LE FOIE, COMME EXEMPLE DE MERVEILLE ORGANIQUE
Une agglomération industrielle prodigieuse. — Découvertes progressives dans les sciences de la nature. — Intérêt scientifique et apologétique d'une étude synthétique actuelle du foie. — Argument nouveau d'une rare puissance en faveur de la croyance en Dieu. — Microscopes et micromètres. — Méthodes nouvelles de coloration de Golgi, d'Ehrlich et de Cajal. — Etude du foie, comme type d'organe.
Progrès de la preuve « physico-théologique »> par les découvertes contemporaines. — Vaines échappatoires transformistes. — Le fini et la spécialisation savante des organes microscopiques.
Le miracle d'ordre (loi d'Andréjevic).
Supposez que, sous d'autres cieux, s'étendent sur un rayon immense, en une agglomération gigantesque, sous une voûte ou coupole unique, un nombre presque infini d'usines juxtaposées. Représentons-nous la féerique A^ision de cette merveille industrielle que notre terre infime ne connaîtra jamais.
Supposez exactement le nombre prodigieux de 350.000.000.000 (trois cent cinquante milliards) d'usines ou machineries réparties en 1.100.000 agglomérations industrielles contiguës, soutenues dans leur ensemble par plusieurs milliards de colonnes ou travées métalliques, usines commandées au total par 3oO milliards de fils électriques, recevant par 100 milliards de tuyaux les matières premières, écoulant enfin par 700 milliards de canaux les produits fabriqués...
Ces usines et ateliers, tous semblables, puissamment défendus par d'innombrables sentinelles répandues sur les voies qui en commandent l'entrée, fabriquent plus de quarante produits différents, élaborant comme simultanément, chose merveilleuse ! des substances alimentaires, des antiseptiques, du fer, de l'urée, des globules rouges, des conlre-poisons, de la force motrice, du calorique, etc..
Ajoutons que, dans ce Greusot gigantesque, des triliions d'où-
vriers reçoivent, à leur poste, leurs aliments par plusieurs centaines de millions de tuyaux spéciaux, leur air par la même voie que les matières premières, tandis que l'élimination générale des déchets de l'usine est assurée par un million de conduits particuliers.
Tout est réparti dans le plus grand ordre. Les voies d'apport et d'élimination, les fils électriques, les tuyaux, les canaux, les travées — le tout en nombre fabuleux — ne se confondent, ne s'enchevêtrent désordonnément, ne s'embrouillent jamais. Us se croisent avec régularité, se superposent, se rangent d'une façon admirable.
Eh bien ! cette féerie est une réalité vivante. Elle existe en miniature, elle est auprès de nous, elle est en nous. Celte merveille, que nos yeux ne voient point, mais que le microscope et le micromètre contemporains nous ont révélée avec une rigoureuse précision scientifique et que peuvent seules nier des personnes étrangères aux sciences, cette merveille, c'est le foie. Le foie ! cette masse de chair apparemment informe et semblable à un vulgaire bloc de glaise molle, de 1 500 à 2.000 grammes ou centimètres cubes approximativement, dont la configuration générale extérieure rappelle grossièrement celle d'une coupole.
Tel est le magnifique aboutissement des recherches et des travaux scientifiques mondiaux de plusieurs siècles sur cet organe.
Nous sommes heureux de pouvoir ici en faire une étude synthétique et transporter pour la première fois dans le domaine philosophique de l'apologétique ces admirables données.
