ACTE 1, SCÈNE II
Pasquin.
Me voilà donc au fait, et j'entends ce langage. Vous me trouvez trop vieux pour être un favori, Et de moi vous ferez un honnête mari.
Je me sens pour ce titre un fond de patience Dont vous pourrez bientôt faire l'expérience.
Lisette.
Vous vous trompez bien fort : car je ne veux de vous Ni faire mon amant, ni faire mon époux.
Pasquin.
Que me voulez-vous donc? Quel sujet nous assemble?
Lisette.
Je veux que nous tenions ici conseil ensemble.
Pasquin.
Sur quoi?
Lisette.
Sur votre maître et ma maîtresse.
Pasquin.
Eh bien?
Lisette.
Traitons cette matière, et ne nous cachons rien. Tous deux à les servir étant d'intelligence. Nous leur pourrons tous deux être utiles, je pense.
Pasquin.
Votre idée est très ju^te; elle me plaît.
Lisette.
Tant mieux.
Le Comte votre maître est froid et sérieux. Et, depuis trois grands mois qu'avec nous il demeure, Je n'ai pas encor pu lui parler un quart d'heure.
' Quel est son caractère? Entre nous, j'entrevois Que ma maîtresse l'aime; et cependant je crois Qu'il ne doit pas longtemps compter sur sa tendresse : Car, avec de l'esprit, du sens, de la sagesse, Des grâces, des attraits, elle n'a pas le don D'aimer avec constance. Avant qu'aimer, dit-on,
11 faut connoître à fond : car l'amour est bien traître. Pour Isabelle, elle aime avant que de connoître; Mais son penchant ne peut l'aveugler tellement Qu'il dérobe à ses yeux les défauts d'un amant.
Les cherchant avec soin et les trouvant sans peine, Après quelques efforts sa victoire est certaine; Honteuse de son choix, elle reprend son cœur, Et l'on voit à ses feux succéder la froideur; Sur le point d'épouser, elle rompt sans mystère.
Pasquin.
Voilà, sur ma parole, un plaisant caractère. Un cœur tendre et volage, un esprit vif, ardent Jusqu'à l'étourderie, et toutefois prudent; Coquette au par-dessus.
Lisette.
Non, point capricieuse, Point coquette, et surtout point artificieuse. Elle aime tendrement, et de très bonne foi; Mais cela ne tient pas. Maintenant dites-moi Toutes les qualités du Comte votre maître. C'est pour le mieux servir que je veux le connoître. Sans deviner pourquoi, j'ai du penchant pour lui, Et vous l'éprouverez même dès aujourd'hui. S'il a quelques défauts, empêchons ma maîtresse