NEUVIÈME LEÇON
Pluie, vent, orage, éclair, nuage, jour, nuit, soleil, lune,
barque, bateau, la mer, nager, danser, ratisser, tombeau, étrangler, faucille, faire une gerbe, lier, moulin, blé, paille, eau, roue, chemin, sac, meule, jeunes gens, jeunes filles, pousser, onduler.
L'explication du pourquoi de ces explications nous entraînerait trop loin dans l'art mimique complet qui demande à lui seul tout un volume. Le lecteur en a vu d'ailleurs suffisamment par les mots que nous en avons extrait et que nous avons décomposé devant lui.
Disons cependant qu'elles sont surtout basées sur la similitude, le rapprochement de certains gestes complémentaires, supplémentaires ou similaires les uns des autres.
Cependant, suivant notre habitude, nous allons donner des exemples et des preuves à l'appui de ce que nous avançons.
Comme gestes similaires prenons-en deux simples et faciles à expliquer. Moi et mon, et montrons que l'art mimique accentue parfaitement ces deux nuances si délicates et en apparence si grammaticales seulement de la possession.
Nous savons comment se dit moi. Si, pour dire ce mot, je suis obligé de prendre possession de moi-même, ainsi que nous l'avons vu avec la paume de ma main pour dire mon, et le faire bien comprendre, il me faudra chercher un geste intermédiaire entre je et moi, dans mon, ni je ne m'indique, ni je me possède, mais j'indique que je possède ce qui est indifférent et intermédiaire. Aussi, prendrai-je le geste intermédiaire et avec l'extrémité de tous les doigts rapprochés, le pouce seul bien entendu en dehors, je frapperai légèrement deux petits coups, tac, tac, sur le côté de nia
poitrine, puis aussitôt, je lierai ce geste avec celui du mot que je possède. Ainsi, je dirai : « mon verre, » mon, très bref, prononcé du bout des doigts vite, et verre plus longuement, comme le mot principal qui doit retenir l'attention.
C'est là ce que l'on appelle l'accent mimique, la prononciation qui consiste tout entière dans la longueur mise ou la vitesse dans la liaison des gestes entre eux, soit qu'on raconte simplement, qu'on dise ou qu'on déclame, il est évident que les gestes de mots et de phrases principaux devront être toujours mieux dits et plus longuement prononcés que les mots ou les phrases incidentes, et que dans la phrase par exemple : Je vous dis, apportez-moi mon verre, les mots : je, moi et mon devront être dits rapidement et bien liés avec les verbes qui les suivent ou les précèdent. Dits rapidement ne signifie pas escamotés ni filés.
Voilà ce qui concerne les gestes similaires de la première catégorie; quant à ceux de la deuxième, prenons-les dans la neuvième leçon; là nous trouvons réunis : Pluie, vent, éclair, nuages, nuit, orages, parce que c'est la réunion des cinq premiers gestes qui compose le mot mimique orage et qui sert à le prononcer.
Ce mot est un des plus difficiles à mimer à cause de sa longueur, il rappelle les noms allemands composés et ceux que la science emploie journellement composés. Aussi disons cependant qu'il est bien moins long et certainement bien plus vite mimique ; le mot transsubstantiellement par exemple, et autres participes ou adverbes français, la terreur des bègues et des illettrés.
Pour dire orage, le mime décompose l'orage en ses élé-
in:
ments. D'abord, il lève la tète pour regarder le ciel, puis, rabaissant légèrement, il élève les deux mains rapprochées paumes en bas au-dessus de sa tète les abaisse jusqu'au niveau de ses yeux qu'il ferme à demi comme pour les cacher dessous : alors, il a dit nuit; puis faisant tourner ses mains l'une autour de l'autre, il roule de gros nuages à l'horizon, puis les mains descendent les doigts pendants et agités simulant la pluie, enfin le bras droit se tend vers la gauche de toute sa hauteur l'index tendu et descend vivement en zigzags jusqu'au bas du côté droit et un peu en arrière. Le mot orage a été dit et décomposé.
Quelques exercices mimés maintenant et nous en avons fini.