On a parlé de l'œil, plus rarement du cœur, des veines, etc., mais jamais jusqu'ici du foie. Or, cette étude fournit un argument d'une rare puissance en faveur de la croyance en Dieu. Cette mise au point; aura, nous l'espérons, un intérêt de nouveauté, non seulement au point de vue apologétique, mais encore au point de vue scientifique général, car elle constitue un résumé de vulgarisation des découvertes et des acquisitions les plus récentes dans le domaine de la physiologie et de l'anatomie microscopique sur cet organe incomparable. Bien des points d'un haut intérêt n'auraient pu être traités avec clarté, il y a quelques années, avant les découvertes de procédés nouveaux d'investigation de Ramon y Cajal et de Golgi. Bien des données précieuses ne figureront pas de longtemps dans les ouvrages courants et ne peuvent être découvertes que dans les grands traités spéciaux récemment parus d'histologie, de physiologie, de physique biologique, de zootechnie, oii ils sont dispersés et
noyés au milieu de travaux sans intérêt au point de vue qui nous occupe.
Après avoir injecté et poussé des matières colorantes diverses dans le foie jusqu'aux plus fines ramifications capillaires, d'un côté par le tronc veineux ou artériel, d'autre part par le canal biliaire, de façon à faire ressortir les plus fines radicules tubulaires ; après avoir en outre traité les coupes de substance prélevées à l'aide de microtomes, par des réactifs qui colorent tels éléments et non tels autres et les font trancher — le procédé de Golgi au chromate d'argent et celui d'Ehrlich au bleu de méthylène ont été ainsi l'origine de découvertes capitales —, on voit apparaître dans l'es particules apportées sous le champ du microscope tous les détails de leur structure intime. Le micromètre, d'autrs part, à l'aide d'un réseau de fils d'araignée que des vis font mouvoir, de façon à diviser le millimètre en dix mille parties— appareil classique que des perfectionnements de tout genre ont aujourd'hui complètement transformé — permet d'opérer aisément la mesure exacte des plus infimes détails.
« Avec des appareils perfectionnés, disait en septembre 1901 Mackendrick, nous pouvons voir des parcelles de matière organisée jusqu'à 1/20.000- de millimètre de diamètre. » (Discours présidentiel à l'Association britannique pour l'avancement des sciences). Il est aujourd'hui des microscopes à immersion qui montreraient jusqu'à 1/100'^ de [j-, c'est-à dire un cent millième de millimètre. Et ces grossissements sont encore dépassés à l'heure actuelle par un perfectionnement nouveau, l'éclairage horizontal, qui fait paraître brillants les détails les plus minuscules. Cependant, comme pour les télescopes, quoique pour des raisons tout autres, les progrès de pénétration ne seront pas indéfinis, car « en raison des propriétés de la lumière elle-même, les franges d'interférence commencent à produire la confusion lorsqu'il s'agit de distances de 1/74.000^ de pouce ; et, dans la partie la p!us brillante du spectre, à un peu plus de 1/90.000^, elles produisent l'obscurité plus ou moins complète. A cette limite, la plus petite parcelle visible d'albumine contient encore plus de cent millions de molécules... Cependant si on se sert de rayons bleus, dont les longueurs d'ondes sont beaucoup plus courtes, la limite du minimum visible sera portée à 1/120 000 ' de pouce » (Lubbock, les Sens et V Instinct, Bibliothèque scientif. internat. 1891). Quoiqu'il en soit de l'exactitude de ces derniers chiffres, il est certain qu'au delà d'une certaine limite dans la petitesse, la science humaine sera condamnée, relativeaient à la structure si complexe de la matière organisée, à l'ignorance, à
4 LA FLXALÎTiî EN BIOLOGIE
Tagaostlcisme. Le champ d'étude n'en reste pas moins extrêmement vaste.
Si la matière morte et figée, ainsi vue, un peu écrasée cependant entre les lamelles de verre sous le microscope, apparaît encore admirable, que doit-elle être comme ordre et régularité pendant la vie et en plein fonctionnement ?
Nous allons ouvrir devant le lecteur Técrin de ces choses merveilleuses et faire une étude détaillée de cet organe, le foie ou glande hépatique, que nous prendrons comme exemple parmi d'autres, qui ne paraissent pas avoir une structure moins remarquable.
Mer ici les causes finales, c'est nier le soleil, c'est abdiquer toute logique.
Reprenons celte description et ces chiffres quasi-miraculeux, preuves de l'existence divine et gages, par suite, d'immortalité.
