ACTE I, SCÈNE IX
Si j'y veux consentir, m'offre de m'épouser En secret.
Lycandre.
En secret? Il cherche à vous surprendre.
Lisette.
Non ; je réponds de lui. Mais, bien loin de me rendre, En acceptant son cœur je refuse sa main, A moins que ses parens n'approuvent son dessein. Ils le rejetteront, je n'en suis que trop sûre; Et, pour fuir un éclat. Monsieur, je vous conjure ■ De me tirer d'ici dès demain, dès ce soir. Pour que Valère et moi nous cessions de nous voir.
Lycandre.
D'un sort moins rigoureux ô fille vraiment digne! Ce que vous exigez est une preuve insigne Et de votre prudence et de votre vertu. Il faut vous révéler ce que je vous ai tu. Vous pouvez aspirer à la main de Valère, Et même l'épouser de l'aveu de son père.
Lisette.
Moi, Monsieur.?
Lycandre.
Je dis plus : ils se tiendront heureux, Dès qu'ils vous connoîtront, de former ces beaux noeuds; Et, respectant en vous une haute naissance, Ils brigueront l'honneur d'une telle alliance,
Lisette.
Vous vous moquez de moi. Pourquoi, jusqu'à sa mort, Ma mère a-t-elle eu soin de me cacher mon sort.'' Mon père est-il vivant?
Il respire, il vous aime, Et viendra de ce lieu vous retirer lui-même.
Lisette.
Et pourquoi si longtemps m'abandonner ainsi?
Lycandre.
Vous saurez ses raisons. Mais demeurez ici Jusqu'à ce qu'il se montre, et gardez le silence; C'est un point capital.
Lisette.
Moi, d'illustre naissance!
Ah! je ne vous crois point, si vous n'éclaircissez Tout ce mystère à fond.
Lycandre.
Non, j'en ai dit assez.
Pour savoir tout le reste, attendez votre père. Adieu. Mais dites-moi, le comte de Tufière Demeure-t-il céans?
Lisette.
Oui, depuis quelques mois.
Lycandre.
Il faut que je lui parle.
Lisette.
Ah! Monsieur, je prévois Qu'il vous recevra mal en ce triste équipage, Car on me l'a dépeint d'un orgueil si sauvage...
Lycandre.
Je saurai l'abaisser.
Lisette, Il vous insultera.