PREFACE
La finalité en Biologie offre cette particularité d'être combattue avec véhémence. On rejette la doctrine, non parce qu'elle est erronée (1), mais parce qu'elle entraine l'adoption d'tin plan initial et, partant, d'un Créateur dont on ne veut pas. Quelques plaisanteries de Voltaire pimentent la négation, t Plus de Dieu », clament les Hornais et ils se frottent les mains. Ayant biffé des livres de classe le nom du Créateur, ils s'imaginent ingénuement que son œuvre a cessé d'être.
Si Bossue t vivait de nos jours, il s'arrêterait confondu. Dans son Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, il s'appuyait sur la physiologie de son temps pour célébrer, dans la complexité des rouages organiques, le génie directeur qui avait insufflé la vie et imprimé l'ordre à cette mécanique merveilleuse. Les progrés de la physiologie n'ont fait que confirmer les vues du grand évêque. Les manifestations de la vie cellulaire, infiniment plus délicates que ne le soupçonnait Bossue t, réclament pour leur fonctionnement régulier des conditions de prévision plus lointaine et d'ordre plus hautement établi.
Dieu n'est pas diminué par les conquêtes positives contemporaines. Il en sort chaque jour plus indispensable et plus grand. Des médecins qui occupent une place éminente dans la science — je songe en ce moment à mon collègue, M, le P^ Grasset {de Montpellier) — estiment qu'entre
1. L'élan vital de Bergson {L'Évolution créatrice, Alcan éditeur, 1907), ressemble fort à une finalité déguisée.
la science et la i^eligion est creusé lui fossé dont il importe de ménager Vintégrité, En philosopliiey Brunetiére a soutenu une thèse analogue.
Nous la croyons inopportune et timide. A une époque comme la notî^e, il nest pas bon de clôturer les vérités de la Foi dans un domaine fermé de toutes parts, La science a droit de pénétrer y au moins par certaines portes. Xos croyances n'en subii^ont aucune atteinte. Le mystère des causes premières s'étend à mesure que tes /forts des hommes en détachent péniblement une parcelle. Sur l'athéisme contemporain fait de légèreté, de prrésomption ou d'ignorance, DieUy riche de toutes les découvertes modernes, règne avec une évidence plus lumineuse encore qu'il y a bientôt deux mille ans, à la naissance du nouveau monde. Quant au dogme lui-même, sans doute il échappe aux prises de la 7*aison, Mais ses conséquences psychologiques, morales et sociales sont d'accord avec toutes les conditions qui assurent le bonheur de V individu et l'ordre dans les nations. La parole du Christ : « l'arbre est jugé par ses fruits », réalise quotidiennement sa vérité morale et sociale. Partout oii fleurit le christianisme, non pas seulement dans son formalisme extérieur, mais dans l'acceptation intime de sa doctrine, l'humanité s'élève au-dessus d'elle-même et tous les grands élans de la civilisation sont sortis de cet effort,
La science aperçoit deux vérités religieuses : Dieu démontré par son œuvre, chaque jour plus harmonieuse et plus complète, et les bienfaits de la doctrine du Christ prolongés en multiples applications individuelles ou sociales. Ceux même qui ont laissé perdre Dieu de leur vue, s'inclinent devant la hauteur sublime du dogme catholique. Tel Auguste Comte.
Ces quelques idées générales servent d'introduction naturelle au petit volume de M. le D' Murât. C'est un médecin observateur et savant dont il nous a été donné d'apprécier, alors que nous n'avions pas l'honneur de le