L'histologie nous apprend que le tissu du foie est une substance granuleuse, formée de très nombreux corpuscules, dits lobules, visibles à- l'œil nu, gros comme des grains de millet, semblables entre eux, qui constituent par leur juxtaposition toute la masse du foie. Chacun de ces lobules est formé essentiellement d'une multitude de corps élémentaires ou cellules qui sont toutes pareilles et dans chacune desquelles s'élaborent tous les produits que fabrique le foie.
Le foie est ainsi l'agglomération sous une même voûte (la capsule de Glisson^ d'un nombre prodigieux d'usines (3oO milliards de cellules), usines réunies en 1.100.000 agglomérations (lobules et recevant chacune un fil télégraphique où circule un courant électrique v3o0 milliards de filaments nerveux ', recevant les matières premières à élaborer par 100 milliards de tuyaux (vaisseaux capillaires sanguins» et éliminant les produits fabriqués par 700 milliards de canaux icanalicules biliaires ^ Les trillions d'ouvriers sont les grains chromatiques, dits bioblastes, de chaque noyau et cellule, les A'oies d'apport de la nourriture sont les gaines lymphatiques, les voies d'élimination des déchets des usines sont les veines centrales intralobulaires aboutissant aux veines sus-hépatiques.
Ces chiffres dépassent tellement les choses connues, ouvrent de tels abîmes de merveilles, écrasent de tellement haut l'intelligence humaine, qu'il faut vaincre comme un sentiment de gêne instinctive i^our oser les affirmer avec précision. Et l'écueil est même que cette réalité classique, indéniable, dont les données sont reconnues et ressassées dans tous les traités d'histolode à l'usasse des étudiants, enseiirnées dans toutes les Facul-
tés, ne soit prise pour une exagération et une erreur, tant une telle vérité parait aux personnes non familiarisées avec les sciences, iiréelle, invraisemblable, impossible.
« Nous sommes dans un siècle de miracles, il faut en prendre notre parti >, comme disait Michelet, relativement à des découvertes de physiologie que les merveilles étudiées ici laissent bien loin derrière elles.
Le croyant gardera ces chiffres éblouissants dans la mémoire comme une preuve souveraine devant le troublant spectacle des négations multipliées ou des réserves agnostiques.
Un auteur matérialiste allemand, bien connu, nous dit que Dieu, s'il existait, eût donné à l'homme un corps résistant jusqu'à être impénétrable aux balles et auxépées. Quelle grossière conception que celle d'un corps d'acier ! Quelle méconnaissance de ces univers que sont les organes du corps humain ! Pour imiter le foie seul et pour le remplacer, pour accomplir toutes ses fonctions, réaliser l'infinie délicatesse de ses multiples travaux dans l'organisme, mais il faudrait remplir la terre entière, ou une partie, en loutcas, d'appareilsdechimie et autres. Puis, pardes progrès successifs, des simplifications progressives, on réduirait la surface occupée à celle d'un département, d'une commune, et de perfectionnements en perfectionnements, au dernier terme d'une science absolue, on arriverait ainsi jusqu'à la structure, au tissu, à la disposition, à la forme idéale que nous observons.
Nous allons reprendre une à une chacune de ces parties et donner la preuve de la rigoureuse exactitude de nos chiffres et (le notre comparaison.
Le résultat payera largement l'auteur et le lecteur de leur peine. Il n'est pas besoin de faire remarquer que si ces chiffres prodigieux sont démontrés d'une façon absolument précise et irréfutable, la preuve d'un Ouvrier Divin, façonnant la matière, ouvrageant la nature, sera plus manifeste qu'elle ne le fut jamais, plus belle, plus éclatante, plus écrasante ! Et surtout lorsque seront montrés, pour en compléter la preuve parfaite, les admirables résultais industriels ainsi atteints, les produits les plus variés fabriqués de la sorte par l'organe et leur rôle extraordinairement remarquable dans le fonctionnement de la machine humaine.
