‹ Le gentilhomme compagnardChapitre 1 sur 16 · A LA LIBRAIRIE NOUVELLE · texte numérisé non relu

A LA LIBRAIRIE NOUVELLE

OXFOBD 'ï

D,izc=inGoo^lc

6ÉMILH0MME GjIIHPAGNARD.

CBATUtlGIHOK-U-BODRC Kl aiATBAI)GIR01l4,S-TIErL.

Les intérêts collectifs contrarient souvent en France l'e»prit d'unité que professe l'administration , et dont elle senvb!e se faire un point d'honneur, pour ne pas dire un cafl de conscience. Prenez au hasard une commune, grande ou petite, voua y découvrirez à coup sûr des éléments hétérogènes prête à se séparer au moindre relâchement de la force directrice qui ies tient assemblés. Une ville, par exemple, se trouve-t-elle bâtie moitié sur une hauteur et moitié en plune (c'est assez communément la position de celles qui datent de loin), la voilà par ce fait même divisée en deux sections bien tranchées, ville haute et ville basse. Or il n'est pas besoin d'avoir habité Genève, pour savoir que CCS quatre mots impliquent toujours l'idée d'un assez mauvais ménage. La cité est^lle entourée de faubou)^ : autre sujet de discorde ! Ces faubourgs sont ses ennemis naturels, et sans cesse ils accusent l'égolsme de son administration, tandis qu'elle-même , affligée de son octroi, envi© leurs immunités; la seule différence en ce cas, c'est qu'au

V (XDVRBS DB CH. BE BEBRABD.

lieu de se mouvoir du bas eo haut, la guerre ôtestine s's^ gite de la circonférence an entre. Que si d'aventure une rivière traverse la ville, vous aurez beau multiplier les pont», «OHft ne piiivi6ndr«z janus & «aif les qucrtiers sép»F^par8Wfe«iiTMtdbiMusueordpludé«mfclèpMrtant que la facilité des voies de communication ; peut-être réussiriez-vous à combler la rivière elle-même, mais non le fossé creusé de temps immémorial par les prétentions rivales et iesrancunes mutuelles. Comment, en effet, obtenir que la rive gauche ne soit pas jalouse de la rive droite,-et que celle-ci, à son tour, n'abuse pas, au détriment de sa sœur, de la position plus avantageuse que le hasard lui a donnée?

Ces deniers mots pourraient faire supposer que nous avonsle projet d'invoquerà l'appui de notre thèse l'exemple de ce qui se passe sous nos yeux , à Paris même. HStonsnous d'écarter le reproche de présomption que nous attii'erait à bon droit me tautuaie de eetle aatare. Les intérêts de ht ville de Paris sent trop' bien umteaua par le conseil ^ni nt est chaigÉ, pour que le roman puisée s'arroger W dnHt de ks défendre. D'tûlieurs, & laâler aux liivoles incidents d'un oaiTag& d'imagination des discussions d'an ordre ftémujt, <» court un danger qui n« nons est pas inconnu,, «elui dHerasev sans la pesanteur de rwoemenl la fragilité de la matière. PasBoas donc, en nous inclinant, devfuat le wnctiuôre de l'édilité parisiemie, et conduisons le lecteur aae un théfttse rasios gran^ose, mais mieux approprié par cttiséquent aux Bsodeates {néteatiens de notre ceuvre.

Le vil^^ de Chftteai^ron-le^Boucg, l'un des pltis petipibés du départem^it de SaAne-etrLoire, est situé sur les bM^ d'usé petite rivière qui prend sa source au revers ooùdeatal de la C6te-^'0r, et se jette dans l'Afl^ux quelques Heue» plus haut i)ue son confluent av«c la Bourbince. t&roula d'Autan à dûrottes le tj^verse du nord au midi, «t s'y trouve coupé* rile-même par celle de Moulina à

LE GEVriLBOlUIB CAHFAGIUBJ». ^

QlUons. Qu'il suive l'ua oa rsntre de ces chemim, qu'il pvcoiire la vallée ou qu'il la buKàiBse, le Toyageur a sous les yeux pendiat quelque temps tmeagglomérationdeiBuams qui, Diieos alignées, sufBraieot pour fumer une petit» vUle. SembiaUe à m échiquier ta désordre, œ péle-m^ d'habitations ehaoqt&fescouvre ctname mi hasard nae assez grande étendue de terrains de chaque côté de la rivière, sur laquelle se trouve jeté, vers le pùnt le pliu centrd, hd pont de trois arches. Ce monument n'offrant de remarquable que la dimensiOB extraordioaû-e d'une parUe des pierres dont il est bÂti, nous ne nous y arrêterons pas.

Deux GMits pieds plus haut, ta rivièxe barrée par une écluse construite avec des mat^ùox non moins Btriides, idimcnt» le client d'une forge qui, sans coutesir la comparaison avec les magnifiques usines du Oeniot, situées à quelques lieues de U, ne manque pas d'intpwtance et contnbue à la prospérité du pays, en occufiant journellemeot de nombreux travailleurs.

Un autre édiUce moine utile, mus plot imposant, s'élève près dn pont, sur l'unique place da village : c'est un chiteau, peu vénérable enctn^ sans dottte, puisque le style de son ai'chitecture ne permet pas d'assigner à sa construction une date plus reculée que la fin du seizième siècle, mai» un château enfiu, un vrai ch&teau, et tel qu'il n'en exista plusguère aujourd'hui sur notre terre d'égalité.

