ACTE II, SCÈNE IV
Lisette.
C'est qu'il a du bon sens.
Qui se fait souhaiter se fait aimer longtemps. Qui nous voit trop souvent voit bientôt qu'il nous lasse.
Isabelle.
Vous l'excusez toujours; mais dites-moi, de grâce, Ne lui trouvez-vous point quelques défauts ?
Qui, moi?
Pas le moindre.
Isabelle.
Tant mieux.
Lisette.
Mais, s'il en a, je crois Qu'ils n'échapperont pas longtemps à votre vue; Et c'est tant pis pour vous. Etes-vous résolue De ne prendre qu'un homme accompli de tout point? Cet homme est le Phénix; il ne se trouve point. Si le Comte à vos yeux est ce rare miracle, Croyez-en votre cœur. Que ce soit votre oracle. Mettez l'esprit à part, suivez le sentiment; S'il vous trompe, du moins c'est agréablement. Il est bon quelquefois de s'aveugler soi-même. Et bien souvent l'erreur est le bonheur suprême,
Isabelle.
Me voilà résolue à suivre vos avis.
Lisette.
Vous me remercîrez de les avoir suivis. Mais que va devenir notre pauvre Philinte?
Son mérite autrefois a porté quelque atteinte A votre cœur.
Isabelle.
Je sens qu'il m'ennuie à mourir.
Je l'estime beaucoup, et ne puis le souffrir. Le moyen d'y durer? Toutes ses conférences Consistent en regards, ou bien en révérences : Dès qu'il parle, il s'égare, il se perd; en un mot, Quoiqu'il ait de l'esprit, on le prend pour un sot.
Lisette.
Le voici.
Que veut-il?
Lisette.
A votre esprit critique Il vient fournir des traits pour son panégyrique.