Les beautés de l'astronomie, les idIus curieux instincts des insectes n'atteignent peut-être pas cette merveille.
Ces chiffres fantastiques et pourtant réels que le savant, même athée, ne contestera point, font naître en nous, avec une admiration sans limite de la Divinité toute-puissante, une reli-
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gieiise émotion. Certains athées, butant leur esprit, nous diront peut-être : « Qu'est-ce que cela prouve ? » Rien, si délibérément vous vous refusez h tout raisonnement logique, si vous fermez les yeux et niez la lumière, si vous défendez à votre esprit la déduction qui inéluctablement s'impose.
Quand un troupeau « regarde passer un train » ou scintiller des constellations, qu est-ce que cela lui prouve ? Simplement qu'il a un corps mobile ou lumineux devant lui; pas plus. A tels athées, brutalement positivistes, de môme. A nous qui, inquiets d'infini, interrogeons la raison et la conscience et nous soucions des causes, un syllogisme consolant s'impose. Cela rend lumineusement témoignage d'autre chose.
Pour nombre d'esprits prévenus, comme on l'a dit, « les constatations les plus certaines de l'expérience sont comptées pour rien si Dieu est au bout » (Duilhé de St-Projetj. Et comme disait Euler, « ils ne croient qu'à ce qui peut se palper, se retourner dans les doigts, comme un échantillon de quartz ou de carbone. Tout ce qui ne se A'oit pas, ne se touche pas, ne compte pas pour eux ; ils n'en veulent rien entendre ».
Ainsi, dans l'intérieur du foie, dans un pareil espace où l'industrie hum.aine aurait peine à loger convenablement et à faire fonctionner une centaine de tubes, la science divine en a disposé à l'aise et proposé à une foule de fonctions délicates, chacun ayant son utilité et sa destination propres, le nombre écrasant de 100 milliards pour le sang et 700 milliards pour la bile.
Teile est l'extraordinaire complexité, l'effrayante a façon » de la matière organique, ouvragée, fouillée, travaillée jusqu'aux limites les plus stupéfiantes de la ténuité et de la perfection.
C'est ici le lieu de redire avec Linné : « Le Dieu éternel, immense, sachant tout, pouvant tout, a passé devant moi. Je ne l'ai pas vu en face, mais ce reflet de lui, saisissant mxOnàme, l'a jeté dans la stupeur de l'admiration. J'ai suivi çà et là sa trace parmi les choses de la création et, dans toutes ces œuvres, même dans les plus petites, les plus imperceptibles, quelle force, quelle sagesse, quelle ineffable perfection! »
C'est le miracle de la petitesse sans limite, aussi impressionnant, aussi imposant que celui de l'inflniment grand. La science est portée du reste aujourd'hui à admettre que la limite de la divisibilité de la matière n'existe pas et rejette l'insécabilité des atomes. C'est l'infini par en bas. Ainsi les milliards d'oclillions de divisions d'une cellule du foie, les atomes par exemple qui la constituent, peuvent à leur tour être indéfiniment divisées
avec ordre et harmonie. La limite n'existe que dans notre esprit, non dans la réalité.
Rappelons que les atomes de ces cellules sont des « mondes solaires en miniature », avec leur astre central et ses satellites plus ou moins nombreux, dont les orbiles plus ou moins rapidement parcourus, plus ou moins elliptiques ou circulaires, etc , différencient les atomes des divers corps simples. Telles sont les grandes découvertes récentes, qui illustrent, en particulier, le nom de W. Thomson, et qui ont valu en 1906 au savant physicien de Cambridge le prix Nobel.
Remarquez que l'affirmation des nombres indiqués plus haut ne laisse pas à l'athée une porte de sortie, le moyen de biaiser, de reculer, de se dérober à la faveur d'un doute, d'une ombre, d'un texte imprécis. Il n'est pas dit des milliers, des millions ou des milliards de vaisseaux capillaires, de cellules, etc., il est dit 100 milliards des premiers, 350 milliards des secondes, etc.
