous n'avons pas non plus à rappeler les services qu'ont rendus dans le passé et que rendent toujours, non seulement aux fidèles, mais aux érudits, deux autres livres excellents : L'Année Liturgique de Dom Guéranger et La Prière Antique de Dom Cabrol. Il suffit, au début d'une modeste publication, de mentionner ces titres, auxquels, sans prétendre à fixer les mérites de chacun, c'est un devoir de stricte justice de joindre Les Origines du Culte Chrétien de Mgr Duchesne.
On a beaucoup parlé, depuis cinquante ou soixante ans (1), des origines du rit romain (2), de ses rapports avec les autres familles liturgiques, de son expansion, de son histoire. On a beaucoup écrit sur tout cela, non sans érudition. On s'est aussi beaucoup disputé à ce propos dans certains milieux, voire avec fièvre. Mais encore, tout compte fait, après tant de travaux et une si grande dépense de zèle, on ne saurait dire qu'une connaissance réelle du sujet ait été acquise.
Une connaissance réelle et solide, c'est celle qui pourrait s'offrir à tout homme cultivé, point spécialiste en la matière, et simplement désireux d'avoir quelque notion précise touchant le caractère de la liturgie romaine, en regard
des autres rits qu'a produits le christianisme, — soucieux de connaître, en particulier, les raisons de, son succès, de sa diffusion définitive par tout rOccident, et de la disparition parallèle de ces rits.
On a entassé volumes sur volumes, tous pleins de science, élaboré théories après théories ; et cependant cette remarque d'un éminent historien, au courant de toutes les finesses de la critique, n'est que trop fondée : « Au cours de mes études sur les premiers siècles du moyen âge, je me suis assez souvent trouvé, pour mieux comprendre l'histoire générale, dans la nécessité de me renseigner au sujet de la liturgie chrétienne ; je me suis reporté aux ouvrages autorisés, et j'avoue avoir été incapable de les entendre, ou de mettre leur enseignement d'accord avec les résultats des méthodes d'enquêtes admises maintenant par tout le monde (3) ».
Ces réflexions préliminaires sont de nature, peut-être, à impressionner défavorablement le lecteur. Il n'en reste pas moins que la liturgie est un sujet d'un intérêt souverain, un sujet
que tout catholique instruit devrait pouvoir approfondir. Or, on a le droit de Taffirmer malgré tout, rîiistoire du culte chrétien est susceptible d'une exposition simple et rationnelle. D'ailleurs, la question envisagée présentement est beaucoup plus restreinte ; c'est celle du génie du rit romain.
Le « génie du rit romain », qu'est-ce à dire? — Quelqu'un, il y a fort longtemps, a parlé du génie « fils des dieux et père des hommes » (4). C'est en ce sens que nous parlons nous-mêmes du génie des peuples, du génie français, anglais, italien. Nous entendons par là une réalité quelque peu intangible et indéfinissable sans doute, mais permanente et parfaitement saisissable, un esprit particulier et distinctif, se manifestant dans tous les faits et gestes d'une nation, dans son histoire ainsi que dans sa littérature, déterminant le caractère de l'une et de l'autre, affectant le caractère même de sa pensée, en un mot un esprit « caractéristique ».
Une enquête sur le génie du rit romain est.
par suite, un effort pour atteindre et pour reconnaître l'esprit particulier, natif, qui anime et pénètre ce rit, qui le différencie par conséquent des autres rits, du rit gallican et du wisigothique, des divers rits grecs ou orientaux. Si Ton peut donc atteindre cette réalité et la mettre en lumière, un grand pas aura été fait, évidemment, pour arriver à comprendre comment le rit romain a réussi à gagner, dans les Églises d'Occident, une faveur si générale, qu'il a fini par en évincer tous les autres rits ; et nous disons bien : tous les autres rits, car le rit « ambrosien » de la province de Milan est en réalité romain pour le fond. Il est vrai, certains esprits sont enclins à expliquer tout changement de ce genre par un acte pur et simple d'autorité. Mais, si l'on a égard à l'histoire, ce n'est pas de cette façon, habituellement, que les grands changements s'accomplissent en ce monde. A regarder d'un peu près, on constate généralement que c'est encore l'humaine raison qui joue le rôle principal dans les révolutions d'ici-bas (5).
Notre premier soin doit être de recourir, non pas aux monuments du passé, lesquels ne sont guère à la portée que des érudits, mais bien aux livres officiels et autorisés, actuellement en usage, et qui sont familiers à tous les fidèles, au Missel en particulier, le plus important de ces livres.
Le Missel en main, et parcourant la série des messes pour Tannée ecclésiastique ou bien la série des messes votives, un lecteur attentif, sans théories en matière liturgique, et qui se contente de noter les faits obvies, ne saurait manquer de percevoir les différences qui existent, tant pour le fond que pour la forme, dans un grand nombre de prières qu'il a sous les yeux.
Voici un exemple qui rendra sensible, pensons-nous, la portée de cette remarque. Ce n'est d'ailleurs pas un cas extraordinaire, et nous le choisissons précisément pour cette raison.
