‹ Le gentilhomme campagnard (volume 3)Chapitre 3 sur 39 · C^HATEAUGIAON-LE-BOURG ET GHATBAUGIRON-LE-VIEIL · texte numérisé non relu

C^HATEAUGIAON-LE-BOURG ET GHATBAUGIRON-LE-VIEIL

Les intérêts collectifs contrarient souvent en France l'esprit d'unité que professe l'administration, et dont elle semble se faire un point d'honneur, pour ne pas dire un cas de conscience. Prenez au hasard une commune, grande ou petite, vous y découvrirez à coup sûr des éléments hétérogènes prêts à se séparer au moindre relâchement de la force directrice qui les tient assemblés. Une ville , par exemple, se trouve-t-elle bâtie moitié sur une hauteur et moitié en plaine (c'est assez communément la position de celles qui datent de loin), la voilà par ce fait même divisée en deux sections bien tranchées, ville haute et ville basse. Or il n'est pas besoin d'avoir habité Genève, pour savoir que ces quatre mots impliqueitt toujours Tidée d'un assez mauvais ménage. La cité est-elle entourée de faubourgs : autre sujet de discorde ! Ces faubourgs sont ses ennemis naturels , et sans cesse ils accusent l'égoïsme de son administration, tandis qu'elle-même , affligée de son octroi, envie leurs immunités; la seule différence en ce cas, c'est qu'au

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Aux angles, quatre petites tours rondes, supportées par des encorbellements curieusement travaillés^ élancent leurs toits aigus qui encadrent et dominent le faîte du pignon • mais Tœil chercherait en vain sur leurs girouettes découpées à jour quelques traces des armoiries qui les décorèrent autrefois. Autre et plus vif sujet de regrets pour un antiquaire : ce que le pinceau a effacé aux flèches des tourelles, le marteau Ta brutalement détruit sur le cartouche de pierre qu'on admirait au-dessus de la porte d'entrée. Une sorte de bossage raboteux et dégradé, d'une teinte moins sombre que le reste de la façade qui en paraît souillée comme d'une tache, voilà tout ce qui reste du noble écusson auquel un des meilleurs élèves de Jean Goujon n'avait pas dédaigné d'appliquer son ciseau. En 1793, la rage des nouveaux briseurs d'images anéantit sans pitié l'œuvre qu'avait amoureusement fouillée, deux siècles auparavant, la main d'un intelligent artiste. Heureux encore le château d'en être quitte à si bon compte et d'échapper, au prix de quelques mutilations du même genre, à l'incendie qu'avait commencé d'y allumer, pour la plus grande gloire de la République sans doute , une populace stupide dans sa férocité !

Selon que l'exigeront les événements de cette histoire nous compléterons l'esquisse du manoir de Châteaugiron • en ce moment il nous sufBra de donner la description sommaire des principaux édifices qui, à l'époque où commence ce récit, c'est-à-dire il y a une douzaine d'années, achevaient d'entourer le parallélogramme irrégulier vulgairement nommé la place du Château.

A droite, flanquée d'un double rang de tilleuls séculaires, et le portail tourné vers la place, se trouvait Féglise paroissiale. C'était un bâtiment fort simple, mais suffisant aux besoins du culte, et dont le clocher, des plus pointus, paraissait avoir voulu se modeler sur la flèche aérienne de Saint-Bénigne de Dijon; prétention qui, pour le dire en

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passant^ semble commune à tous les clochers des villages de Bourgogne.

Vis-à-vis de Téglise on apercevait, au centre d'une demidouzaine de maisons mieux alignées que le reste du boui^, un édifice près de tomber en ruine, et que rien n'aurait recommandé à Tattention des passants, si un drapeau tricolore, attaché à la fenêtre du milieu, n'eût forcément attiré le regard. Entre la branche de fer où était fixée la hampe de ce glorieux symbole etTimposte de la porte, à laquelle on arrivait par un perron de cinq marches, s'étendait horizontalement une enseigne blanchâtre portant ces mots écrits en gros caractères :

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