Un fossé, réminiscence du Dioyen Age, motivé par les gU3ires de la Ligue pendant lesquelles il hit creusé, enloi^ rait jadis le bâtiment de toutes parts, en l'isokat des }WCr dins. A une époque plus pacifique, ce fossé fut comblé en partie ; mais il règne eacoce féodalement sur toute l'étendue de la façade qu'il sépare ainsi de la place, et l'imagination n'aurait pas besoin d'un grand effort pour métamorphoser en pont-levis le terre-plein qui rintâcrompt har une largeur d'environ vingt pieds, en face de la grille par ck l'on entre dans la cour d'tû)naeur.

DiglicJbfGoOgle

OBUVBES DE CU. DE BBBXARD.

Aux angles, quatre petites tours rondes, supportées par ' des encorbellements curieusement travaillés, élancent leurs toits aigus qui encadrent et dominent le faite du pignon ; maÎF l'oeil chercherait en vain sur leurs girouettes découpées il joar quelques traces des armoiries qui les décorèrent aub^Cois. Autre et plus vif sujet de regrets pour un antiquaire : ce que le pinoeaii a effacé aux flèches des tourelles, le marteau l'a brutalement détruit sur le cartouche de pierre qu'on admirait au-dessus de la porte d'entrée. Une sorte de bussage raboteux et dégradé, d'une teinte moins sombre que le reste/ de la façade qui en parait souillée comme d'une tache, voilà tout ce qui reste du noble écusson auquel uo des meilleurs élèves de Jean Goujon n'avait pas dédaigné d'appliquer son ciseau. En 1793, la rage des nouveaux briseurs d'images anéantit sans pitié l'œuvre qu'avait amou-~ reusement fouillée, ■ deux siècles auparavantj la main d'un intelligent artiste. Heureux encore le château d'en être quitte à si bon compte et d'échapper, au prix de quelques mutilations du même genre, à l'incendie qu'avait commencé d'y allumer, pour la plus grande gloire de la République sans doute , une populace slupide dans sa férodlé !

Selon que l'exigeront les événements de cette histoire, nous compléterons l'esquisse du manoir de ChâtEiaugiron ; *n ce moment il nous suffha de donner la descriptioiî sommaire des principaux édifices qui, à l'époque où commence ce récit, c'est-à-dire il y a une douzaine d'années, achevaient d'entourer le parallélogramme irrégulier vulgairement nommé la place du Château,

A droite, flanquée d'un double rang de tilleuls séculaires, et le portail tourné vers la place, se trouvait l'église paroissiale. C'était un bâtiment fort simple, mais suffisant aux besoins du culte, et dont le clocher, des plus pointus, naraissiiit avoir voulu se modeler sur la flèche aérienne de Saint-Bénigne de Dijon; prétention qui, pour le dire ea

U dlKniHOUHB CAHPAfînAItD. S

passant, semble commune à tous les clochers des villages / d« Bourgogne.

Vis-à-vis de l'église on apercevait, au centre d'une demidouzaine de maisons mieuii alignées que le reste du bourg, DD édifice près de tomber en ruine, et que rien n'aurait recommandé à l'attention des passants, si un drapeau tricolore, attaché à la f^étre du milieu, n'efit forcément attiré le * : reg^. Entre la branche de fer où était fixée la hampe de ce glorieux symbole et l'imposte de la porte, à laquelle od arrivait par un perron de cinq marches, s'étendait horizootalement une enseigne blanchâtre portant ces mots écrits en pos caractères :

knli^ MAIBIB SI IDSTICB D8 PAIX.

Cette inscription officielle annonça à ceux qui auraient pu l'ignorer, qu'à l'avantage de former une commune, Ch&teaugirou-le-Bourg joignait le privilège plus bonorable encore d'être un chef-lieu de canton.

A l'extrémité orientale de la place, en face du château par conséquent et paraUëlcment à sa façade, passait le chemin d'Autun qui franchissait im peu plus loin la rivière au moyen du pont dont nous avons parlé, et se prolongeait ensuite, nbmidi,& travers les vallées du Charollais. De chaque côté de cette route, à part le vide laissé sur une partie de son flanc droit par la place elle-même, s'étendait tortueusement la principale rue du village. Nous ne nous octuperons ici qi'.^ d'une seule des nombreuses maisons qui semblaient s'y trouver à l'étroit. C'était une aubei^e d'assez mesquine apparence, mais bien située, car elle se trouvait précisément en face de la grille du chftteau. Nous devons la dire, au risque de blesser quelques vanités municipales, l'enseigne de ce logis hospitalier éclipsait de beaucoup ceu* delaiiiairie-justicede paix, Au lieu des simples lettres assez mal dessinées qui indiquaient aux passants le siège de l'administration communale et de ce que Grippe-Soleil nommo

• (BOTRES BE Cl. DB KWWtP.

irrévéreBCteus^nent l'mragée bauti^ae à procès, le portaH de l'aoberge offrait aux regards surpris un taMeau qui, tma 4tiG t<»it à fait une «uvxe d'art, attirait immanquablement l'ttUteotioa de ceux qui le voyaient pour la première fois-

Sar un fond d'azur qui pour l'éclat n'avait rien à eaviat àl'outrenier a cber aux anciens pdntres, se dressait vM&Or meut, dans l'attitude que l'art da Uason csradàise par fépi^iète d'effaré, on cheval d'une entière blancheur, dont foreille gaidie, la seole qu'aperçût le spectateur, dispackiflBait en parte tous une ëoonne cocarde trieolore.

Page 1