Il s'agit, d'une part, des oraisons — Collecte, Secrète et Postcommunion — pour la Commémoraison de tous les Fidèles Défunts, célébrée le 2 novembre, et d'autre part, des oraisons correspondantes « pour les vivants et les morts », qui sont récitées chaque jour en Carême à partir du Mercredi des Cendres (6).
Collecte
Dieu créateur et rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés : afin que par de pieuses supplications (7) ils obtiennent l'iiulul-
Dieu tout-puissant et éternel, qui régnez tant sur les vivants que sur les morts, et êtes miséricordieux à tous ceux que d'avance vous savez être vôtres par la foi et les oeuvres : nous vous implorons et supplions,
gence qu'ils ont toujours afin que ceux pour lesdésirée (8). quels nous avons décidé
de répandre des prières, et que le siècle présent retient encore dans la chair ou que le (siècle) futur a déjà recueillis dépouillés de leur corps, puissent, par l'intercession de tous vos saints, grâce à la clémence de votre piété, obtenir le pardon de tous leurs délits (9).
Secrète
Daignez, Seigneur, regarder favorablement les hosties que nous vous offrons pour les âmes de vos serviteurs et de vos servantes : afin que, comme vous leur avez conféré le mérite de la foi chrétienne, vous leur en donniez aussi la récompense (10).
Dieu de qui seul est connu le nombre des élus qui doivent être placés dans la félicité d'en haut : daignez accorder que, par l'intercession de tous vos saints, les noms de tous ceux qui nous ont été recommandés et que nous avons compris
dans notre prière, ainsi que les noms de tous les fidèles, demeurent inscrits dans le livre de la bienheureuse prédestination (11).
Postcommunion
Puisse aux âmes — Puissent nous purifier, nous le demandojis, nous le demandons, Seigneur — de vos ser- Dieu tout-puissant et viteurs et de vos servan- miséricordieux, les sates être profitable la crements que nous avons prière de ceux qui vous reçus ; et, par l'intercessupplient : afin que vous sion de tous vos saints, les débarrassiez de tous faites que votre sacreleurs péchés et que vous ment ne soit pas pour les fassiez participer à nous une accusation en votre rédemption (12). vue d'un châtiment,
mais une intercession salutaire en vue du pardon ; qu'il soit l'ablution de nos crimes, qu'il soit la force des faibles, qu'il soit une protection contre tous les dangers du monde, qu'il soit la rémission de tous les délits des fidèles vivants et morts (13).
Il suffit de lire ou d'entendre ces prières pour saisir la différence qui se manifeste de part et d'autre, quant à l'esprit, aux sentiments et au tour des idées. D'un côté, les idées sont aussi simples et élémentaires que l'expression est pleine et précise ; c'est un pur exposé,
et où rimagination n'entre pas. De l'autre côté, nous nous trouvons proprement dans un autre monde : dans le vague et au milieu de figures, comme avec « le livre de la bienheureuse prédestination » ; mais en même temps, au milieu d'idées théologiques, nées de la réflexion et de la spéculation chrétiennes, comme avec « le nombre des élus » et avec ce membre de phrase : (( ceux que d'avance vous savez qui seront vôtres par la foi et les œuvres ». Et, si l'on prend garde à l'expression, « les âmes de vos serviteurs (défunts) », comme il était dit tout à l'heure dans la Collecte, sont appelées maintenant : « ceux que le siècle futur a déjà reçus dépouillés de leur corps » ; de même, dans la Postcommunion, la brève demande que les fidèles défunts soient délivrés de leurs péchés et admis à la rédemption prend la forme d'une véritable litanie.
Devant ces différences, il n'y a pas lieu, peutêtre, de dire tout de suite : Ceci est romain, cela n'est pas romain ; ni même, de déclarer
que les deux séries d'oraisons n'auraient pas ^Y>^ être écrites par un ^ seul et même auteur. Ce qu'on peut dire à tout le moins, c'est qu'en fait, la disposition d'esprit de l'écrivain, sa pensée, ses sentiments, et par suite enfin son style, ont dû être tout à fait différents dana l'une et l'autre occasion ; en d'autres termes^ que la différence est aussi considérable et aussi sensible qu'entre le style de Montesquieu, par exemple, et celui de Chateaubriand (14).
Que si l'on dépasse maintenant le Paroissien Romain, et si l'on prend la peine de suivre la trace de ces deux groupes de formules dans les livres anciens aussi loin qu'il est possible de remonter, on constate en effet que l'un de& groupes provient d'un livre qui est certainement romain pour l'ensemble des prières qu'il renferme (15), et que l'autre procède au contraire d'un milieu qui n'est pas romain (16) et peut être appelé à l3on droit « gallican » (17). Toute k question prend ainsi un nouvel aspect, et l'on entrevoit la possibilité d'une investigation historique du sujet.
Le précédent exemple, comme nous l'avons fait remarquer, a été choisi à dessein dans les pages mômes du Missel Romain, parce qu'il ne présente pas un cas extrême de contraste. Pour faire saisir, cependant, toute la différence des « génies » liturgiques, il est avantageux de comparer entre elles une Préface romaine et la Préface correspondante de l'ancien rit wisigothique d'Espagne ou rit « mozarabe ».