Ajoutons enfin que fils, tubes, canalicules, piliers et crochets de soutien sont une même matière, de même origine, dans un même milieu, travaillée tout différemment par rintelligence, et spécialisée, différenciée habilement, en vue chaque fois d'une fonction précise. On peut donner, en dehors de la notion de Dieu, une explication, quoique mauvaise et erronée, de beaucoup de faits ; de celui-ci aucune.
Pour échapper à l'étau qui les enserre devant les découvertes des sciences de la nature, les matérialistes n'ont trouvé que cet argument sans portée. Ces merveilles, disent-ils, ne se sont faites que peu à peu. Et d'abord, rien n'est moins sûr, dans certains cas.
L'œil du nautile remonte aux premiers âges du monde, précédant les formes animales de tout genre, compliquées ou rudimentaires, qui persistent encore et qui, venues très longtemps après lui, n'ont pu lui donner naissance. Le nautile est Tune des plus anciennes formes organiques de l'ère primaire. On connaît sa coquille admirable, grâce à laquelle il vogue, coquille coupée parle plan de symétrie et divisée en loges, son siphon membraneux, ses divers viscères, ses tentacules, son manteau, ses yeux. Parmi tous les céphalopodes, c'est dans la classe à laquelle il apparlient que l'œil atteint son plus haut degré de complexité : sclérotique, choroïde, rétine, iris, cristallin, humeur vitrée, tout y est comme dans l'œil humain.
En outre, il nous indiffère entièrement qu'il en soit ainsi que le soutiennent les évolutionnistes, car le plan divin est tout aussi manifeste quoique différemment exécuté. A ce point de
vue la question du transformisme danviniste n'a pas d'intérêt en apologétique. Cette théorie a pu heurter certaines conceptions traditionnelles des spiritualistes, mais il n'y aurait point, somme toute, comme on l'a montré, de difficulté h se placer sur ce nouveau terrain, si celui-ci était solide. A la vérité, cela devient de plus en plus problématique en dehors d'un transformisme mitigé, lequel est du reste manifestement et à première vue téléologique. Ce dernier ne répugne nullement aux spiritualistes : « IN'est-ce pas une preuve que nous approchons de Dieu à mesure que nous arrivons h des lois plus simples et plus générales. » (Newton).
Comme le dit M. Albert Gaudry : « Pourquoi le grand artiste n'aurait-il pas fait des chefs-d'œuvre successifs en remaniant la même argile? » et ailleurs: « C'est sous la direction du divin ouvrier que les espèces poursuivent leur évolution h travers les âges ». Que, à divers reprises, « les types aient été frappés à une nouvelle effigie > (0. Heer), ou bien même, suivant le point de vue darwiniste, que la matière primitive fût si merveilleuse que tout ce qui Ait dût en sortir, le miracle de création resterait identique. Dans le dernier cas, du reste, la finalité seule pourrait rendre compte de la tendance inexplicable au perfectionnement: « Quel spectacle que celui de ce plan incessamment poursuivi sans qu'aucun retour en arrière vienne jamais obscurcir l'idée d'ordre dont il est comme imprégné > (De Lapparent, Traité de Géologie),
Les matérialistes l'ont bien compris. Aussi la doctrine classique transformiste leur devient-elle de plus en plus suspecte, à mesure que les harmonies découvertes se multipUent. Pour beaucoup de penseurs, le transformisme, reconnaissent-ils, « a paru conduire au finalisme b (Le Dantec, Traité de biologie).
