‹ Le genre Aphananthe (Ulmacées). Révision systématique et distribution géographique des espèces (volume 2)Chapitre 1 sur 2 · III. — Distribution géographique · texte numérisé non relu

III. — Distribution géographique

Ch. Bernard en 1905 a étudié la distribution géographique des* Ulmacêes. Il retient seulement les deux bonnes espèces : A. aspera de l’est de la Chine et du Japon ; A. philippinensis des Philippines et d’Australie orientale. Il note sans s’y attarder la disjonction d aire entre Philippines et Australie, et émet l’hypothèse bien naturelle . que de nouvelles explorations viendront probablement combler cette lacune qui a plus de chance d’être dans nos connaissances que dans la nature. Les petites îles des régions intermédiaires étant encore bien peu connues. Ce faisant l’aire qu il assigne au genre est grandement erronée. Un examen critique perspicace de toutes les espèces l’eût conduit à des résultats bien différents.

A cette première disjonction d’aire s’en est ajoutée une secondebeaucoup plus importante : celle qui découlé de la decouverte d une espèce nouvelle, endémique à Madagascar, dans le domaine du Sambirano. Une alternative se posait : ou bien il y avait des stations intermédiaires aux Indes et dans ce cas une connaissance plus approfondie de la flore de ces régions nous y révélerait l’existence d’Aphananthes encore inconnus ou confondus avec des Gironmers, ou bien le genre était à une phase très avancée de son extinction, 1 espèce relique de Madagascar attestant une aire passée vaste.

Nous avons maintenant la certitude que l’aire des Aphananthes va sans grandes solutions de continuité du N.-O. de Madagascar* jusqu’à une ligne passant par le Japon, les Philippines, Célèbes et l’Australie orientale.

A l’exception de A. aspera , espèce boréale des climats tempérés et tempérés chauds, qui dans certaines montagnes de Sze-Tchouan et du Kwang-Si croît jusqu’à des altitudes de 1.000 à 1.100 m., tous les Aphananthes appartiennent aux pays intertropicaux et subtropicaux, et occupent une aire remarquablement homogène : indomalaise sensu lato (comprenant certaines parties à affinités asiatiques de Madagascar et d’Australie).

Bulletin du Muséum t 2 e série, t. XVIII, n° 2, 194Ç.

A. sakalava .[: dans les forêts d’alluvions du Sambirano (Madagascar).

À. cuspidata : jusqu’à des niveaux de 800, 900, 1.000 m. dans les montagnes de Java, de Ceylan et de l’Inde orientale. Voici les’principales stations : Ceylan, Inde péninsulaire (région de Bombay, 'Ghâtes occidentales, Travcneore, Mysore, Deccan, province de Madras). Inde orientale (Bengale, Khasia, Sikkim, Assam), Haute Birmanie,, Pegou Yoma, Andaman, Haïnan, Chine-S., Tonkin, Annam, Cochinchinc (Paulo Condor), Java, Célèbes.

A. philippinensis : Philippines, Australie orientale (côtes du Queensland, des Nouvelles Galles du Sud).

A. aspera : Corée-S., Quelpaert.

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Fig. 1. — Aire géographique du genre Aphananlhe : 1, A . philippinensis ; 2, A. aspera ;

3, A. cuspidata ; 4. A. sakalava.

Japon : Yéso, Hondo, Sikok, Kiou-Siou, Formose.

Chine : Chan-Toung, Kiang-Sou, Ngan-Houei, Tché-Kiang. Kwang-Toung, Kiang-Si, Hou-Nan, Sze-Tehouan.

De ce bref exposé sur la distribution géographique des Aphananthes et de la carte que nous avons dressée nous pouvons dégager quelques faits et en donner certaines interprétations. Nous ne méconnaissons pas le caractère fragmentaire et grandement hypothétique de tels essais, dans l’état actuel de nos connaissances ; ni la portée limitée que revêt l’étude d’un seul genre. Mais en nous gardant de généralisation hâtive, nous pensons que les matériaux apportés un à un pourront être ensuite élaborés dans une synthèse féconde.

1° L’aire du genre est à peu près continue et présente une vaste extension sur plus de 100° de longitude et sur 40° de latitude de part ■et d’autre de l’équateur.