Lisons l'admirable Préface du Missel Romain pour la fête de la Pentecôte :
« Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire que nous vous rendions grâces toujours et en tous lieux. Seigneur saint, Père tovit-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ Notre-Seîgneur : lequel, s'élevant au-dessus de tous les cieux et siégeant à votre droite, a répandu en ce même jour l'Esprit-Saint promis sur les fils d'adoption. Aussi, c'est avec des transports de joie que le monde tout entier 1 exulte ; tout de même que
1. Toius in orbe terrarum mundus. Les prières dans lesquenes s'exprime le génie romain sont vraiment difficiles à traduire. Les siècles passés ont produit, sous ce rapport,
les Vertus d*en haut et les Puissances angéliques chantent d'accord Fhymne de votre gloire, disant sans cesse : Saint, saint, saint le Seigneur Dieu des Armées... (19) »
Or, Ton ne saurait manquer d'être tout de suite frappé de ce fait bien caractéristique : tandis que notre liturgie romaine n'a besoin que d'une dizaine de lignes pour commémorer dans sa Préface le grand mystère de la Pentecôte, la Préface wisigothique qui traite le même sujet est sept ou huit fois plus longue. Il serait fastidieux de la traduire d'un bout à l'autre. Voici le commencement et la fin, qui suffiront à montrer le contraste des deux formules :
« Il est digne et juste, Dieu tout-puissant, dans la mesure où c'est possible à Thomme, de confesser vos grâces et vos bienfaits et de célébrer toujours par une commérnoraison anniversaire le don du salut éternel accordé en ce même jour. En
des essais qui sont des chefs-d'œuvre. Mais ceux-là même, dans toute leur beauté d'autrefois, ne parviennent pas à satisfaire complètement les oreilles délicates (18).
effet, au sujet de ravènement de votre Esprit-Saint, qui donc aurait l'audace de se taire, alors que par vos Apôtres il n'est pas une seule langue, même parmi les nations barbares, qui se taise ? Mais qui peut raconter la descente de ce feu qui eut lieu ce jour-ci ?... (20) ))
La prière se poursuit et, par un long détour, en arrive à ce thème — qu'elle développe — que la variété des langues employées par les fidèles ne fait pas tort à l'unité de la foi. Puis elle se met à parler du sens mystique des sept semaines ou cinquante jours du temps pascal et finit par revenir à l'idée de l'unité de foi dans la catholicité. Elle s'achève ainsi :
(( 0 feu qui fécondes en brûlant et multiplies en fécondant ! C'est ce feu que toute la création raisonnable, vivifiée, désigne comme le Seigneur tout-puissant. C'est aussi de ce feu que les Chérubins et les Séraphins sont animés d'une manière plus complète; ils tiennent de lui la mission spéciale de magnifier l'égalité de la divine sainteté et la toutepuissance de la Trinité ; sans repos et sans trêve dans l'accomplissement de leur office, parmi les
chœurs des armées célestes, avec une jubilation continuelle ils chantent, adorent et magnifient, disant : Saint, saint, saint le Seigneur des Armées... (21) »
Des prières de ce genre, versant dans l'insignifiance et le verbiage à roccasion môme des plus augustes mystères de la foi, ne manquent pas dans les anciens livres gallicans et espagnols. Lus à loisir dans le calme du cabinet de travail ou étudiés dans une salle de bibliothèque, ces recueils sont d'un extrême intérêt ; ils renferment d'ailleurs des morceaux magnifiques. Mais, pris pour ce qu'ils sont en réalité, ou plutôt pour ce qu'ils ont été, — les organes réguliers d'une liturgie vivante, un ensemble de prières récitées ou chantées en public, — ils ne se présentent pas seulement comme le produit d'un âge décadent, voire barbare ; ils révèlent un état d'esprit, un « génie » qui ne nous semble pas le plus propre à l'expression liturgique du sens chrétien, accoutumés que nous sommes depuis si longtemps à la sobriété des oraisons romaines.
Le Missel Romain lui-même, il est vrai, n'est pas tout à fait dépourvu de pièces semblables aux compositions « gallicanes » les mieux caractérisées. Telle, notamment, la troisième formule pour la bénédiction des Rameaux, qui débute à la manière d'une simple Collecte (22), puis se perd dans une instruction formelle sur le sens mystique de la cérémonie : « les rameaux de palmiers signifient donc le triomphe du Christ (23) ». C'est là un exposé qui serait parfaitement de mise dans un discours aux foules, mais qui ne convient sûrement plus, d'après un sentiment que tout le monde partage de nos jours, à une prière que l'on adresse à Dieu. Aussi bien, le style de ce morceau correspond exactement à celui des Préfaces qu'on rencontre dans les anciens missels de France et d'Espagne ; et c'est une nouvelle preuve que le Missel Romain, fixé d'une manière à peu près définitive depuis des siècles et, pour ainsi dire, stéréotypé, n'est pas d'une seule venue, si habitués que nous soyons par un long usage à le regarder comme un tout homogène.