Quand nous voyons une des nouvelles et superbes machines qui mènent les grands express de nos lignes internationales, que nous importe sa formation? Qu'elle soit la création sans retouche de Stéphenson ou qu'elle soit le perfectionnement progressif de la locomotive primitive de Stéphenson par le travail accumulé, le talent inventif, les calculs hérissés de difficultés, la solution de problèmes successifs les plus ardus de la mécanique, de la part de plusieurs générations desavants ingénieurs, que nous importe? Dans le second cas comme dans le premier, l'œuvre finie que nous avons sous les yeux rend-elle moins témoignage de la science déployée, de l'intelligence intentionnelle qui a présidé à sa construction? L'argument n'a donc aucune valeur. L'Intelligence façonnant la matière, quels qu'en
soient les procédés, resle une donnée irréductible, inébranlablement prouvée.
Il est à remarquer, en outre, que les chiffres que nous donnons n'auraient point une telle éloquence, s'ils étaient assimilables à la simple numération des mailles d'un vulgaire filet ou des tours nombreux des fils juxtaposés dans un écheveau ; mais il n'en est nullement ainsi. Les filaments nerveux dans lesquels circule un véritable fluide électrique manifestant des forces électromotrices, et les tubes capillaires qui irriguent, nourrissent et Aivifient chacun des cellules déterminées, doivent être comparés, les premiers à des fils télégraphiques, les seconds à des conduites d'eau, gaz, etc.
Lorsque vous voyez sur les bords d'une route vingt fils destinés h des villages différents, vous dites-vous que vingt ne prouvent pas plus de travail exécuté qu'un seul? N'y voyez- A'ous pas au contraire l'intention vingt fois répétée et le but de communication vingt fois atteint au lieu d'une seule? Et s'il pouvait exister un poteau portant 3oO milliards de fils, ne diriez-vous pas que le but a été visé et atteint dans 350 milliards de cas ?
Si, d'autre part, sur le sol, le long de la route cheminaient également 100 milliards de tuyaux distincts se distribuant chacun à une région particulière des mêmes contrées pour y apporter boisson, lumière, etc., et si, juxtaposés et mêlés à ceux-ci, cheminaient avec eux, courant en sens inverse, des canaux ou tuyaux d'un autre ordre au nombre de 700 miiiards, j sans que jamais un des tuyaux du premier genre ne s'abouche ! malencontreusement avec un du second, alors qu'ils sont fréquemment abouchés entre eux; bien mieux, si les tuyaux des deux genres alternaient régulièrement sans jamais cependant se toucher l'un l'autre dans cet inextricable et gigantesque amas, bref s'il se révélait dans tout cela un ordre et un but atteint incomparables, ne diriez-vous pas que le nombre prodigieux des conduits est par lui seul une merveille sans seconde et le chef-d'œuvre primitif ne paraitrait-il pas, à votre jugement et dans votre admiration logique, devoir être considéré comme porté à la niilliardième puissance ?
Et qu'on ne dise pas, dans une ignorance incurieuse des causes, que le hasard produit naturellement ces tuyaux comme il produirait des raies bizarres ou des granulations sans but. On n'a d'abord rien trouvé encore qui soit sans but dans la matière vivante; mais, en outre, une matière aA^eugle fermentant
elle-même se mettrait en tas informes, en amas variés et sans ordre, en divisions allongées, en boules irrégulières peut-être, mais jamais ne prendrait de formes si délicates.
Pourquoi ces tubes à la fine texture, apparus sans cause, ne se montreraient-ils pas, avec une sem!)!able disposition et un même nombre prodigieux, dans la substance des os des pommettes ou des muscles du pied, par exemple ? dans une barre de fer ou un morceau de calcaire? Pourquoi se reproduisent-ils régulièrement chez chaque être? Mais la question n'est pas là. Le rôle du hasard, l'argument de l'athéisme n'est pas logiquement soutenable. Nous voyons clairement ici, nous l'avons dit, l'utilité absolue et le but de tous ces tuyaux dont pas un ne pourrait être supprimé sans dommage, but qui est pour chacun l'apport mécanique de la matière première et de la nourriture sur place aux ouvriers de chaque machine.