' 2° L’extension orientale de ce . genre à distribution indo-malaise jusqu’en Australie orientale vient à l’appui de la thèse suivant laquelle la biogéographie étudiée du point de vue botanique diffère notablement de la zoogéographie où la coïncidence des régions faunistiques avec les régions climatiques est moins étroite. La limite orientale des Âphananthes est jalonnée par les Philippines, Cclèbes et l’Australie orientale. Les zoogéographes n’attribuent plus à la Ligne Wallace qu’une signification géologique ayant des répercussions sur la richesse faunistique, beaucoup plus grande à l’ouest qu’à l’est. Par contre, pour eux, la Ligne de Weber serait la véritable limite entre la région indienne et la région australo-papoue. Le genre Aphananthe présent à Célèbes confirme partiellement cette conception. De même le genre Gironniera. Mais ici la coïncidence avec la région climatique est beaucoup plus nette : les Gironniers s’avancent encore jusqu’en Nouvelle Guinée et au-delà, les Aphananthes peuplent la côte est d’Australie.

3° Les aires respectives des quatre espèces ne chevauchent pas, mais sont juxtaposées sauf dans le sud de la Chine (Ivwang-Toung, Kiang-Si) où quelques légères interpénétrations de l’espèce tempérée A. aspera et de l’espèce tropicale A. cuspidata sont à noter. Le climat mixte dans cette contrée avec hivers marqués et pluies abondantes explique parfaitement cette coexistence. On trouve aussi A. aspera à Fonnosc, Sikok, Kiou-Siou, pays mixtes, où la végétation tropicale est déjà bien représentée. La présence des montagnes permet aux végétaux tempérés de descendre assez loin en latitude. On connaît les relations Tonkin-Kwang Toung-Haïnan, l’existence de A. cuspidata dans ccs pays les confirme une fois de plus.

4° L’aire de A. cuspidata offre une curieuse lacune marquée par les Philippines, Bornéo, Sumatra, la Presqu’île de Malacca. Alors que cette espèce est représentée à Célèbes, à Java, aux îles Andaman, en Cochinchine. Nous n’avons pas vu d’échantillons de Célèbes, mais les auteurs en font mention sous le nom G . reticulata. Il est très peu probable qu’elle ait pu franchir le détroit de Macassar (où passe la Ligne Wallace ), creusé au Tertiaire (peut-être dès le début) séparant la plateforme de la Sonde reliée à l’Asie, de la plateforme australienne. Il faut admettre une différenciation antérieure de l’espèce ou une dispersion postérieure par le Sud (Java-Célèbes) ou par le Nord (Bornéo-Philippines-Célèbes), ce qui était possible probablement jusqu’au Pléistocène, par des connexions terrestres. L’espèce aurait disparu des relais où elle fait aujourd’hui défaut. De même A. philippinensis aurait atteint l’Australie orientale par la Nouvelle Guinée d’où elle serait maintenant absente. A moins que des explorations plus poussées ne l’y découvrent. Notons la différenciation d’une forme endémique australienne ?

5° L’espèce de Madagascar, très-isolée géographiquement, l’est

aussi morphologiquement, signe d’un endémisme accentué. Jusqu’à l’Eocène Madagascar était soudé à la péninsule indienne et aü Miocène les relations étaient encore étroites. C’est à cette époque, ou avant, que le genre a pris pied dans la Grande-Ile.

Conclusions.

Le petit genre Aphananthe Planch. est bien délimité au sein de la tribu des Celtidoidées et singulièrement par rapport au genre Gironniera Gaud. avec lequel il a été parfois confondu. Des sept espèces décrites nous n’en avons retenu que quatre, qui, à part A. aspera (Thunbg) Planch. espèce boréale tempérée de Chine et du Japon, appartiennent à la région indo-malaise sensu lato : A. philippinensis Planch., A. cuspidata (Bl.) Planch. et A sakalava Leroy, et caractérisent parfaitement cette région. A laquelle appartient également le genre Gironniera.

La grande extension de l’aire des Aphananthes, la juxtaposition des aires des espèces sans chevauchement, les coupures nettes entre les espèces, tout cela joint au fait que certaines lacunes subsistent dans des pays assez bien explorés cependant comme le Siam et la Péninsule Malaise, semble nous fonder à considérer le genre comme ancien et en voie de régression.

Loboratoire d’Agronomie coloniale du Muséum. •

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