Du reste qu'on n'aille pas croire que ces tuyaux sont, par exemple, de vulgaires lacunes de substance. Ils ne sont pas non plus informes. Ils sont tout au contraire d'un fini inouï, modelés avec le plus grand soin, spécialisas habilement en vue de leurs fonctions, ne coagulant pas la fibrine du sang, etc. Les divisions des artères et des veines s'enfoncent et se divisent dans le tissu du foie, toujours soigneusement roulées dans un étui commun avec des canaux biliaires, des nerfs et des vaisseaux lymphatiques. Elles cheminent ainsi vers les cellules dans les compartiments séparés d'un étui ou gaine commune feutrée qui se subdivise avec elles.
Les myriades d'artérioles et de veinules qui du hile du foie gagnent les lobules ont leur paroi formée de plusieurs couches ou enveloppes : 1^ Extérieurement une couche protecirice de tissu feutré couche conjonctive qui les nourrit, les répare au besoin -, 2^ Au-dessous, une couche de tissu élastique, tel du caoutchouc (fibres élastiques et couche musculaire à deux trames, l'une interne de fibres annulaires et l'autre externe de fibres longitudinales). Les muscles annulaires commandent donc le calibre du tube mécaniquement comme des anneaux de caoutchouc constricteurs, faisant l'office d'innombrables robinets ou clapets quand le filament nerveux qu'ils reçoivent le leur ordonne, suivant l'utilité générale de la machine humaine. Les fibres longitudinales, spéciales aux veines, font d'autre part l'office de propulseurs comme des pistons; 3^ Enfin, en dedans, du côté de leur lumière, tous les petits conduits sont revêtus — et cela jusqu'aux très fines ramifications qui pénètrent dans le lobule ou en sortent, c'est-à-dire 13 millions et demi des premiers et 1 mil-
lion des seconds (artères, veines, lymphatiques), en tout 14 millions et demi, auxquels on peut ajouter 5 millions et demi de canalicuJes biliaires qui ont une structure analogue, soit 20 millions de tubes (voir plus loin le calcul) — tous sont revêtus de cellules pavimenteuses, plates, polygonales, formant un véritable carrelage, comme un carrelage de faïence isolant et lisse. Ces carreaux de faïence n'ont pas été placés là sans but. Ajoutons que ces cellules formant le carrelage ont une structure très fine et sont jointes Tune à l'autre par un ciment d'union que le nitrate d'argent fait apparaître en noir en dessinant un réseau de figures géométriques, comme cela a lieu dans un véritable carrelage.
Quant aux tuyaux plus petits, h paroi propre, aux 100 milliards de capillaires sanguins dont nous avons parlé, leur extrême ténuité l'ait qu'ils ne se composent que d'une couche de substance homogène (tel un tube de caoutchouc ordinaire), substance facilitant leurs fonctions et sur laquelle tranchent de-ci de-là des cellules étoilées au rôle admirable dont nous reparlerons.
Le miracle d'ordre {loi d\Andréjevic), — Mieux que cela, magique harmonie! ces deux réseaux sanguin et biliaire (100 milliards et 700 milliards de conduits) sont soumis à la loi d'ordre d'Andréjevic. D'après cette loi, le capillaire sanguin et le canalicule biliaire longent la cellule hépatique en direction perpendiculaire, suivant des plans parallèles et de telle sorte qu'il y ait toujours entre eux une épaisseur à une demi épaisseur de cellule hépatique. Ces voies constituent pour la cellule des pôles et déterminent dans son intérieur deux zones d'influence distincte.
flc Les canalicules biliaires, dit le professeur Ranvier, forment par leur ensemble un réseau contenu dans le réseau sensiblement plus lâche des capillaires sanguins. Toutefois ces deux réseaux profondément enchevêtrés ne communiquent nulle part, ainsi que Font montré les injections de chaque système par des masses diversement colorées. Ils ne sont nulle part en contact et toujours séparés par l'épaisseur d'une cellule ou d'une demi cellule hépatique. Les trabécules qui forment les deux réseaux ont leurs mailles disposées de telle façon que les trabécules qui les constituent sont sensiblement perpendiculaires » (Ranvier, Traité dliislologie). « Les canaux du réseau biliaire, dit également Testut [Traité d'anatomie, t. III, p. 633), sont disposés de façon qu'ils ne viennent jamais au contact
des vaisseaux capillaires sanguins et que leur direction soit toujours perpendiculaire à celle de ces derniers. » Dans toute coupe faite sur le foie, quand les uns se trouvent sectionnés en long horizontalement, les autres le sont en travers, verticalement. Il y a partout une exceptionnelle symétrie. < Si l'on considère, par exemple, trois sections de capillaires sanguins formant les sommets d'un triangle, les capillaires biliaires représenteront à peu près les trois médianes de ce triangle. Les capillaires biliaires sont donc séparés par une épaisseur ou une demi épaisseur de cellule hépatique. Ce fait est très important. » (Testut, p. 634).
Ainsi donc voilà réalisé ce prodige inconcevable, d'une multitude innombrable de filets d'une infinie ténuité, perpendiculaires les uns aux autres, se pénétrant partout maille à maille, formant un inextricable et merveilleux fouillis où jamais un fil ne frôle l'autre. Dans ces inextricables trames formées par près d'un trillion de conduits de deux ordres, les uns sanguins, les autres biliaires, il règne un ordre si sublime et si harmonieux que deux conduits de deux ordres distincts ij sont toujours séparés par 0 mm. 006 \^ à 0 mm. 013 :j. et ny sont jamais séparés que parO mm. 006 \^ à 0 mm. 013 \^.
Essayez d'exécuter une pareille disposition, tentez de la réussir en petit. L'esprit ne peut même pas concevoir la possibilité de sa réalisation dans la pratique.
Et cependant cet intervalle toujours rigoureusement et quasimiraculeusement observé par la matière était indispensable pour qu'il n'y eût pas, vu la ténuité des enveloppes tubulaires, diffusion, contact et mélange entre les produits chimiques nombreux que chacun renferme, qu'il n'y eût pas de réactions nouA'elles entre ces divers produits très complexes et parfois très instables, très difficilement obienus par de savantes combinaisons, ce qui aboutirait à la formation de produits inutilisables, au gâchis organique, à la faillite de la fonction, à la mort de l'individu.
Ainsi, dans cet ordre préétabli, chacun de ces innombrables conduits remplit sans échec son but propre, qui est de desservir, sur tel ou tel territoire, telles ou telles cellules ou usines dont il assure le bon fonctionnement. Aucun ne s'abouche par erreur et aveuglément avec un d'un autre ordre, malgré leur nombre colossal et les milliards d'anastomoses qui les réunissent entre conduits du même ordre.
Aucune usine ou cellule, d'autre part, n'est négligée, oubliée dans ce festin de vie. Chacun suivant sa nature lui apporte.
tel la nourrilure, tel l'air oxygéné, tel la matière première, etc. Les conduits eux-mêmes sont à leur tour intentionnellement pourvus, autre merveille, de réseaux propres, d'une extrême finesse, qui serpentent à leur surface, les « vasa vasorum » des veinules et des artérioles, etc.
Quelle intime et profonde joie pour l'homme de science de voir sous le microscope la splendeur éloquente de ces fins dessins, qui flamboient comme l'écriture de la main même de Dieu, la signature de son œuvre et comme la condamnation de l'inexplicable athéisme.
Ces centaines de milliards de délicats organes, finement façonnés, apparaissent aujourd'hui, sous le champ des puissants microscopes, comme le « Mané, Thécel, Phares » des doctrines matérialistes.
Mais revenons à l'étude méthodique de la structure du foie et notamment du lobule.
Cette description minutieuse, ces chiffres et ces calculs peuvent paraître fastidieux à première vue, mais ils sont indispensables. Ils sont les assises d'une démonstration consolante. Or, cette étude scientifique tend à constituer avant tout un faisceau de documents irréfutables et de preuves irréductibles.